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DAMEL MAÏSSA FALL : “LES TIRAILLEURS NE SONT PAS NOS HÉROS. ILS COMBATTAIENT POUR LA FRANCE ET PARFOIS CONTRE DES PEUPLES QUI LUTTAIENT POUR LEUR INDÉPENDANCE”

Invité de ” L’Essentiel ” de la Sen TV, le 29 mai 2018, j’ai eu à tenir des propos en totale rupture avec ce que l’État sénégalais et l’école sénégalaise nous enseignent depuis 1960. Je persiste. Je conteste donc la ” figure imposée ” du tirailleur héros.
En effet, les tirailleurs, qu’ils soient mes propres grands-parents ou les vôtres, ont combattu pour la France, sur le sol européen, pour deux guerres, qui n’étaient pas les leurs, parce que l’urgence de l’époque, pour l’Afrique, c’était de combattre le joug colonial. Donc il fallait décoloniser le sol africain, avant de songer au nazisme sur le sol européen.
Sans oublier que les tirailleurs ne se sont pas contentés de participer à la libération de l’Europe. Ils ont combattu les Algériens, les Malgaches ou les Indochinois, dont le seul tort, fut de lutter pour leur indépendance.

Si les tirailleurs furent forcés de combattre pour la France, comme certains le disent, alors ils furent victimes de la colonisation. Toutefois, d’un point de vue historique et symbolique, le traitement réservé à une victime est différent de celui réservé à un héros. Et la distinction est essentielle à la construction d’une jeunesse consciente.

Certains soutiennent que les tirailleurs ont combattu tels des citoyens français. Une analyse qui ne résiste pas à l’épreuve des faits, parce que leur mobilisation dépassait largement les frontières des quatre communes (Dakar, Gorée, Rufisque, St-louis), pour s’étendre jusqu’aux familles maraboutiques du Kayor et du Baol, qui n’étaient pas françaises.
Il n’y a aucune automaticité entre citoyenneté et soutien à l’armée de son pays. L’histoire française et internationale se souvient du Manifeste des 121, connu sous le titre ” Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie “. Donc des français, parmi lesquels Jean-Paul Sartre, André Breton ou Édouard Glissant l’antillais, dénonçaient la guerre d’Algérie. Qui ne se souvient pas du refus de Cassius Clay, alias Mohamed Ali, d’aller combattre au Vietnam en 1967 ?

Que dire de ces tirailleurs qui ont participé à plusieurs guerres, dans différents pays, contre différents peuples qui luttaient pour leur indépendance ? Se sentaient-ils le devoir de perpétuer la domination française tels de véritables citoyens français ? Avaient-ils un goût particulièrement prononcé pour l’aventure et la guerre ? Étaient-ils simplement attirés par l’argent ? Pour n’avoir jamais évoqué leur cas, la société sénégalaise ne peut pas répondre à ces questions, qui ne peuvent pas être éternellement éludées.

Qu’on se le tienne pour dit, il est impossible de construire une jeunesse capable de relever les défis de notre pays et au Continent sans rétablir la vérité, qui permettra d’identifier nettement nos héros, pour mieux les apprécier. Une tâche qui sera ardue, parce que les élites sénégalaises font surtout preuve de couardise et de paresse intellectuelle, alors que le peuple s’est accoutumé aux mensonges et à la simplification.

Pour mieux nous imposer des débats d’une pauvreté affligeante, les médias censurent toute analyse susceptible de remettre en cause les équilibres du moment qui, pourtant, freinent notre pays. Ce serait donc tout à l’honneur de la Sen TV d’aider à la poursuite du débat que j’ai ouvert, de manière à ce que les historiens s’en emparent et fassent leur travail, dans l’intérêt du pays.

L’épicentre de l’histoire sénégalaise ne fut ni le camp de Thiaroye ni le fort de Gorée. Si présents dans nos mémoires, imaginaires et représentations, ces lieux n’étaient ni plus ni moins que des enclaves créées et contrôlées par les négriers et les colons. Des lieux d’où l’on entend encore la souffrance des nôtres. Mais ce n’est pas avec la mémoire de cette souffrance que nous construirons une jeunesse capable de relever les défis du pays et du Continent.
Je rappelle que ce sont les valeurs fondamentales qui font les grands peuples. Parmi elles, il y a la résistance et au Sénégal, il y a des terres encore rouges du sang de nos résistants, qui ont lutté jusqu’au dernier souffle. C’est vers ces horizons que doit regarder notre jeunesse et non vers la Palestine et encore moins vers Cuba qui prive encore ses enfants d’un besoin élémentaire mais essentiel du siècle : internet. Bref, l’Essentiel est chez nous, à travers des hommes et des femmes qui se sont battus sur notre sol, pour préserver notre dignité à travers le monde.

Quant au futur du Sénégal, il n’est pas tributaire du libellé d’un contrat pétrolier, mais de la responsabilité de ceux qui l’élaborent. Donc, si ces sénégalais-là ne sont pas pétris de nos résistances, il n’y a pas lieu de s’étonner du bradage de nos ressources. Autrement, il n’y a nul patriotisme possible sans ancrage fort dans l’histoire nationale. Prétendre le contraire relève de l’escroquerie ou d’une coupable naïveté.

Bien entendu, mon propos ne réfute pas uniquement les enseignements du ” roman national “. Il va heurter nos histoires personnelles ou familiales, brouiller l’image intouchable de nos pères ou grands-pères, interroger sur la place des décorations accrochées dans nos salon. Et du choc qu’il va provoquer, jaillira de vives réactions chez certains d’entre vous. Mais soyez tous assurés que notre pays est ma première priorité, loin devant les sensibilités ou susceptibilités des uns et des autres.
Donc, je m’adresse à votre raison, pour dire qu’en des termes que je veux respectueux, mais toujours véridiques, je continuerai de défendre ce que j’estime être juste pour notre pays. Aussi, je reste ouvert à tout débat – et non polémique – susceptible de faire émerger une jeunesse capable de relever nos défis et ceux du Continent.

Je vous remercie

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