BBY THIES

DU PLAN SENEGAL EMERGENT – PSE – ENTRE ECONOMIE ET CULTURE, QUELLES APPROCHES POUR UN SENEGAL EMERGENT ?

Une contribution présentée par Sidy SECK

DU PLAN SENEGAL EMERGENT – PSE – ENTRE ECONOMIE ET CULTURE, QUELLES APPROCHES POUR UN SENEGAL EMERGENT ?

Depuis les premières années de l’indépendance du Sénégal en 1960, la problématique du développement, au sens générique du terme, est au centre des préoccupations politiques. De nombreuses initiatives y relatives se sont succédé – avec tout le capital espoir nécessaire – dans le but d’aboutir, à long terme, à un mieux-être des populations. Elles n’ont pas toujours donné les résultats escomptés.

En 2014, le Plan Sénégal Emergent (Pse) est mis sur orbite par Son Excellence, le Président Macky SALL, pour répondre aux attentes des Sénégalais dans un horizon de vingt (20) ans. Parmi toutes les stratégies et tous les leviers activés dans le cadre de la mise en œuvre du Pse, le paradigme «culturel» est assurément l’un des aspects les plus difficiles à cerner ; l’économie étant souvent opposée à la culture, à tort ou à raison.

A l’ère de l’émergence de territoires créatifs, de classes créatives, de l’économie créative et de clusters culturels à vocation économique à travers le monde, le défi à relever ne semble plus résider dans l’historique confrontation entre « économie » et «culture», longtemps considérées comme séparées, voire même antinomiques. Malgré le débat contradictoire entretenu de manière à la fois passionnée et passionnante, l’étroite interrelation entre économie et culture semble bien établie. Mieux, les deux concepts se confondent parfois pour ne faire qu’un.

Selon les époques, les contextes, les localités et la disponibilité des ressources, la perception de la culture dans l’indice de développement connait des fortunes diverses. Certains la considèrent comme une simple activité de divertissement pour occuper les masses populaires et d’autres comme objet de luxe destiné à une certaine élite placée au sommet de la pyramide du célèbre psychologue américain Abraham Maslow ; frange privilégiée de populations issues d’une «bourgeoisie prospère raffinée et douée d’un certain goût» .

Au Sénégal, pays de tout temps réputé pour l’importante place qu’il accorde aux questions de culture par le fait de grandes dames et de grands hommes, le paradoxe est entretenu par un semblant d’amalgame consensuel autour du concept de culture et par une prolifération de proverbes, de dictons et de langages du genre «Xaalis kenn du ko ligééy, da ñu koy lijanti ». Et c’est parti pour une course effrénée de dérives comportementales !

Tout acteur du développement qui s’abreuve de clichés semblables constitue un danger à tout point de vue et les attentes de résultats placées en lui en pâtissent inéluctablement.

Sous le prisme de ces seules extrêmes représentations, la culture s’offre à toutes sortes «d’entendus, de sous-entendus et de malentendus» . Toutefois, est-il heureux de constater qu’à des fins économiques, des territoires ont fait de la culture un argument concurrentiel de taille et un avantage compétitif réel en faisant valoir au moins quatre de ses grandes caractéristiques:
– son caractère transversal pour servir de liant et de lien dans le processus de développement des territoires;
– la spécificité de l’acte de création esthétique pour disposer d’une
cartographie visible et lisible des productions culturelles les plus représentatives des territoires;
– les valeurs éthiques et comportementales (courage, vertu, pudeur, intégrité, exemplarité, mérite, excellence, etc.) qu’elle charrie sous une forme systémique et qui constituent parfois un ensemble de règles non écrites au service du capital humain (re-configuration de la ressource humaine).
– son pouvoir d’influence insoupçonné qui fait que lorsque les stratégies entrent en conflit avec la culture, cette dernière finit toujours par prendre le dessus sur celles-là.

En effet, faudrait-il avoir une conscience claire de la complexité polysémique qui entoure le concept de culture et amorcer un travail de discernement entre « culture » et «culture». Cet exercice auquel nous allons nous évertuer est on ne peut plus nécessaire. C’est assurément une des conditions devant permettre à la «culture générique» de jouer le rôle qui devrait être véritablement le sien dans un projet de développement aussi ambitieux que le Plan Sénégal Emergent (système de valeurs, culture organisationnelle, ressources humaines de qualité, manière d’être, contribution substantielle à la croissance économique, création d’emplois, mieux-être des Sénégalaises, des Sénégalais et des hôtes étrangers, etc.).

Etant à la fois le substrat et le déterminant les plus caractéristiques de l’Homme (valeurs identitaires et expressions), la culture est partout présente dans ses formes et contours physiques les plus abouties, en filigrane et en mode diffus.

Sous un autre angle, convient-il de rappeler que tout développement est processus. Tout processus est changement. Tout changement est à la fois acculturation et mutation. Il y a acculturation et mutation lorsqu’une culture s’estompe peu à peu (absence) au profit d’une autre culture (re-génération). En cela, les politiques, les projets et les programmes visant à agir sur les populations, à les faire agir et à transformer leur mode de penser et d’agir, leurs comportements et leurs conditions d’existence, appellent inéluctablement des transformations à caractère culturel. De très profondes transformations dans la plupart des cas !

Le Plan Sénégal Emergent (Pse), comme toutes les initiatives qui l’ont précédé, n’échappe pas à cette règle. Car, aucune autre alternative n’est envisageable en dehors du paradigme culturel (compris ici comme l’avènement d’un nouveau système de valeurs, de nouveaux traits caractéristiques acceptés et partagés). De ce point de vue, la mise en œuvre du Pse nécessitera des séries de transmutations culturelles génératrices de nouveaux comportements et de plus de performances sociales et économiques pour un mieux être des populations.

Au regard du caractère transversal de la culture, de sa complexité sémantique et de son pouvoir de construire, de déconstruire et de reconstruire, serait-ce réaliste de «penser le développement» sans «penser la culture de ce développement» ?

A la suite de l’examen du contexte dans lequel est adopté le Pse, la réflexion portera sur ce qui pourrait faire passer ce référentiel d’un projet «économique à soubassement culturel» à un projet «culturel à vocation économique».
Entre économie et culture, quelles approches pour un Sénégal émergent ?

I. LE CONTEXTE
Les réalités endogènes varient d’un pays à un autre et s’apprécient différemment selon le périmètre géographique dans lequel on se situe en Afrique. Le contexte peut ainsi être favorable ici et défavorable là. Toutefois, aucun des Etats africains n’est épargné par les crises qui secouent le monde. Y compris le Sénégal ! Bien qu’étant un document de référence pouvant se faire valoir d’une valeur scientifique certaine, destiné à apporter des réponses aux attentes des populations, le Pse émerge d’un contexte marqué par une série de dysfonctionnements. Les plus remarquables d’entre ces derniers portent sur la démographie, l’économie, la pauvreté, les territoires, le choc de cultures, la dépréciation de certaines valeurs, la crise d’autorité, la disparité entre Dakar et l’intérieur du Sénégal, la réappropriation du plan par les populations, le développement d’un sentiment d’appartenance audit plan, etc. ;

Sur le plan culturel, le contexte n’est pas plus reluisant. En effet, ces crises d’ordre financier et économique ont profondément affecté les systèmes de valeurs culturelles, sociales, identitaires et les modes d’expression, de production et de diffusion de la culture.

Le monde subit des mutations profondes pour diverses raisons. Et cette logique de mutation provoque une sorte de dérèglement dans le système de correspondances classiques qui relient les statuts et les profils professionnels aux métiers des arts et de la culture. Ce dysfonctionnement systémique commence à avoir de graves conséquences sur la mise en marché des œuvres de création esthétique et sur la compétitivité et la solvabilité des entreprises culturelles.

Le secteur des arts et de la culture devient ainsi le champ de prédilection de nouveaux acteurs sans formation professionnelle en amont, sans vocation et sans aptitude en la matière. Par la faveur de moyens de communication et d’une nouvelle catégorie d’animateurs peu ou pas au fait des enjeux mondiaux, ces artistes et autres acteurs culturels de circonstance occupent à longueur de journée le paysage médiatique et se font passer comme ce que le Sénégal compte de meilleur dans ce domaine.

Ce contexte de sauve-qui-peut tous azimuts vers les médias et les arts a son revers. Il renvoie à une nouvelle forme de libéralisation professionnelle qui contribue, lentement mais sûrement, à banaliser la production culturelle et les statuts des corps des métiers de la culture.

Une sorte de star system d’un genre assez particulier s’impose ainsi de plus en plus avec de nouveaux médias, de nouveaux acteurs, de nouvelles techniques de présentation et de représentation, un nouveau jargon et l’emprise d’un omniprésent «virtuel virtuose».

D’autre part, le contexte est aussi caractérisé par la force de clichés du genre «l’art ne nourrit pas son homme » qui ont fini de s’incruster dans la conscience collective et qui entravent sérieusement le processus d’émergence de territoires créatifs. Ici, l’environnement sociologique secrète lui-même les entraves à l’émergence d’une synergie créatrice et d’une dynamique de type territorial.

Au grand dam des principes élémentaires de gestion, le facteur «temps» fait l’objet d’une méprise au quotidien, alors qu’il est une ressource d’une extrême importance dans tout processus de développement. L’élasticité du temps, le non-respect des délais prescrits, le cumul de temps perdu pour des réunions et des séminaires, le mépris de l’assiduité et de la ponctualité, autrement dit la domestication ou l’apprivoisement du temps par les Sénégalais, sous le prisme du laxisme et de la désinvolture, sont autant de faits hors normes. Ils provoquent des surcoûts exorbitants préjudiciables au développement du pays et installent des réflexes comportementaux acceptés de façon tacite comme règles non écrites, en passe de devenir des traits de culture totalement néfastes à toute volonté d’émergence.

Quid de la Gestion Axée sur les Résultats (GAR) si culturellement, les fondamentaux relatifs à la planification semblent sapés à la base par ce fameux temps sénégalais ? Pour rappel, la GAR accorde une place prépondérante à la posture «culturelle» et au travers du nouveau paradigme du «résultat» considéré ici comme une transformation observable et mesurable.

L’analyse du contexte ne saurait faire abstraction de la carence de données statistiques fiables sur les arts et la culture. Les appréciations qualitatives sur les indicateurs de manière générale (créativité, produits, productivité, effectifs, efficacité, efficience, résultats, performances, chiffres d’affaires, etc.) laissent très peu de place aux appréciations quantitatives. Un tel état de fait favorise-t-il l’adoption généralisée de la Gestion Axée sur les Résultats dans le management du secteur de la culture ? La rigueur de gestion rappelle que «Tout ce qui se gère se mesure» mais «Gare à la GAR», semble rétorquer sans ambages une certaine conscience collective sénégalaise !

Au pays des grands commis de l’État ayant blanchi sous le harnais, fonctionnaires chargés des responsabilités les plus élevées au sein de l’administration culturelle sénégalaise, au pays des académiciens Léopold Sédar Senghor et Ousmane Sow, de Douta Seck, Cheikh Hamidou Kane, Cheikh Alioune Ndao, Adja Fat Seck, Arame Fall Diop, Aminata Sow Fall, Mariama Ba, Boubacar Boris Diop, Mada Thiam, Samba Diabaré Samb, Papa Ibra Tall, Yandé Codou Sène, Saloum Dieng, Ousmane Sembène, Doudou Ndiaye Coumba Rose, Germaine Acogny, Bouly Sonko, Ndèye Khady Niang, Ndèye Bana Mbaye, Julien Jouga, Youssou Ndour, Didier Awadi, Gacirah Diagne, TT Fons, du Yéla, du Ndaga, du Kankurang, de la tapisserie, du premier Festival mondial des Arts nègres et du Dak’Art, au pays de ces grands hérauts de la culture, il peut paraître paradoxal que nombre d’acteurs supposés être à la base des productions culturelles ne s’identifient toujours pas comme étant des entrepreneurs à part entière – avec leurs spécificités propres – appelés à produire des œuvres à forte valeur ajoutée, compétitives, résolument orientées vers le marché, dans l’espoir de réaliser de grandes performances commerciales.

Une telle acception classique de la culture, de l’art et de l’artiste permet-elle de percevoir avec exactitude les énormes potentialités du secteur, d’organiser des marchés nationaux, sous-régionaux et régionaux et de bien contribuer à la croissance économique du Sénégal ? Si l’on y ajoute la porosité de nos frontières, portes d’entrée de produits de toutes sortes, porteurs eux-mêmes de valeurs de toutes sortes, le rush de productions hollywoodiennes, bollywoodiennes et nollywoodiennes, le plagiat, le piratage, la contrefaçon, les difficultés liées aux différentes politiques de décentralisation et le déficit quantitatif et qualitatif des ressources génériques, n’est-il pas permis de penser que le contexte est suffisamment difficile au point de faire gripper le moteur de l’émergence ?

Le contexte est aussi marqué par trois autres types de dysfonctionnements liés les uns aux autres et leurs effets conjugués pourraient constituer de sérieuses entraves à toute volonté de développement.

Le premier dysfonctionnement est d’ordre stratégique. Il porte principalement sur l’acception du concept de «vision» et de la «représentation» à laquelle cette vision renvoie généralement. Pour rappel, au sens managérial du terme, deux éléments inséparables d’un binôme composent la «vision». Elle procède de la conjugaison intelligente d’un futur désiré (ambitions) et d’un socle culturel (valeurs et missions) adapté à ce futur désiré .

Du fait de la complexité du processus d’acculturation qui accompagne toute «vision» et de sa durée relativement longue, les uns et les autres semblent bien s’accommoder du premier terme du binôme, à savoir le futur désiré (ambitions). Ainsi, le second terme, pour une raison ou pour une autre, étant peu ou pas du tout pris en compte, impacte négativement tout le processus (missions, socle culturel, système de valeurs) devant permettre la réalisation effective de ce «futur désiré».

Seulement, s’il faut quelques années pour juger sur pièce un régime au pouvoir, il ne faut pas moins d’un quart de siècle pour changer le
comportement contreproductif de citoyens et le mode de penser la culture d’un peuple. Car, comme dit John Maynard Keynes dans Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie «la difficulté n’est pas de comprendre les nouvelles idées, elle est d’échapper aux idées anciennes» ; d’où la nécessité de se projeter dans le long terme pour agir avec efficacité sur les comportements et infléchir la tendance vers le «futur désiré».

Si le Pse procède d’un futur désiré par un leader, il est nécessairement vulgarisé, partagé, approprié et intégré par les populations bénéficiaires pour permettre au second élément du binôme (valeurs et missions) de s’ériger en socle et de propulser la vision de sa posture initiale de «désir» à sa posture finale de «réalisations».

Le second dysfonctionnement est d’ordre structurel. Les structures décentralisées et déconcentrées sont-elles adaptées aux contraintes spatiales et organisationnelles de mise en œuvre du Pse ? Existe-il des espaces structurés et structurants pouvant s’approprier «l’offre d’émergence» du Pse et de la rendre effective partout où besoin est sur toute l’étendue du territoire national ?

S’il est vrai que le Pse propose «un futur désiré» idyllique avec un potentiel culturel national inestimable (classes créatives et génies des territoires), le modèle de structuration administrative permet-il toujours d’identifier de façon nette et précise ce potentiel ?
Les centres culturels ont-t-ils été conçus, du point de vue architectural, pour abriter et animer un projet aussi ambitieux que le Pse ? Ont-ils fait leur mue à l’heure de la départementalisation et de la communalisation intégrale ?
Le personnel est-il préparé en qualité et en quantité pour bien s’approprier le plan et répondre, au mieux et à temps, au rôle qui doit être le sien dans sa mise en œuvre ?

Pour l’essentiel, ces centres sont dans un état de dénuement quasi général avec des locaux inadaptés, des équipements obsolètes ou inexistants et un environnement peu clément. En plus, le peu de ressources humaines dont ils disposent dans le cadre du «faire-faire» ou/et du «faire-avec», bien que très volontaires et très engagés à la base, ne sont pas suffisamment outillés pour prendre en charge les problématiques majeures liées à l’économie créative et au management culturel.

A cet état de fait vient s’ajouter le déficit de structures culturelles dans les coins et recoins du Sénégal ; ce qui rend encore plus difficiles l’identification et la valorisation de tout le patrimoine national.

Le troisième et dernier dysfonctionnement est d’ordre opérationnel. La culture n’a pas de prix, mais elle a un coût. Le coût n’est pas que financier. Il s’exprime aussi en termes de qualité des ressources humaines (capital humain). De nombreux efforts ont été consentis ces dernières années dans le domaine de la formation, mais beaucoup reste à faire dans l’adaptation des contenus d’enseignements à la demande politique. Le personnel de niveau opérationnel est-il fin prêt pour mettre en œuvre le recueil de bonnes pratiques consignées dans le Pse ? Le dilemme relatif au passage du Bureau Sénégalais du Droit d’Auteur (Bsda) à la Société Sénégalaise du Droit d’Auteur et des Droits Voisins (Sodav) a-t-il connu son épilogue, même si le service est passé d’une main à une autre ? Quel avenir pour la qualité et la compétitivité des productions culturelles si et seulement si le seul fait de remplir une salle – aussi mythique, moderne et prestigieuse qu’elle puisse être – soit le principal défi à relever et l’unique indicateur de bonne performance ? Cette façon de (se) détourner des objectifs et des fonctions est devenue monnaie courante. Ne serait-ce d’ailleurs pas une des règles les mieux établies ?

A la lumière de tout ce qui précède, il y a lieu de rappeler avec insistance que si par le passé, la culture, dans l’entendement populaire, était ramenée à sa plus simple expression d’objet superflu, folklorique au sens péjoratif du terme, de prestige et de dilettantisme, son caractère transversal et sa présence dans tout ce qui touche à l’espèce humaine appellent plus d’attention et d’investissements.

De ce point de vue, les enjeux d’émergence valent bien la peine d’examiner les approches les mieux adaptées au contexte actuel pour une meilleure contribution de la culture à la croissance économique et au mieux-être des populations. Car, malgré ce contexte qui a l’air d’être défavorable, il ne ferme pas pour autant toutes les issues aux acteurs du développement au rang desquels comptent les acteurs culturels.

II. LA DIMENSION CULTURELLE (OUTPUT) DE L’ECONOMIE (INPUT) ET LE PLAN SENEGAL EMERGENT

Tout au long de l’histoire de l’humanité, le rapport entre «culture» et «économie» a été souvent un rapport heurté. La culture dont il est question ici est celle qui renvoie à un produit mobile ou immobile, un bien, un patrimoine matériel ou immatériel, un service, une activité et qui, a priori, est génératrice de valeurs, de sens et d’identités. Prise strictement sous cet angle, la culture, traitée comme objet de mécanisation et de marchandisation, relèverait de l’hérésie. Car une telle transaction serait synonyme de mécanisation et de marchandisation de valeurs et d’identités ; ces substrats qu’il importe de ne surtout pas profaner et qui donnent sens à l’humain et à l’humanité. C’est pour dire que la «valeur» – au sens culturel du terme – ne saurait être réduite à une simple « valeur marchande » et encore moins «l’identité».

Seulement, cette perception de la culture jugée réductrice par d’autres analystes ne divorce nullement d’avec l’économie, en ses fondements. Mieux, elles sont étroitement liées, voire inséparables comme les deux faces d’une pièce de monnaie. A preuve, l’effet que feraient, auprès des adeptes du Pse – Projet éminemment économique – l’instrumentalisation d’un certain code de conduite et la légitimation contextuelle ou circonstancielle d’une certaine sagesse populaire à partir de proverbes, de dictons et de langages courants bien de chez nous. Ces derniers, généralement vidés de leurs contextes réels d’origine du fait de la dépréciation des valeurs font souvent l’apologie de comportements qui ne sont compatibles avec aucune politique d’émergence. Pour exemple :
Xaalis kenn du ko liggéey, da ñu koy lijanti (Gagner son pain par la ruse et non pas par la force du travail et du mérite) ;
Ki la jambloo daqaar moo la macc lo say waaraam (Celui qui t’investit d’un pouvoir t’investit de fait du droit d’en profiter) ;
Ki la feesloo moo la yàpplo (Celui qui t’investit d’un pouvoir t’investit de fait du droit d’en profiter) ;
Nguur lekk ak naan, folleeku day bette (Profiter du pouvoir pendant qu’on y est, car la perte de ce dernier peut survenir à tout moment).

Ces contre-valeurs sont légion dans la conscience collective de nombre de Sénégalais et sources de dégâts collatéraux inestimables impactant négativement le quotidien de ces derniers. Le paradoxe est que ceux-là sont à la fois les bénéficiaires et les acteurs du Pse. Ils sont appelés à développer un sentiment d’appartenance et une volonté de réappropriation dudit plan pour pouvoir participer activement à sa mise en œuvre.

Pourtant, au même moment que la société sénégalaise produit et entretient ces contre-valeurs, elle produit et entretient parallèlement des valeurs qui font aussi légion dans la conscience collective des sénégalais. A tire d’exemples :
Jëf jël, ñaxx jariñu (Vivre à la sueur de son front) ;
Nux nux ba laa am, barr barr jiitu ko (Travailler pour gagner sa vie).
Picc bu bëgée gudd fan day moyuk fiir akuk mbëpp (Qui veut aller loin ménage sa monture).
Lorsque des cibles ou/et des acteurs du développement – selon le contexte – s’abreuvent de dictons aux antipodes de valeurs culturelles telles que le jom, le jomb, la kersa, le ngor, le maandu, le muñ, le farlu et le pastéef, ils deviennent des acteurs potentiellement dangereux. Les résultats attendus en termes de croissance et de mieux-être des populations en général en pâtissent, car à chaque fois que les stratégies entrent en conflit avec la culture, cette dernière finit toujours par prendre le dessus sur tout. D’où l’impérieuse nécessité de faire en sorte que les stratégies de développement prennent suffisamment en compte les risques opérationnels liés aux faits de culture ou supposés comme tels.

Face à cette guerre des tranchées entre «valeurs» et «contre-valeurs», entretenue de façon dynamique et permanente par la société sénégalaise, il est surtout attendu du leadership transformatif du Pse, l’adoption d’une stratégie de rupture fondée sur un système de valeurs culturelles adossées au plan ; autrement dit, une réelle prise en compte de la dimension culturelle (output) de l’économie (input). Car, la bonne santé économique procède d’abord et avant tout d’un système de valeurs génératrices d’une culture comportementale bien ancrée et largement partagée par les parties prenantes.

En effet, l’émergence, telle qu’elle est présentée par le Pse en tant que «futur désiré» pour améliorer les conditions d’existence des Sénégalais, est à prendre dans l’esprit et la lettre à la fois. Elle est l’incarnation d’un mode de penser, d’agir, de faire, de se comporter et de se projeter dans l’avenir. Elle est en définitive un processus complexe qui consiste – de la part des opérationnels du Pse – à «agir par acculturation», autrement dit, changer des traits de culture par d’autres traits de culture (rupture).
Et pour gagner honnêtement sa vie, «la culture de la ruse» cède la place à «la culture du travail bien fait, de l’intégrité, de la probité et du mérite».

Les activités culturelles seraient d’un grand apport pour sensibiliser les populations afin de réduire les risques de résistance aux changements et de manque de volonté de réappropriation du plan. Mieux, avec la mise à contribution des Ministères en charge de l’Education et de la Culture, ces activités, de par leurs effets ludiques, attractifs, plaisants et pédagogiques, aideraient à préparer les enfants d’âge scolaire à la culture de l’émergence (valeurs, identité et sentiment d’appartenir au Pse) et à leur permettre de grandir avec. Toutes les formes d’expressions culturelles s’y prêtent selon la configuration des cibles.

Dans l’approche économique de la culture, la culture, de par ses différentes déclinaisons (expressions identitaires, langages, codes, symboles, fonctions, valeurs sociales, système d’organisation des communautés humaines, vecteur de développement, etc.), demeure un levier sûr d’information, de mobilisation, de sensibilisation et de prévention au service du Pse. Ainsi, selon l’angle de déclinaison, la culture construit, déconstruit et reconstruit des modes de penser, de faire, de se comporter dans le but de générer et d’optimiser les facteurs de production d’émergence (performances économiques et mieux-être).

Le fait de bien gouverner et de bien gérer les affaires publiques procède d’une conscience individuelle, d’une adhésion volontaire et du respect scrupuleux des exigences d’éthique, d’intégrité, de transparence et d’exemplarité, d’un dispositif règlementaire et d’un code de bonne conduite. C’est pour dire qu’indépendamment des milliards de francs d’investissement provenant de fonds propres ou de partenaires techniques et financiers, tout le chemin de la bonne gouvernance est pavé de valeurs fondamentalement culturelles. Quelque importants que puissent être les capitaux à investir, tout ne saurait se résumer à la mobilisation d’investisseurs et de ressources financières. Loin s’en faut ! Bien plus que tous les capitaux financiers réunis, le fondement de tout plan de développement est la ressource humaine ou le capital humain. Et l’input et l’output de cette ressource humaine fondamentale n’est rien d’autre que la culture. C’est justement ce substrat dynamique, mobilisateur et fédérateur qu’est la culture qui sert de pilotis à tout système de développement national : la fierté, la dignité, la citoyenneté, la souveraineté, l’indépendance, l’autonomie, l’engagement patriotique, le sursaut national, l’autosuffisance, la démocratie, la liberté, l’émergence, etc.
N’est-ce pas là la raison pour laquelle on parle de culture de l’intégrité, culture de la transparence, culture de l’exemplarité, culture de l’éthique, culture d’une organisation, culture de la performance, etc.?

C’est finalement pour dire que les meilleures performances économiques résultent d’un système de valeurs organisationnelles bien définies, largement partagées et acceptées par les parties prenantes comme faits de culture ayant un important pouvoir d’inspiration, d’influence, d’orientation, de changement, d’institutionnalisation et d’ancrage. Ces faits de culture établissent une relation de confiance entre les différentes parties prenantes du Pse (niveaux national et international) et avec les Sénégalaises, les Sénégalais et les hôtes étrangers. Ce capital confiance demeure l’un des plus précieux gages pour mieux faire prospérer ce plan.

En définitive, toute performance économique est à la base une performance culturelle.

III. LA DIMENSION ECONOMIQUE (OUTPUT) DE LA CULTURE (INPUT) ET LE PLAN SENEGAL EMERGENT
A l’inverse du point précédent, il s’agit ici d’examiner la dimension économique (output) de la culture (input) autrement dit de montrer en quoi la culture pourrait, voire devrait être traitée sous l’angle économique.

Si l’aménagement culturel du Sénégal le recommande vivement, la place de l’économie du savoir et l’économie créative dans le système économique mondial l’impose. La prégnance des enjeux territoriaux et économiques de la culture est aujourd’hui telle que des États comme le Sénégal n’ont d’autres choix que de faire en sorte que la production culturelle devienne à la fois un output (produit) et un input (ressource) capables de :
– produire un capital créatif, dynamique, générateur de croissance, d’équité
et de mieux-être à partir de potentialités territoriales labellisées et d’un pouvoir attractif;
– se reproduire dans une logique de régénération permanente, gage de
créativité, d’innovation, de régularité et de jouissance esthétique sans cesse renouvelée.
Pour y arriver, en amont, faudrait-il prendre à bras le corps et suffisamment, les dysfonctionnements notés plus haut et mettre en cohérence les orientations stratégiques et les plans opérationnels, car, les enjeux de l’heure interpellent tous les acteurs au développement, sans exclusive.

Plus actuel que jamais, ce propos du savant sénégalais Cheikh Anta Diop campe avec beaucoup de clairvoyance les véritables enjeux de l’art et, par ricochet, ceux de la culture :
«Quelle que soit sa signification dans le passé, il (l’art) doit nous aider aujourd’hui à résoudre les problèmes actuels, à nous adapter aux nouvelles conditions d’existence.
Dans le domaine de la vie politique et sociale, sans jamais renoncer à son idéal d’esthétique, il doit poser les problèmes brûlants de l’heure …»

Lorsqu’il s’agit de faire du secteur de la culture un levier de croissance économique, il y a lieu de s’imprégner du potentiel de chaque territoire et de se faire une représentation objective du génie créateur réel. Le territoire est compris comme une unité culturelle géographique, génératrice de forme (s), d’expression (s) artistique (s) et d’un répertoire de biens culturels propres à ce territoire. C’est ainsi que les notes de Yelaa sont plus rattachées légitimement à telle unité culturelle géographique et non à telle autre. Il en est de même pour le Mbilim, le Ngoyaan, le Taaxuraan, le Ndaga, le Kankurang, les mégalithes, le Xoy, la tapisserie, etc.

L’intérêt de cette approche géographique de l’économie culturelle réside dans le fait que la concurrence mondiale met de moins en moins aux prises les pays entre eux. Elle s’opère du local (territoire) vers le global (mondial). C’est grâce à cette approche géographique de la culture traduite par une forme spécifiée de labellisation et de marketing territorial que des villes sont devenues d’importants pôles (culturels) d’attraction et de convergence, pourvoyeurs de richesses, de croissance économique et de mieux-être.

La ville d’Amsterdam s’est ainsi cristallisée dans la mémoire collective pour son industrie de la publicité, Angoulême pour son festival de bande dessinée, Barcelone pour son design, Bombay, Cannes, Hollywood, Lagos et Ouagadougou pour le cinéma, Montréal pour ses jeux vidéo, New-York pour sa Statue de la Liberté, Paris pour sa gastronomie, sa Tour Eiffel et son musée du Louvre, Rotterdam pour ses projets architecturaux, São Paulo et Dakar pour leurs biennales d’arts, Sapporo pour son Yuki Matsuri, festival de sculptures sur neige et sur glace, Shangaï pour son Festival universel : Meilleure ville ; meilleure vie, SiliconValley pour son industrie électronique, etc.
Saint-Louis du Sénégal semble s’inscrire dans cette dynamique à travers son festival de jazz et sont légion dans le monde ces villes, territoires ou pôles ayant pris des options culturelles claires du genre à renforcer les arguments concurrentiels et les avantages compétitifs de leurs localités et à des fins économiques !
Villes/Territoires/Pôles Options/Arguments concurrentiels/Avantages compétitifs
Amsterdam Industrie de la publicité
Angoulême Festival de bandes dessinées
Barcelone Design
Bombay (Bollywood) Industrie du cinéma
Cannes Festival de cinéma
Hollywood Industrie du cinéma
Lagos (Nollywood) Industrie du cinéma
Montréal Jeux vidéo / Cirque du Soleil
New-York Statue de la liberté
Ouagadougou FESPACO
Paris Gastronomie / Tour Eiffel / Musée du Louvre
Rotterdam Projets architecturaux
Saint-Louis (Sénégal) Festival de Jazz
São Paulo Biennale d’art
Sapporo Yuki Matsuri, le festival de sculptures sur neige et sur glace
Shangaï Festival universel : Meilleure ville ; meilleure vie
SiliconValley Industrie électronique
Venise Biennale d’art

L’exploitation marchande de symboles culturels et de la créativité artistique participe à l’attractivité et à l’émergence de ces villes. Par la force du génie créatif, elles sont devenues des maillons forts pour l’économie de leurs pays respectifs.

Au Sénégal et aux Sénégalais de tirer le meilleur profit du génie de leurs territoires afin d’exercer toute l’attraction nécessaire pour mobiliser et fidéliser – par les arts et la culture – des facteurs de production de richesses, de croissance et de mieux-être. Car l’émergence d’une culture au service de l’économie passe nécessairement par l’émergence de classes et de territoires créatifs.

Dans cette logique de saine concurrence territoriale, le travail préalable consiste à identifier, répertorier et valoriser la ressource artistique et culturelle (génie du territoire). Il est fondamental pour le développement et l’ancrage des arguments concurrentiels et des avantages compétitifs. Les arts et la culture, longtemps considérés comme des activités de dilettante, sont ainsi devenus de véritables leviers de croissance économique pour le développement local.

Un tel parti-pris permet d’identifier, de répertorier géographiquement, de mobiliser et de valoriser économiquement ce que chaque territoire a de spécifique tant au niveau des hommes (classes créatives) qu’à celui des produits et des services culturels (génie mobile, immobile, matériel, immatériel).

Ce qu’il convient d’appeler ici la dimension économique (output) de la culture (input) présente plusieurs autres avantages. En effet, elle :
– met en œuvre une politique de promotion des arts et de la culture autour d’un évènement d’envergure internationale rattaché à un territoire et en fait un objet d’attraction et d’affluence soumis à une certaine périodicité (pour les besoins d’illustration, nous prenons ici à titre d’exemple le Festival de Riiti du Djolof) ;
– met en valeur un label culturel rattaché à un territoire de référence (le Riiti et le Djolof) ;
– offre une large assiette culturelle sous forme de produit composite (créer un package artistique, artisanal, culturel, social, touristique, commercial, financier, économique, territorial, politique, en se référant aux spécificités du Riiti et du Djolof) ;
– prend une option dite en termes marketing « orientation vers le marché » avec un impact réel sur le traitement de l’information culturelle (aspiration/pression) et sur les performances commerciales ;
– reproduit l’offre culturelle de façon pérenne (rendre régulier le Festival de Riiti du Djolof suivant une périodicité fixe) ;
– constitue une offre culturelle soumise à une logique de régénération permanente (veiller à booster la créativité à chaque édition du festival, à assurer au public une jouissance esthétique, à renouveler les prestataires, le répertoire et le contenu du package en général) ;
– présente un livrable sur les arguments concurrentiels et les avantages compétitifs du Festival de Riiti du Djolof ;
– crée de la richesse, lutte contre la pauvreté et améliore le mieux-être au Djolof – territoire de référence – et au-delà (un impact à la fois social et économique) ;
– offre une plateforme pour des activités d’environnement combinant des effets d’entraînement et de diversification et anticipant sur les risques potentiels de conflits entre les différentes expressions culturelles d’un même territoire ;
– fait la promotion de produits culturels dérivés des produits phares du territoire (le Djolof) ;
– fait l’objet de benchmarking et de délocalisation dans d’autres territoires culturels identifiés au Sénégal (possibilité de généralisation du modèle avec la dose de flexibilité et d’adaptabilité nécessaire).

En effet, les territoires qui ont pris cette option de par le monde se sont appuyés sur un capital humain créatif dont la puissance a contribué à créer les conditions requises pour rendre le territoire de référence attractif avec les effets d’entraînement, le réseautage de classes créatives de différents territoires et la transformation du territoire en une zone culturelle spéciale à vocation économique.

Il ne relève donc pas du hasard si, par l’activation de ressorts géographiques, culturels, environnementaux, par le marketing social, territorial et éthique, des territoires et des labels culturels sont devenus, de par le monde, de prestigieuses marques de référence en matière de politique culturelle et économique.

La concurrence mondiale est rude et impitoyable et la diversification des axes stratégiques conduisant à l’émergence est devenue un impératif. C’est pourquoi les métropoles citées plus haut en exemples et bien d’autres ont développé des stratégies de marketing territorial et d’exploitation marchande de symboles culturels et de la créativité artistique, esthétique et sémiotique, dans le but de se doter d’arguments concurrentiels et d’avantages compétitifs.

A la lumière de ce qui précède et au regard du principe de base qui le fonde, le Pse pourrait bien explorer la dimension économique (output) de la culture (input).
Quel modèle organisationnel se prêterait le mieux à ce cas de figure ?

IV. LA ZONE CULTURELLE SPECIALE : UN MODELE DE SYNTHESE
A proprement parler, il n’y a pas de modèle type applicable à tous les territoires et à toutes les spécificités culturelles. Toutefois, des options claires peuvent être faites selon les opportunités que présente tel ou tel territoire ou telle ou telle expression artistique ou culturelle. Sous ce rapport, le « Taaxuraan » pourrait être revisité au Baol, le « Ngoyaan » au Saloum, la tapisserie à Thiès, le « Riiti » à Dara Djolof, le « Kankurang » à Mbour et le « Ndawrabbin » à Dakar. La liste n’est pas exhaustive. Loin s’en faut ! Mieux, par le jeu de diversification d’activités, de localisation et de délocalisation de cœur de métier, de nouveaux territoires seraient promus dans une perspective de construction d’une unité culturelle nationale, synonyme de « dénominateur culturel commun » ; ce qui ne signifie pas l’effacement des différences culturelles (unité dans la diversité).

A titre expérimental et pour être en phase avec la logique du plan, le modèle organisationnel proposé ici prendrait la forme d’une « Zone culturelle spéciale » et Diamniadio serait son lieu d’implantation (territoire). En effet, ce modèle présenté comme une alternative procède d’une synthèse de trois problématiques très actuelles et étroitement liées par l’économie mondiale et ses exigences. Il s’agit de la territorialisation culturelle, de la clusterisation culturelle (clusters / grappes) et de l’économie culturelle.

Cette zone d’un genre assez particulier est caractérisée par son ancrage à plusieurs niveaux:
– un territoire bien précis (Diamniadio) compte tenu des nombreuses opportunités qu’il offre en tant que nouvelle ville et nouveau pôle urbain de Dakar;
– une classe créative (l’État dans tous ses démembrements, Chefs coutumiers, collectivité lébou, acteurs culturels, universitaires, artistes, critiques, collectionneurs, galeristes, patronat, héritage multiculturel, etc.) ;
– un produit culturel composite et représentatif de la région naturelle du Cap-Vert (peinture sous-verre, Gumbe, Ndawrabbin, Simb, Kasak, régate, Mbapat, Bàkk, etc.) ;
– un évènement d’envergure internationale autour du produit composite (SEN’ART par exemple), prétexte pour faire de Diamniadio un pôle d’attraction et de convergence, selon une périodicité fixe (une fois l’an ou biennale) ;
– un marché des arts et de la culture de type nouveau ;
– un contexte favorable (nouvelle stratégie politique pour l’émergence, nouvelle ville / nouvelle vocation / nouveau contenu / nouveau hub relié par autoroute / nouvelle dynamique / nouvel indicateur de l’émergence).

En effet, la Zone Culturelle Spéciale pourrait s’intégrer dans l’architecture de la Délégation Générale à la Promotion des Pôles Urbains de Diamniadio et du Lac Rose comme entité autonome à trois niveaux :
– niveau 1 : le Top Management de la Zone Culturelle Spéciale (équipe) ;
– niveau 2 : les Départements au nombre de trois rattachés au Top Management ;
– niveau 3 : les Unités au nombre de deux rattachées au Département chargé des affaires administratives et financières.
Du Top Management découlent donc trois grands départements chargés des opérations :
1. le Département Recherche-Action qui regroupe toutes les classes créatives de la zone à savoir :
– la classe culturelle ;
– la classe juridique ;
– la classe sociologique ;
– la classe démographique ;
– la classe technologique ;
– la classe écologique ;
– la classe financière ;
– la classe commerciale ;
– la classe économique ;
2. le Département chargé des affaires administratives, financières et sociales subdivisé en trois unités :
2.1. l’unité de formation aux métiers des arts et de la culture avec une vocation sous-régionale ;
2.2. l’unité de production qui prend en charge toutes les activités culturelles classiques courantes, l’évènement d’envergure internationale et ses dérivés (in et off) et les diverses activités de diversification ;
3. le Département de l’action marketing, commerciale et sociale qui a en charge le traitement des informations marketing et commerciales, l’exploitation commerciale d’un site d’hébergement et de restauration, d’un espace polyvalent ( multimedia library, conférences, spectacles, expositions, résidences d’artistes, jeux et loisirs, etc.), d’un groupe de communication (bulletin, radio, TV, info en ligne, etc.), les organes sociaux (mutuelle d’épargne et de crédits, mutuelle de santé, mutuelle d’assurances et coopérative d’habitat) et la promotion de la Zone Culturelle Spéciale.

Comme tente de le rendre le graphique ci-dessus, la zone est par essence un espace physique, un faisceau de relations inter organisationnelles, interprofessionnelles et interpersonnelles à partager et à valoriser. Si certaines entités dépendent directement et administrativement sur le plan hiérarchique du Top Management de la Zone, d’autres gardent leur autonomie dans une logique de clusterisation. Ce qui permet par exemple à un cabinet autonome de prendre en charge les études d’impacts de la Zone Culturelle Spéciale et à une société d’auteurs de veiller aux questions relatives aux droits assujettis à la création.

L’avantage compétitif des zones culturelles spéciales réside dans leur capacité à promouvoir le génie d’un territoire en une unité de lieu, de temps et d’action avec des possibilités réelles de délocalisation de certaines activités.

Ce mode de gestion de la culture ici présenté comme étant à la fois un input (ressource) et un output (produit) contribue à fédérer des communautés humaines (énergies et synergies) autour d’une grappe d’activités (diversification), sur un territoire (label) qu’elles ont en partage, dans le but de réaliser, par l’effet de marketing, des performances économiques et d’aboutir à un mieux-être à moindre coût (coût financier, social, physique, sanitaire, sécuritaire, etc.).

Ainsi compris, le Plan Sénégal Emergent serait assurément dans une perspective culturelle (input) avec une vocation économique (output).

En conclusion, il est important de rappeler qu’ici au Sénégal comme partout ailleurs dans le monde, aucun projet de développement ne peut prospérer si le paradigme culturel (spécificités territoriales) n’est pas au cœur des stratégies.

Plus qu’un simple «futur désiré» déterminé par un pouvoir politique au bénéfice d’une communauté humaine, l’émergence est un long et sinueux processus à construire avec celle-là, un système de valeurs à partager, une culture à fonder sur la base de nouveaux paradigmes, de nouveaux modes de penser, d’agir, de se comporter et d’appréhender l’avenir du Sénégal, l’épanouissement des Sénégalais d’ici et d’ailleurs et des hôtes.

Dès lors, la mobilisation du capital humain nécessaire à l’émergence procède d’un véritable processus d’acculturation et de mutation très complexe. Le pari ne peut être gagné d’avance si l’on sait que toute innovation est appelée à faire face à des forces de résistance.

La conduite de la stratégie de rupture exige donc la mise sur orbite de leaders transformatifs ayant un niveau de flexibilité maximale pour faire en sorte que le Pse soit effectivement une stratégie à la fois « économiquement culturelle » et « culturellement économique ».
« Le Sénégal émergent » est à ce prix.

BIBLIOGRAPHIE SELECTIVE
ARMSTRONG, Cléo alliés. – Groupes, Mouvements, Tendances de l’Art Contemporain depuis 1945, Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts, 1990,187 pages.
BLOCHE, P. et alliés. – La Culture quand même ! Turin, Canale & SPA, 2002, 158 pages.
BOLLINGER, D et allié. – Les différences culturelles dans le management, Comment chaque pays gère-t-il ses hommes ?, Paris, Les Editions d’Organisation, 1987, 268 pages.
BRILMAN, Jean. – Les Meilleures pratiques de Management, Paris, Les Editions d’Organisation, 2003, 550 pages.
COHEN, Elie. – Dictionnaire de Gestion, Paris, La Découverte, 2001,P 132.
COLBERT, F. – Le Marketing des arts et de la Culture, Québec, Gaétan Morin éditeur, 2000, 317 pages.
Commission Européenne pour l’Afrique. L’emploi et l’économie du savoir en Afrique : cas du Sénégal, avril 2007, 24 pages.
DIOP Cheikh Anta. « Alerte sous les tropiques », Présence Africaine, (page 120), Paris, Présence Africaine.
GOTTELAND, David, L’orientation marché, Editions d’Organisation, 2005,187 pages.
KOSSOU, Basile et allié. – La dimension culturelle du développement, Collection CAURIS NEA/UNESCO, 1985, 176 p.
MENARD, Marc. – Eléments pour une économie des industries culturelles, Québec, SODEC, 2004, 167 pages.
OIF. – Les Industries Culturelles des Pays du Sud Enjeux du Projet de Convention Internationale sur la Diversité Culturelle, AIF, août 2004, 79 pages.
PREDAL, R.- La Critique de Spectacle, Paris, Editions du CFPJ, 125 pages.
RAMONET I. – La culture à l’ère de l’Internet, Manière de voir, bimestrielle mai/juin no 57, 2001.
REGOURD, S. – L’Exception Culturelle, Paris, Puf, 2002, 127 pages.
MANAGEMENT INTERNATIONAL (REVUE), Volume 3, Numéro spécial sur les Villes créatives, 2009,173 pages.
SANCHEZ, J. C. et alliés. – La Culture Clé du Développement, Paris, Harmattan, 1983, 265 pages…
SECK, Sidy. « De l’émergence de territoires créatifs en Afrique », Éthiopiques n°90. Littérature, philosophie et art Penser et représenter l’ethnie, la région, la nation, Fondation Léopold Sédar Senghor, Dakar, 1er semestre 2013.
UNESCO ; Culture, Commerce et Mondialisation, Paris, Editions UNESCO, 2000,79 pages.
WARNIER, J.P. -La Mondialisation de la Culture, Paris, Editions La Découverte, 1999, 185 pages.

Negoce

Postez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Hey there!

Sign in

Forgot password?

Don't have an account? Register

Close
of

Processing files…