À BORD DE LA NAVETTE THIÈS-DAKAR : Les « Ccommuters »* s’accrochent au PTB

À BORD DE LA NAVETTE THIÈS-DAKAR : Les « Ccommuters »* s’accrochent au PTB
Negoce

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Le Petit train de bleu, ancêtre du Petit train de banlieue (PTB) est né en 2003 à Thiès dans les ateliers des mécanos des chemins de fer sénégalais. Quoi de plus naturel, donc, qu’une desserte quotidienne soit exclusivement réservée aux travailleurs de la cité du rail afin de leur permettre de rallier la capitale en toute sécurité ? Pour autant, cette alternative aux autres modes de transports, dont la vétusté et l’irrégularité sont toujours décriés, s’essouffle de plus en plus et a besoin d’un sérieux « lifting ». Après l’ouverture de la gare des Baux maraîchers, le PTB prendra-t-il le train de la modernisation, en marche ? Voyage sur un tronçon mouvementé.

ll est 7h45 vendredi 10 octobre. Le quai de la deuxième station ferroviaire de Pout -autre ville aux deux gares- est quasiment désert. Un retraité nous a rejoint qui explique avoir toujours pris le PTB matinal quand il allait au travail. Cette fois-ci, il l’a choisi parce qu’il se rend à Dakar-ville, les Ndiaga Ndiaye et autres 7 places s’arrêtant désormais à la gare des Baux maraîchers de Pikine ou à Colobane. L’aurore rougeoie à l’est pendant qu’au-dessus d’un immense verger appelé « Toolu Famara Ibrahima Sagna », du nom de cet ancien ministre socialiste, une lune blafarde décline progressivement. Une locomotive des Industries chimiques ronronne doucement, ses puissants phares illuminant deux silhouettes solitaires. Une femme porte un lourd cageot, un jeune garçon sur ses talons. Une autre travailleuse matinale est arrivée pour rejoindre le banc d’attente.

Nous sommes bientôt une demi-douzaine quand à sept heures vingt-cinq, la locomotive pointe en claironnant. Le marchepied est relativement haut pour rejoindre les wagons peints en vert et jaune citron. Pourtant, dans l’intérieur cossu et agréablement illuminé, il n’y a plus un seul fauteuil libre. « L’affluence est toujours très forte et les lundis, nous sommes maintenant obligés d’aligner jusqu’à 8 wagons en Deuxième classe, en plus de la Première qui est climatisée », renseigne Sellé Sèye, chargé des mouvements et de la sécurité, que nous avons rencontré le lendemain dans le bureau du Chef de gare Mamadou Seck, parti en congé annuel. Quant aux voyageurs, ils sont travailleurs allant au boulot, étudiants ; mais aussi des malades se rendant aux hôpitaux. Un lourd silence semble peser sur eux ce vendredi, une semaine après la Tabaski. Tout se tait, sauf entre les wagons où les plus jeunes devisent tranquillement. A la ponctualité qui est le premier avantage du train, vient s’ajouter le confort des sièges capitonnés où ces « commuters » semblent endormis pour la plupart.

Sur le blocage du train de Taïba (industries chimiques) la veille, ce fils de cheminot explique que seule la voie 2 est fonctionnelle, tout en regrettant la belle époque. Sellé Sèye reconnaît que c’est sa réfection grâce à GCO -Société des mines de zircon de Diogo- qui permet aujourd’hui d’aligner les trains voyageurs (PTB, trains spéciaux comme pour le Magal et le Gamou), qui sont privilégiés sur le fret, selon les 9 classes du règlement que tout cheminot doit maîtriser. M. Sèye est visiblement satisfaisant après avoir échangé avec la gare de Bargny où sera également bloqué un train le samedi en attendant le passage du dernier PTB. Pour lui, l’ouverture de la gare des Baux maraîchers est une aubaine, d’autant que lors d’un précédent reportage en juillet 2012, un autre fils de cheminot, le syndicaliste Momar Sall, confiait à un journaliste du « Soleil »** qu’en 20 ans, l’affluence avait été divisée de moitié, passant « de 20 000 à 10 000 voyageurs ». Devant l’affluence d’aujourd’hui, « si nous disposions du personnel qu’il faut, le PTB pourrait faire deux autres navettes à 9h15 et à 11 heures, par exemple », confie par contre notre interlocuteur qui est venu de Thiès par le train matinal, preuve qu’il n’y a même pas de remplacement pour le chef de gare parti en congé annuel.

Toute la féérie des trains en rase campagne

Dès que la locomotive a pris de la vitesse ce vendredi -tout juste une quarantaine de kilomètres à l’heure- les passagers ont eu droit à des bouffées entières de l’air matinal qu’une ondée nocturne a opportunément rafraîchi et embaumé des senteurs de l’humus imbibé. A travers les bais sans vitre de la 2ème classe (tarifé à 750 FCFA seulement, contre 1250 F en première), le paysage est magnifique, qu’on ne peut admirer qu’en train. Par-dessus les frondaisons, le regard se perd au-delà de la ligne d’horizon. Des sensations perdues renaissent quand nous traversons des champs en épiaison, des vergers rectilignes et des pâturages verdoyants. Les baobabs sont majestueux dans leur feuillaison hivernale, même si la saison a été tardive. Après km50 (sans halte malheureusement), la route qui mène vers le Djender et Mbissao s’éveille des mille vies ouvrières.

Le Sénégal est à la tâche et un court arrêt à Sébikhotane révèle une intense activité dans tous les sens. Et quand la rame lancée à une allure respectable entre sous le nouveau pont à quelques encablures du flambant neuf hôpital pour enfants de Diamniadio, portant la marque de la Coopération chinoise, le tableau d’un pays en chantier est saisissant. Un arrêt d’une dizaine de minutes a libéré un fauteuil qui permet à un homme tenant une lourde sacoche d’ouvrir ses dossiers et de se mettre au travail. Le moment s’y prête admirablement pendant la traversée de la forêt classée de Mbao, coupée par l’autoroute à péage qui est un autre signe de cette modernisation entamée au pas de charge. Une accalmie vite oubliée dès l’entrée à Diamaguène et Thiaroye.

Car s’il n’y a pas encore de rush tant décrié, le lendemain de Tabaski étant toujours chômé par les marchands ambulants venus de l’intérieur du pays, rien qu’à voir les enfants jouant à quelques mètres, comme s’ils s’apprêtaient à toper quelque main sur le marchepied du train en mouvement, on frémit à la perspective des accidents qui ne peuvent manquer de se produire. Soudain surgit une équipe d’ouvriers portant des cirés d’une couleur orange qui tranche avec la grisaille. Armés de pelles, ils ont désensablé une bonne partie du tronçon et sont comme au garde-à-vous devant les dunettes de gravats et de pierrailles. D’autres ont également remblayé les emprises avec de la latérite qui rougeoie sur le fond grisâtre.

La modernisation au pas de charge

Il est 8h 30 quand la vue plonge sur la nouvelle gare des Baux maraîchers où les conducteurs de milliers de véhicules s’éveillent, illustrant la nécessaire modernisation ; à laquelle, pourtant, d’aucuns opposent encore une résistance inexplicable. Le passage à proximité de la parfumerie au croisement de Cambérène, embaume véritablement les wagons. Tout comme ces murs roses, verts et jaunes de Patissen fabriquant de bouillons et autres produits alimentaires, procurent un véritable ravissement aux yeux. Ils apparaissent comme une aubaine dans la morosité, et la promesse de ce que pourrait être l’environnement de ce rail dont tout le monde sait qu’il est un facteur de développement incontournable. Même si « réhabiliter la voie ferrée se chiffrerait à plusieurs milliards », selon Momar Sall.

A la gare de Hann-Yarakh à quelques encablures du Port autonome, le flot des « commuters » s’engouffrant dans la passerelle, pour traverser l’autoroute Malick Sy-Patte d’Oie, est symptomatique de ce que devrait être le transport multimodale tant vanté. Les autobus de Dakar Dem Dikk attendent à l’arrêt de Cyrnos, bouclant notre odyssée sous un immense échangeur, alors que la locomotive poursuit sa course pour entrer au terminus. D’où elle ramènera sa cargaison ouvrière le soir même. Tant de vues contrastées d’une économie condamnée à l’émergence !

Les désagréments d’une odyssée

L’arrivée à Bargny et donc l’entrée dans ce qui était naguère la banlieue, marque la limite entre la campagne et la ville, et, partant, expose crument les difficultés de l’urbanisation. Le voyageur est sidéré de constater la justesse de la phrase de feue le Premier ministre indien Mme Indira Ghandi, qui disait que « la pauvreté est la première pollution ». Tout au long du trajet, l’emprise des chemins de fer a servi de part en part de dépotoirs aux populations riveraines, avec des monticules d’ordures qui la jalonnent. Les passagers sont tantôt obligés de se couvrir le nez et les yeux, comme à la sortie de Bargny, à hauteur de la cimenterie, où des particules de poussières entrent par bouffées entières, alors qu’une odeur nauséabonde envahit les narines à divers endroits enlaidis par les canaux à ciel ouvert.

Rufisque marque également le début des commerces, les vendeurs de beignets et de petit-déjeuner proposant leurs mets, alors que les étals se rapprochent de plus en plus de la voie. A Thiaroye, la promiscuité est telle que les bornes de l’emprise du rail sont adossées aux devantures des maisons basses livrées aux riverains vaquant à toutes sortes d’occupations. Un vieux à barbe blanche somnole sur sa chaise adossée à un tronc très proche, trop proche, de la voie. Des maisons inondées et peuplées d’herbes hautes sont abandonnées à côté d’autres qu’on a libérées du peu d’eau d’un hivernage plus que moyen et tenté de récupérer, bon an mal an, avec quelques couches de peinture acrylique. La vie prend reprend sa frénésie habituelle et le train n’arrête presque plus de siffler. Des camions garés sur les emprises tout contre les rails font craindre à tout instant un choc brutal.

Puis, c’est le plastique qui prend la voie en tenaille : des sacs de toutes formes et couleurs s’y empilent sauvagement, alors que des trouées sont pratiquées dans la murette de protection pour déverser les ordures ménagères. Du foirail tout proche, odeurs pestilentielles et poussières s’engouffrent par flots. Alors que le chemin de fer est prometteur de milliers d’emplois, sa décrépitude crée ainsi des ghettos innommables, des gargotes et des baraques en enfilade démontrant que des existences parallèles s’organisent tout autour. Il y a urgence de restructurer et de réorganiser tout ce ‘’beau’’ monde autour du rail. Pour le cheminot Sellé Sèye, c’est tout simplement paradoxal, puisque la privatisation, c’était pour le mieux-être et non cette galère qui persiste. A bon entendeur…

Source : la gazette

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