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Ibrahima Macodou Fall reparle de l’installation des chinois à Diamniadio et de la réaction des tailleurs

Spécialiste de l’industrie textile, Ibrahima Macodou Fall est un ardent défenseur d’un secteur encore dans le creux de la vague. Ayant réussi à sauver la Nouvelle Société textile du Sénégal (NSTS), après une longue fermeture, le Directeur général de l’entreprise installée à Thiès bat en brèche les inquiétudes des Couturiers et tailleurs associés relativement à l’implantation d’une unité textile chinoise à Diamniadio. Il y entrevoit plutôt des opportunités nouvelles pour le Plan Sénégal émergent.

Les Chinois installent à Diamniadio une usine de confection. Comment l’avez vous accueillie à votre niveau ?

 

Il me semble important de rappeler que dans le cadre de la mise en œuvre du PSE, le Plan Sénégal Emergent, des mesures importantes ont été prises pour promouvoir l’investissement privé national et attirer les investissements directs étrangers (IDE) dans des secteurs stratégiques porteurs de croissance et d’emplois tels que le secteur de la confection industrielle. C’est dans ce cadre qu’il a été réalisé à Diamniadio le Parc industriel qui fait partie des infrastructures structurantes destinées à promouvoir les investissements industriels. L’arrivée des investisseurs chinois sur le site de Diamniadio s’inscrit dans ce contexte, et je pense que d’autres investisseurs vont suivre pour qu’on puisse réaliser dans notre pays une plateforme puissante dans le secteur de l’habillement surtout orienté vers l’exportation. Je me réjouis de l’arrivée de ces nouveaux investisseurs dans ce secteur porteur car notre pays dispose d’atouts réels pour développer l’industrie de la confection ; la position géographique, la proximité des marchés européen et américain, l’Agoa, etc. Aussi, notre pays, fort de sa tradition artisanale, se distingue par son savoir-faire en confection et dispose d’un réservoir de main-d’œuvre important. Avec le développement de nouveaux investissements dans le secteur de la confection industrielle, le Sénégal va marquer une présence significative dans les grands flux mondiaux d’approvisionnement textile.

UN PROBLEME D’INFORMATION ET DE COMMUNICATION 

 

Pourquoi donc les tailleurs manifestent-ils contre cette décision ?

 

Je pense qu’il y a un problème d’information et de communication. Les tailleurs redoutent une concurrence de la production de cette entreprise sur le territoire national, alors que le projet annoncé devrait avoir une vocation exportatrice. Il est prévu d’y développer des produits totalement différents de ceux réalisés par les tailleurs pour le marché intérieur. A ma connaissance, les problèmes que les tailleurs posent portent particulièrement sur l’importation des produits de contrefaçon, la fraude et le dumping sur les prix des vêtements qui inondent nos marchés. Ils insistent plus particulièrement sur leurs modèles et leurs broderies qui sont copiés et déversés sur nos marchés à des prix économiquement injustifiables. Nous menons depuis de longues années ce combat contre la fraude, la contrefaçon et le dumping sur les prix, il faut le poursuivre, mais il ne faudrait pas se tromper de combat. D’ailleurs, qu’il s’agisse du fancy, du wax qui étaient fabriqués par la Sotiba, le pagne tissé, la broderie, tous ces produits sont copiés et à la base de ce phénomène, on retrouve nos propres commerçants qui vont les faire fabriquer en chine, en Inde au Pakistan. C’est au niveau de notre cordon douanier qu’il faut agir comme l’ont fait les français avec le Lacoste fabriqué en France. Si vous débarquez à Roissy avec des polos Lacoste, on les saisit tout simplement. Les douaniers ne s’embarrassent même plus à vérifier si c’est le vrai ou le polo contrefait. Il faudrait chez nous des mesures drastiques pour lutter contre ce fléau qu’est la contrefaçon qui menace sérieusement la confection artisanale et le tissage artisanal. C’est pourquoi, l’artisanat de la confection et du tissage mérite d’être protégé et soutenu, car ces deux secteurs très créatifs constituent de gros employeurs dans notre pays. Les contrôles techniques et de qualité des produits textiles qui arrivent dans notre pays doivent être renforcés, car comme je l’ai toujours dit, les chinois ne dessineront jamais pour les africains, ils continueront à copier les dessins de nos tissus imprimés, nos broderies qui sont d’inspiration culturelle. Voyez par exemple pour le pagne fancy appelé lagos, le pagne sénégalais est différent du pagne nigérian, du pagne camerounais, du pagne ghanéen, etc. Il revient à l’Etat de veiller à mettre en place des dispositifs efficaces en rapport avec les acteurs pour lutter contre l’entrée dans notre pays de produits chinois, indiens ou pakistanais contrefaits et des produits réalisés avec des matières prohibées nuisibles pour la santé. A ce niveau, je peux comprendre que les tailleurs mènent un combat pour la protection de leur secteur et revendiquent une attention plus grande pour la prise en charge de leurs préoccupations. En discutant avec certains professionnels, j’ai senti aussi l’expression d’un sentiment de frustration chez eux, voyant la communication qui a été faite sur le projet chinois de Diamniadio qu’ils considèrent comme un projet concurrent. Je pense qu’ils revendiquent autant de considération eu égard à leur statut de gros employeurS dans notre économie. C’est la lecture que j’en fais.

PLUS LA FILIERE EST INTEGREE, PLUS ON EST COMPETITIF

 

Quel impact sur l’industrie textile sénégalaise ?

L’impact sur l’industrie textile de nouveaux investissements dans la confection industrielle ne peut être que positif car partout dans le monde, l’industrie de la confection tire l’industrie textile. Par exemple, le tissu écru (malikane) qui était fabriqué par la NSTS est utilisé pour les poches et les doublures. Ce tissu est aussi bien consommé par l’artisanat que par l’industrie de la confection. L’installation d’industries de la confection dans notre pays va entrainer le développement de nouveaux produits destinés à la confection car il faut savoir que plus la filière est intégrée, plus on est compétitif et les acheteurs se tournent davantage vers les pays qui disposent d’offres globales en réponse à leurs besoins de produits d’habillement. Les nouveaux industriels qui s’implantent vont importer la totalité de leurs besoins en tissus, accessoires et fournitures, mais si nous voulons rester performants dans ce secteur, forcément les activités en amont de la filière, c’est à dire, la filature, le tissage, l’ennoblissement devront se développer dans le même temps pour créer une chaine de valeur coton/textile/habillement forte, porteuse de valeur ajoutée et d’emplois.

 

Y a t-il des pistes de solutions pour faire face à la montée de la chine dans le textile, la maroquinerie ?

 

Vous savez, la Chine a ses objectifs économiques et met en œuvre ses politiques pour les réaliser. Le secteur textile est très important pour l’économie chinoise et l’Etat chinois ne lésine pas sur les moyens pour le sauvegarder. Par exemple, pour sécuriser l’approvisionnement de ses industries en coton, la Chine qui est l’un des plus grands producteurs de coton, importe du coton et l’Etat chinois a constitué un stock public de plus de 10 millions de tonnes de cette matière première industrielle. Certes, nous ne pouvons par faire comme la Chine pour promouvoir l’industrialisation textile dans nos pays, mais nous avons un potentiel, des atouts réels, il nous appartient de créer les conditions pour constituer une offre industrielle compétitive dans le but de prendre une part plus importante du marché mondial qui est ouvert à tous, par une amélioration continue du climat des affaires, un renforcement du dialogue Public-Privé et en agissant sur tous les facteurs de compétitivité de nos entreprises ; l’électricité, le financement des investissements, la formation, les coûts portuaires, etc. Aussi, nos pays peu industrialisés ont la formidable opportunité de disposer aujourd’hui des équipements dotés des derniers développements technologiques qui assurent une plus grande productivité et qui permettent de faire face à la concurrence chinoise ou autre, mais , il faut trouver les ressources financières adéquates pour le financement de ces importants investissements incontournables pour rester dans le cercle des pays fournisseurs de produits textiles. Il n’y a pas d’autres pistes de solution que d’investir, se positionner sur les segments de marchés où on peut être compétitif et se battre. Il ne faut pas avoir peur de la Chine. Le marché mondial du textile est immense, il faut certes prendre en compte la position dominante de la Chine sur certains segments de marchés, mais il nous faut nous adapter, travailler à rendre notre espace compétitif et aussi vaincre les résistances mentales qui bloquent le savoir-faire sénégalais, l’expertise et le formidable talent de nos créateurs, stylistes et tailleurs. C’est une bataille de tous les jours.

Source: http://labelsafrik.com

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