octobre 19, 2017

BBY THIES

CONTRIBUTION : Il était temps, Monsieur le Président de la République, félicitations pour les ASSISES de l’éducation

CONTRIBUTION : Il était temps, Monsieur le Président de la République, félicitations pour les ASSISES de l’éducation

Politique de l’Autruche ou hypocrisie font taire tous ces produits de l’école publique qui se contentent juste de lui tourner le dos, préférant payer les études pour leurs enfants dans le privé. Pourtant ce sont souvent les mêmes écoles, les mêmes bâtiments, des Sénégalais comme acteurs responsabilisés, mais avec moins de qualité.

Monsieur le Président de la République, en ouvrant les assises de ce matin, vous suscitez un grand espoir et vous nous permettez au même moment de lancer un grand soupir de soulagement. Vous venez de matérialiser, ce matin votre annonce d’une réunion centrée sur la qualité de l’enseignement, tant attendue, et alors fortement relayée par des organes de diffusion.

Quoi de plus légitime en effet que cet espoir de voir enfin les pouvoirs publics montrer leur détermination à examiner  les contours d’un mal aussi  grave et profond qui risque de compromettre nos chances de réussite de notre système éducatif et de lui apporter  les  solutions appropriées.

En lisant les ouvrages français se rapportant aux insuffisances du système éducatif en France, on se demande si l’auteur  ne se réfère pas aux données sénégalaises; c’est dire les similitudes de situations qui supposent donc des causes communes.

Il reste que la tâche ne sera pas facile; elle requiert  certainement les contributions de toutes les couches sociales. En ce qui me concerne, je n’ai pas la prétention  de désigner la baguette magique salvatrice mais de livrer en quelques lignes mon impression sur cette question d’intérêt national qui interpelle tous les fils du pays. Le problème d’abord en termes de courage, oui Monsieur le Président de la République, le courage est un élément fondamental qui aide un chef à réussir; en tenant ces assises, vous montrez non seulement votre courage mais votre volonté et sans doute la détermination d’y arriver. Vous osez ainsi cerner les contours  du mal, oui Monsieur le Président, ses causes avant d’en venir aux propositions.

A dire vrai, les contours du mal se révèlent inimaginables à en juger les informations qui nous viennent des enseignants ou des parents d’élèves et qui sont confirmées par les résultats désastreux des différents examens  de cette année. Comment expliquer, Monsieur le Président de la République, une situation aussi désastreuse  que des résultats de zéro admis pour l’effectif de cinquante écoles? Au même moment, dans le même système, à Mariama Bâ ou Charles Thiororé, nous notons des résultats excellents de 100%, l’écart de 0% à 100% dans un même pays, ne s’explique pas.

On nous signale en effet des classes de cours primaire de première année dont les élèves ne savent pas lire, des professeurs de français qui excluent systématiquement la grammaire dans leur programme. Nous savons tous que nombre de nos bacheliers se révèlent incapables d’écrire correctement une lettre. A titre indicatif, le niveau moyen des étudiants est très inférieur à celui du certificat d’études d’il y a trente ans. Nous avons pu vérifier que des étudiants titulaires de la maîtrise ne savent pas ce que signifie un verbe transitif; du coup on devine leur impossibilité à réussir l’usage des conjonctions de coordination.

Ce sont donc des données assez édifiantes quant aux limites peu honorables des niveaux constatés dans notre système éducatif qui appelle à l’examen minutieux des causes d’un tel désastre.

Il ya certainement les contingences du développement des technologies de la communication et de l’information mais aussi les suites logiques de nos propres erreurs, nous sénégalais.

Un regretté ami à mon grand-père, Daniel de Coppet ( fils de Marcel de Coppet ancien Gouverneur Général de l’Afrique Occidentale Française et proche de André Gide), professeur de sociologie lui donnait un jour les raisons de l’inexistence d’un poste de téléviseur dans son salon parisien : «  vous savez quand la télévision a fait son apparition en France , nous l’avons critiquée en milieu intellectuel pour en examiner les avantages et inconvénients; nous étions tous de même avis quant au fait que l’enfant qui a grandi avec la télévision sera moins armé que celui qui ne la connaît pas ». Et il poursuivait ainsi ses explications : «  mes deux filles et moi-même avons voté contre, rendant minoritaire mon épouse et mon fils; donc pas de télévision »

Ce n’est qu’un aspect  des inconvénients de l’audio visuel qui a joué un grand rôle dans la décadence si décriée de notre système éducatif. Monsieur le Président de la République, vous voyez donc que le Conseil de Régulation de l’Audiovisuel affiche des limites dans sa mission au vu de la qualité de l’offre dans les organes de diffusion.

J’en viens donc aux causes liées à notre pays plus précisément au mode d’embauche des instituteurs, aux défaillances des inspections, et des mesures correctives devant résulter du constat d’incompétence d’un maître ou professeur. Dieu sait d’ailleurs que n’a pas que dans l’Education où on retrouve ce déficit de contrôle, dans tous les secteurs les inspecteurs internes devraient jouer leur rôle de procureur de l’administration.

J’évoque ainsi et sans réserve la conséquence logique du système des quotas permettant de faire prévaloir le droit à l’embauche d’un protégé sans se soucier de son aptitude à dispenser un cours; nous avons tous accepté ces pratiques sans les dénoncer.

Il s’y ajoute les conséquences évidentes de l’inexistence des inspections du fait de revendications non satisfaites; des directeurs d’écoles eux-mêmes s’accommodent  de la présence de maîtres incapables; ils estiment que les rapports envoyés et classés sans suite ne se comptent plus.

Autant dire que la situation présente nous interpelle nous tous, nous qui avons osé laisser perpétuer cette situation sans agir, préférant au contraire nous nourrir d’illusions sur nos attentes. Monsieur le Président de la République, nous attendons toujours, que quelqu’un siffle la fin de la récréation, comme vous venez de le débuter ce matin. C’est vous et vous seul le Chef que 65% des sénégalais ont désigné, pour y arriver depuis 2012. Nous sommes en 2015 et les résultats des examens sont plus que jamais catastrophiques du fait de l’accumulation de lacunes trainées depuis lors. Devant ces chiffres plus effrayants qu’une inondation qui empêcherait au gouvernement de partir en vacances, votre silence serait complice. Oui, Monsieur le Président de la République, cette assise est un plan ORSEC pour l’école Sénégalaise. Ces assises devraient aboutir à des actions et propositions concrètes, car nous le devons à l’avenir et aux milliers d’enfants sénégalais d’aujourd’hui qui vivent présentement ce naufrage du système éducatif.

Après un diagnostic sans complaisance des causes d’un mal aussi profond, c’est l’évidence qu’il faut une  thérapeutique appropriée pour autant que nous voulons l’éradiquer  par des mesures courageuses.

Il ne s’agira plus de désigner les responsables du désastre; cette étape semble vraiment révolue; l’heure est à la concertation pour prendre les décisions qui s’imposent dans l’intérêt national.

Les mesures à préconiser  devront s’inscrire dans une dynamique d’actions militantes, de grande envergure et dont les retombées ne pourront venir que dans le temps. Cela requiert, pour son succès que toutes les couches sociales écartent leurs divergences nées de considérations politiques  pour ne s’atteler  qu’aux exigences de ce moment crucial pour le développement de notre pays. Ceci est valable dans les campus sociaux universitaires.

En réalité, les décisions  attendues sont à intégrer dans un ensemble global, celui du travail insuffisant dans la fonction publique  auquel Monsieur le Président de la République, vous avez eu à réserver une partie d’un de vos discours de fin d’année à l’adresse de la nation « Il faut que les sénégalais arrêtent de tricher ».

Il faudrait initier des inspections hardies dans le but d’identifier  les enseignants reconnus incapables d’assurer les taches qui leur sont dévolues, d’évaluer leur nombre et envisager de les remplacer par des anciens actuellement préposés à des tâches de surveillants ou autres fonctions liées par exemple aux écritures. Les  affectations s’entendront provisoires  dans la mesure où ces  agents relevés de leur fonction pour incompétence ne jouiront désormais d’un avancement en grade  qu’après s’être perfectionnés;  ils pourront ensuite s’attendre à une inspection pouvant éventuellement leur permettre une affectation à un poste d’enseignant effectif.

Telles qu’elles se présentent, ces dispositions s’accommoderont difficilement d’intérêts de tous, tant il est vrai que parmi les agents préposés aux écritures, il y en aura un nombre mettant à profit leur situation assurément des plus confortables  pour des activités  personnelles. J’évoque ainsi les aspects d’accompagnement qui ne manqueront pas de déranger.

Pour en revenir au travail  global  dans la fonction publique, un audit sur les capacités et les compétences, pas seulement sur l’effectif comme cela a été très bien fait par le Ministère en charge du Travail, s’impose pour identifier les agents  incompétents, leur assurer si possible une formation leur permettant de tenir leur poste et de les exhorter à un travail régulier par des inspections régulières assorties de contrôles réguliers de présence.

Toutes ces mesures que je viens de lister devraient être appliquées au secteur de la santé. Une couverture médicale universelle c’est d’abord la disponibilité du personnel et du matériel. En effet quelle que soit la somme dont on dispose, si devant une urgence médicale il n’y a pas le personnel qualifié présent sur place, avec du matériel approprié pour l’urgence, la garantie ou la somme ne servira à rien.

Thiès, le 06 Aout 2015

Papa Alioune DIALLO,

Responsable Politique Thiès-Est (APR)

Membre Convergence des Cadres Républicains (APR)

Président Amicale Fac Sciences et Techniques/UCAD (1999-2000)

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