octobre 17, 2017

Contribution: Pour quoi je ne suis pas Charlie! Une autre version de l’histoire

Contribution:  Pour quoi je ne suis pas Charlie! Une autre version de l’histoire

La France tout entière était au bord du gouffre, on se le rappelle, en 1986. La Droite venait de retrouver le pouvoir et les premières lois sécuritaires se mettaient en place. Le chômage avait atteint des proportions jusque-là jamais égalées, et le gouvernement semblait incapable de renverser la tendance. Suivant la courbe du chômage, l’armature juridique depuis, commençait à ronger la vie privée des français. Le fichage et le « flicage » frôlaient leur paroxysme. Le moindre contact avec n’importe quelle institution faisait l’objet d’un fichage. Le pouvoir politique français épie, surveille et casse des libertés en votant des lois liberticides. Les limites imposées par l’arsenal sécuritaire de la Droite finissaient par accroître l’étroitesse des territoires individuels, créant une atmosphère suffocante dans toute la République.
L’on se souvient également des menaces de ruptures sociales des émeutes dans les banlieues en 2005. Et à chaque fois, la crainte de disparaître des hommes politiques en France se traduisait par une fécondité généreuse dans les promulgations de textes de lois liberticides, au détriment du citoyen sans cesse en demande de liberté.
Le carnage perpétré ce 07 janvier au cœur de la capitale française, était prévisible par les autorités, comme le sont, aujourd’hui les votes ultérieurs d’autres lois renforçant l’armature juridique liberticide. Tout porte à croire que des textes de lois seront votés dans les prochaines semaines ou mois contre les libertés du citoyen français. Et alors, mes amis pourront crier « Bienvenue en Dictature !!! »
La guerre est enfin déclarée aux terrorismes et les politiques du monde occidental cautionnés par leurs affidés des pays en développement (surtout africains) vont en profiter pour corser les lois sur la sécurité et l’immigration. Du moins, rien dans le discours des politiques ne pousse à croire le contraire. Sarkozy siffle un malheureux parallélisme entre immigration et intégration dans une interview. Certains parlent d’un « 11 septembre français » pour valider un « Patriot Act à la française » suggéré par Valérie Pécresse (élue UMP, initiatrice en novembre dernier du projet de loi visant à renforcer la loi anti burqa). Et, ce ballet incessant d’experts sur les plateaux de la 5, la 3 et la 2, et sur Fr 24, juste pour gesticuler et se gargariser à mesure que les événements se déroulaient. La machine médiatique a roulé dans l’indécence et l’irrévérence continue, câblée au fil de l’actualité qu’elle était prête à refaire, à façonner. Cette prouesse de la communication était tellement pointue et fine dans sa manière de nous faire croire que la guerre avait commencé, qu’elle ne nous a même pas donné la possibilité du refus. Nous avons tous accepté sans réfléchir, que Charlie n’était que la première victime et que suivront nécessairement les musulmans, les arabes (même s’ils ne sont pas tous musulmans), les athées. Mais, que restera-t-il de notre chère France ? Sans nul doute, les politiciens, les magistrats, les avocats… et les juifs.
En vérité, le pouvoir français n’a pas su protéger le Journal Charlie des assauts des Kouachi, comme il a raté sa mission régalienne de défense contre la furie du jeune Merah. Ce pouvoir n’a même pas pu se fonder sur des services de renseignement fiables et performants pour éviter le carnage du 7 janvier. N’eut été l’amateurisme et l’impréparation dont les islamistes ont fait montre, le peu de considération qui restait aux gouvernants aurait disparu. L’affaire Charlie n’est tellement pas glorieuse pour les pouvoirs publics français qu’ils ont tout de suite versé dans le colmatage et la récupération politique. Charlie profitera de sa résurrection pour faire peau neuve et éponger ses dettes, et le gouvernement pourra se remettre de son réveil brutal et redorer son blason.
Ce dimanche 11 janvier, la France est sortie unie dans la dignité, la solidarité et le courage avec la ferme volonté d’en découdre avec le terrorisme sous toutes ses formes. Le pouvoir aussi, a marché avec d’autres pouvoirs venus d’ailleurs, quelques fois sans raison pertinente. Une cinquantaine de chefs d’Etat a-t-on appris de source autorisée était présente. Croient-ils vraiment à cette liberté d’expression pour laquelle ils se sont tous déplacés : le britannique Cameron, Erdogan le turc, le Premier ministre espagnol, Orban l’hongrois, le chef de la diplomatie russe, le chef du gouvernement tunisien et certains despotes africains présents ou représentés ? N’y a-t-il pas là quelque chose d’insaisissable par l’homme intelligent ? La présence de certains leaders est aussi incongrue et rigolote que l’omerta qui entoure les dizaines de morts par jours au Cameroun, au Nigéria, au Mali du fait des terroristes.
Et les autorités françaises de dissimuler au fond des mémoires, toute leur responsabilité dans les failles notées dans les dispositifs de protection et de sécurité nationale. Nous les voyons venir avec leur proposition de nouvelles lois pour continuer à cacher leur incompétence et repousser ainsi, les limites de leur « espérance de pouvoir ».
L’unanimisme autour de Charlie ne profite qu’aux partisans du durcissement des lois sur la sécurité et l’immigration dont la satisfaction sera à son comble avec la toute prochaine publication de certains décrets d’application. Oui, la guerre a été déclarée et les ennemis de la Liberté applaudissent. Ne savent-ils pas que cette guerre ne se passera que dans les grandes avenues et les belles rues d’Europe et non pas chez les Emirs et les théoriciens de l’islamisme? Lorsque les ceintures sécuritaires seront bien serrées, les « sécurocrates » occidentaux ne seront pas les seuls à jubiler, en face d’eux applaudiront aussi les « jihadistes », car l’Europe aura accédé à leur commande qui est « d’installer la peur dans le camp de l’ennemi ».
Voilà pour quoi je ne suis pas Charlie ! Je préfère rester MOI.

Lamine Aysa Fall, un citoyen du monde

2 Comments

  1. mbiss

    Bay FALL, deug rek nga wakh!
    C’est la France, qui a creusé les fossés de la guerre par ses multiples politiques agressives à la liberté des minorités. Charlie n’est pas l’acte premier de cette chaîne macabre. Le 7 janvier est une réaction à une agression que 94% de la population Française a vu, et contre laquelle aucune mesure concrète et pertinente n’a été prise.
    La liberté d’expression ne donne pas le droit de s’en prendre au droit de culte. C’est très simple, tu ne voudrait pas que je dise du mal sur un proche à toi, pourquoi devrais-je accepter que tu caricatures cet être parfaitement sublime pour moi.
    La société occidentale doit réapprendre le respect et la tolérance, c’est la seule porte de sortie.
    Quant à nous autres, qui ne sont ni charlie ni meurtrier, nous avons des causes majeures et urgentes pour lesquelles nous devons retrousser nos manches.
    Bay Fall, la communauté sénégalaise d’Alexandrie te remercie pour ta position. Nous sommes fiers d’être derrière toi. Rouslo wognou Ndiaye Amadou!

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  2. Papa Malick

    Bien souligné son excellence et malheureusement beaucoup de ces gens ne cherchent pas à savoir le pourquoi. Toujours prêts à dégager des propos sans arguments valables concernant les musulmans. Pourquoi ne pas chercher ce qui pourrait nous lier et non la négation.

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