octobre 22, 2017

BBY THIES

ECONOMIE : L’Afrique peut-elle FINANCER sa propre CROISSANCE ?

ECONOMIE : L’Afrique peut-elle FINANCER sa propre CROISSANCE ?

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PHOTO : Une vue partielle du chantier du grand barrage de la renaissance.  La mobilisation des ressources internes est une source essentielle de financement.  Malgré la croissance exceptionnelle du financement du développement au cours de ces dernières années, l’Afrique peine à mobiliser les ressources nécessaires à sa croissance et à sa transformation. Au vu de l’insuffisance de l’aide extérieure au développement et des faibles prix de ses produits et services, l’Afrique a dû admettre que son développement durable ne pouvait dépendre que de ses propres ressources financières.

Selon la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), le développement des infrastructures africaines pourrait entraîner une hausse de 2 % du produit intérieur brut (PIB) et poser les bases d’une industrialisation rapide, ce qui permettrait de renforcer les capacités du continent à générer davantage de ressources internes.

Dans son rapport de mars 2015 intitulé Financements novateurs et transformation économique en Afrique, la CEA évalue les besoins actuels de l’Afrique en matière d’infrastructures à la colossale somme de 93 milliards de dollars par an. Avec 45 milliards mobilisés, le déficit annuel s’élève donc à près de 50 milliards.

Comme le dit très justement le Président ivoirien Alassane Ouattara, le plus grand défi de l’Afrique consiste à s’assurer que des sources de financement appropriées et innovantes viennent appuyer sa transformation. «L’une des solutions consisterait à accélérer le développement de nos marchés financiers pour activer la transformation des économies africaines », avait-il déclaré lors du neuvième Forum pour le développement de l’Afrique, organisé l’an dernier au Maroc. « Pour ce faire, nous devons développer des produits financiers innovants. »

Malgré les progrès réalisés en matière de mobilisation des ressources financières et techniques au développement depuis le Consensus de Monterrey, en mars 2002, l’Afrique sait que beaucoup reste à faire. «Les modèles politiques, de financement et d’investissement actuels ne nous permettront pas de réaliser notre vision d’avenir, ont affirmé les chefs d’État et de gouvernement africains dans l’avant-projet du document final de la troisième Conférence sur le financement du développement.

QUELLE SONT LES OPTIONS ?

L’Afrique, selon les experts du développement, a réalisé que les sources de financement traditionnelles n’étaient pas viables et ne devaient être considérées comme des solutions de premier recours,. Oswell Binha, président de l’Association des chambres de commerce et d’industrie de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), affirme que l’Afrique peut créer une économie de 2000 milliards de dollars en simplifiant les règles du commerce et de l’investissement intérieur. «Les débats de l’Organisation mondiale du commerce et des partenariats économiques sur l’ensemble du continent montrent que l’Afrique est consciente de l’importance du commerce intra-africain pour la mobilisation des ressources internes », a indiqué M. Binha.

Mateus Magala, représentant résident de la Banque africaine de développement (BAD) au Zimbabwe, affirme que l’Afrique est le marché pionnier présentant le potentiel d’investissement le plus élevé du monde. « Cela inclut notamment les fonds souverains, les fonds de pension, les réserves de change et les transferts de fonds. Le continent dispose également de ressources naturelles substantielles, et les pays possédant des industries extractives peuvent tirer parti de cette importante source de revenus », a indiqué M. Magala . Avec la volonté politique et l’autorité nécessaires pour créer les mécanismes de gouvernance appropriés, a-t-il souligné, les revenus de l’extraction pourraient impulser la transformation du continent en lui permettant d’investir dans la compétitivité, la diversification et l’utilisation efficace et durable des ressources.

Lors d’une Conférence du Groupe africain sur les perspectives en matière de financement du développement organisée au mois de mars, les parties prenantes ont affirmé leur volonté de financer un développement durable en mobilisant les ressources intérieures, en luttant contre la corruption et les flux financiers illicites (FFI), et en améliorant la gouvernance. « Pour financer ses priorités de développement, l’Afrique a créé un cadre mettant la mobilisation des ressources et des échanges intérieurs au service du financement des transformations structurelles et du développement durable, en mettant l’accent sur les infrastructures, le capital humain et l’agriculture durable», a déclaré Adam Elhiraika, directeur de la Division des politiques macroéconomiques de la CEA, lors d’une récente réunion régionale à Addis-Abeba.

Pour la CEA, le potentiel de l’Afrique est énorme. Le continent peut soutenir, développer et mettre en œuvre des instruments financiers intérieurs viables, notamment des flux financiers découlant de la titrisation des transferts de fonds, des revenus des minéraux et des combustibles minéraux, des réserves internationales des banques centrales et de la croissance du marché des fonds de capital-investissement.

Cette thèse est confortée, entre autres, par les données du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) qui indiquent que les pays africains collectent plus de 527,3 milliards de dollars par an en taxes intérieures, contre 73,7 milliards provenant de flux privés et 51,4 milliards d’aide publique au développement. M. Magala croit possible d’obtenir 550 milliards de dollars des réserves extérieures officielles, 200 milliards des fonds de pension, 150 milliards des fonds souverains, 50 milliards de l’investissement direct étranger, 60 milliards des transferts de fonds et 20 000 milliards de la monétisation des ressources naturelles.

ÉPARGNE INTÉRIEURE 

Des mécanismes de financement « carbone » peuvent également être exploités plus encore pour mettre en œuvre certains des projets du continent. Plusieurs pays envisagent une taxe sur le carbone pour mobiliser des ressources financières supplémentaires et lutter contre les changements climatiques.

La CEA indique néanmoins que l’épargne intérieure de l’Afrique reste faible par rapport à celle d’autres régions en développement, notamment en raison du nombre important de personnes non bancarisées. Des progrès sont cependant possibles si les ressources du secteur informel sont mises à profit et que des incitations à utiliser les services bancaires officiels sont développées. Le ratio épargne/PIB de l’Afrique était d’environ 22 % entre 2005 et 2010, contre 46 % pour l’Asie orientale et le Pacifique, et 30 % pour les pays à revenu intermédiaire.

M. Binha considère que les gouvernements africains devraient également promouvoir un environnement favorisant les consultations de haut niveau entre les secteurs public et privé. La CEA estime la valeur du marché des capitaux privés africains à environ 30 milliards de dollars. Pour la seule année 2011, les sociétés de financement par capitaux propres ont mobilisé 1,5 milliard de dollars pour des opérations en Afrique.

RÉDUIRE LE COÛT DES TRANSFERTS DE FONDS 

Bien que les transferts de fonds aient atteint 21,8 milliards de dollars en moyenne au cours des dix dernières années et représentent environ 10 % du PIB de pays tels que le Nigéria et le Sénégal, les experts indiquent que le coût des transferts vers l’Afrique demeure parmi les plus élevés du monde. Pour que les transferts de fonds aient un impact sur le développement, ils doivent être moins chers et utilisés plus efficacement.

Il peut arriver que les lois de contre-surveillance et de lutte contre le blanchiment d’argent adoptées pour combattre le financement du terrorisme  asphyxient les transferts de fonds et entravent la progression du continent. Cela a été le cas récemment, lorsque les banques américaines ont décidé de cesser les transferts de fonds vers la Somalie.

La lutte contre les flux financiers illicites(FFI) est un défi de taille que l’Afrique doit relever de toutes ses forces. Ces fuites de capitaux pourraient avoir atteint 854 milliards de dollars entre 1970 et 2008, soit une perte de financement moyenne annuelle de près de 22 milliards – dont plus de la moitié provient des industries extractives. Une restriction des FFI en provenance du continent pourrait donc stimuler les efforts de mobilisation des ressources internes.

Plusieurs options politiques ont été proposées pour juguler ces flux; parmi les principales stratégies mises en œuvre, mentionnons la création, par les Ministres des finances de l’Union africaine, d’un Groupe de haut niveau sur les flux financiers illicites en provenance d’Afrique, et l’établissement d’initiatives régionales telles que le Programme régional pour l’Afrique en matière de lutte contre la corruption (2011-2016) et le Forum africain sur l’administration fiscale. Pour M. Binha, les problèmes de l’Afrique résident principalement dans le manque de confiance, un modèle  politique défavorable, la rigidité des échanges intérieurs et intra-régionaux, et les différences d’un pays à l’autre. « Le manque de confiance fait obstacle à des investissements internes durables, fiables et crédibles.  », ajoute-t-il. .

 POURSUIVRE LA CROISSANCE

Selon la Banque mondiale, le PIB africain devra enregistrer une croissance de 5 % au cours des vingt (20) prochaines années pour atteindre le niveau de financement interne nécessaire. La Banque prévoit un ralentissement de la croissance économique des pays africains – de 4,5 % en 2014 à 4 % en 2015 –, qui reflète principalement la chute des prix mondiaux du pétrole et d’autres produits de base.

Lors d’une récente réunion  organisée  à Washington, l’économiste en chef de la Région Afrique de la Banque mondiale, Francisco Ferreira, a indiqué aux Ministres des finances africains et aux responsables des banques centrales que cette prévision était inférieure au taux de croissance annuel moyen de 4,4 % des vingt dernières années, et largement en deçà des taux record de 6,4 % pour la période 2002-2008. Bien que ce boom soit terminé, a-t-il indiqué, le phénomène de « l’Essor Africain » lui est antérieur et devrait lui survivre.

Des mécanismes de financement intérieur innovants tels que le Fonds50 pour l’Afrique, lancé l’an dernier par la BAD, devraient donc prendre la main ou venir compléter d’autres ressources externes et nouvelles sources de financement telles que les pays du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) pour mettre en œuvre l’ambitieux programme de développement de l’Afrique.

 

Source : Afrique Renouveau

 

 

 

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