août 19, 2017

Contact: 775312579 Email: redaction@thiesinfo.com

HISTOIRE DE THOMAS SANKARA : La Biographie d’un homme intègre

HISTOIRE DE  THOMAS SANKARA : La Biographie d’un homme intègre

[template id= »821″]

 

Né à Yako le 21 décembre 1949, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), Thomas Sankara fait d’abord une carrière militaire, notamment à Madgascar, où il assiste à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste. Ici ; naissent ses idées d’une « révolution démocratique et populaire ». De retour en Haute-Volta, il est d’abord secrétaire d’Etat à l’information sous le régime de Saye Zerbo (1981) d’où il démissionnera. Il devient premier ministre sous la présidence de Jean-Baptiste Ouedraogo (1983). Dans son discours d’investiture, le mot « peuple » revient 59 fois ! Il rencontre aussi en 1983, à New Delhi Fidel Castro et Samora Machel (alors président du Mozambique). Cette même année, Ouedraogo emprisonne Sankara, mais il est libéré par son ami Blaise Compaoré et devient président.

Commencent ici ses œuvres pour redonner au Burkina Faso une dignité, une autonomie et une indépendance économique (le fameux « consommons Burkinabé ») de par ses actes et ses discours (Thomas Sankara fût très tôt contre l’injustice) : contre la domination historique des grandes puissances sur son pays et pour la participation du peuple au pouvoir, le mot d’ordre est que le pays doit vivre de ses propres forces et au niveau de ses propres moyens.

Ses grandes actions furent : campagne massive de vaccination des Burkinabé qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique, construction considérable d’écoles et d’hôpitaux , campagne de reboisement : plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel, grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, élévation des prix et suppression des impôts agricoles, institution de Tribunaux populaires de la révolution (Tpr), grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc), aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous), et tant d’autres.

IL EST ASSASSINÉ SUITE À UN COUP D’ETAT ORCHESTRÉ LE 15 OCTOBRE 1987

Toute la population Burkinabé défile dans les rues pour pleurer l’enfant chéri et les jours suivants, des milliers de personnes se rendent sur sa tombe et condamnent ainsi le crime. Ses grands discours « Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités. La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d’hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs ». 3 janvier 1984, ouverture des premières assises des Tpr. « Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées ».

8 MARS 1987, OUAGADOUGOU « LE PILLAGE COLONIAL A DÉCIMÉ NOS FORÊTS SANS LA MOINDRE PENSÉE RÉPARATRICE POUR NOS LENDEMAINS »

1983, Paris, Conférence internationale sur l’arbre et la forêt. « Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne sautait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture là. Il faut ranimer la confiance du peuple en lui-même en lui rappelant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir. La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes. Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins ». A un journaliste américain : « L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières ? D’autant plus que les peuples africains pâtissent des mêmes misères, nourrissent les mêmes sentiments, rêvent des mêmes lendemains meilleurs ».

Août 1984, conférence de presse : « Nous n’avons pas compris comment ils (Jonas Savimbi de l’Angola et Peter Botha d’Afrique du Sud, pro Apartheid) ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en portent l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours ».

Novembre 1986, discours fait à François Mittérand, en visite à Ouagadougou : « Parce que toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, nous nous sommes jurés de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre le moindre déni de justice ».

LA POLITIQUE DE SANKARA

S’affranchir de la tutelle de la France : « comment sortir d’une misère asservissante ». Lutter contre la corruption des dirigeants. Il devient (et reste) un véritable héros auprès de la population et surtout des jeunes. A l’arrivée au pouvoir de ce président des pauvres, le pays connaît de nombreux changements : le changement de nom du pays, la Haute-Volta devient Burkina Faso (pays des hommes intègres). Une diminution du train de vie des dirigeants : Sankara roule en Renault 5. Thomas Sankara mise sur l’éducation et la santé (espérance de vie alors 40 ans). La population est enthousiaste et elle s’accommode des efforts demandés (sauf pour la diminution du nombre des fonctionnaires). Il encourage la consommation des produits locaux. La lutte contre la corruption par des procès retransmis à la radio. Aucune peine de mort n’est demandée. La campagne massive de vaccination des Burkinabé qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique. La construction considérable d’écoles et d’hôpitaux, la campagne de reboisement : plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel. Une grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, augmentation des prix et suppression des impôts agricoles. De grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc). Mettre en place des aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous) et tant d’autres…

NOTES SUR LA RÉVOLUTION ET LE DÉVELOPPEMENT NATIONAL ET POPULAIRE DANS LE PROJET DE SOCIÉTÉ DE THOMAS SANKARA

Thomas Sankara a incarné dans la mémoire historique de millions d’africaines l’espoir d’un changement basé sur la seule contribution de nos propres forces. A 37 ans comme Ernesto Che Guevara et pour la même cause, il rejoignait l’immortel Panthéon des humains intègres. Il a été l’instigateur d’un changement qui demeure un impératif incontournable pour la majorité des formations sociales africaines. Pour comprendre son projet de société, mais aussi son « volontarisme » si dérangeant qui contribua d’ailleurs le perdre. Ces quelques notes s’adressent toutes les bonnes volontés qui se préoccupent de la condition du continent africain, et qui chaque 15 octobre ont une pensée pour Thomas.

Pour appréhender la profondeur de l’œuvre de Sankara, il faut cerner les conditions dramatiques de développement dans lesquelles est inséré le Burkina Faso. Pays enclavé, au développement extraverti et dépendant d’apports financiers internationaux ; formation sociale en quête permanente d’une autosuffisance alimentaire que les opérations de péréquation régionales ne parviennent pas toujours à compenser ; population active s’expatriant et confirmant la vocation historique de fournisseur régional de main d’œuvre bon marché ; bref le pays présente des caractéristiques prédisposant la poursuite classique de développement de type néo-colonial.

Thomas Sankara évoluant dans de telles conditions, mais ayant aussi une conviction claire de sa propre condition, c’est-à-dire son appartenance à la petite – bourgeoisie intellectualisée, fut animé sa vie durant par une obsédante vocation. Non pas qu’il était guidé par un messianisme narcissique comme ses bourreaux ont voulu le faire croire, mais parce qu’il avait claire conscience de sa responsabilité historique. Thomas avait en effet l’intuition d’appartenir à la rare catégorie de l’intelligentsia révolutionnaire africaine. Ceci n’est pas une appartenance de classe. Cette particularité se caractérise par un praxis que l’on peut réduire à une propension à l’anti-capitalisme, à la faculté de pouvoir sauvegarder une symbiose avec les masses populaires dont il fit l’ardente promotion de la vitalité culturelle ; et enfin ce trait commun aux grands progressistes de notre temps, cet internationalisme humaniste et universaliste qui lui permettrait l’intelligence de saisir la nature du système mondial. Croupissant en prison pour son idéal, puis haranguant les foules durant son bouillonnant intermède au pouvoir, il n’a cessé d’être convaincu de la pertinence de son projet de société. La seule animosité des grands intérêts de ce monde et des Judas autour de lui aurait pu convaincre d’ailleurs n’importe qui de la justesse de la voie à suivre. On peut s’étonner de l’amnésie du peuple Burkinabé et de l’anesthésie qui s’est emparée de lui, comme de le torpeur qui a saisi bien des patriotes africains après le sinistre événement du 15 octobre 1987. Peur, immaturité, certainement. Mais tout cela s’explique aussi en partie par la réaction au « volontarisme » intriquer au projet de société dit de la « transformation nationale et populaire ».

En effet, ce monde de développement est une rupture radicale avec les désordres antérieurs, mis aussi bien des mentalités et autres rigidités culturelles. Il suppose une adhésion populaire, un engouement des masses, un sens du sacrifice des couches possédantes. Bref un ensemble de conditions qui font de Thomas comme certains de ses illustres prédécesseurs panafricanistes, des visionnaires en avance sur leur peuple. Non pas que leur projet de société ne soit pas valable pour les années 90. Au contraire, il l’était déjà avant ces années là. Il se trouve juste que l’indispensable alliance nationale et populaire, inhérente à toute rupture avec la compradorisation et la mondialisation capitaliste est un épisode vicieux, ou périssent bien des tentatives louables à travers le continent. L’erreur de Thomas fut de croire ce processus d’alliances bien enclenché. Cependant le choix de privilégier l’agriculture et les paysans pour le sursaut national ; le choix de construire un marché intérieur de biens de consommation de masse accessible et variés ; la volonté de satisfaire pour le plus grand nombre les besoins essentiels ; celui de contribuer à l’émancipation de la femme ; comme celui d’avoir une gestion patriotique des derniers publiques en refusant la subalternisation qu’impose le système mondial, sont toutes des initiatives prises par un élan radical et contraire à la norme en vigueur dans le système mondial. Dès lors toute intelligentsia progressiste qui opte pour cette voie s’expose sciemment à la trahison, à l’impatience de certains pans de la société, à l’incompréhension et à la fomentation de bien d’autres. Nous croyons pourtant que les grandes orientations du 4 août sont pour l’essentiel encore correctes, et que toute initiative de ce type à travers l’Afrique doit être soutenue et entretenue.

L’Afrique est condamnée d’essayer, pour l’avenir décent de ses enfants, ces choix que nos peuples parfois incrédules et apathiques doivent dorénavant défendre contre tous les sombres intérêts qui s’y opposent. La vague de démocratisation en vogue à travers le continent n’est qu’un des nombreux signes du raz le bol généralisé, qui pour l’instant se canalise dans la poursuite du multipartisme et la démocratie bourgeoise. Cette étape est peut-être incontournable. Mais la démocratie ne peut-être véritablement atteinte et préservée que par la parallèle poursuite du développement autocentré et populaire, et l’autonomie collective régionale. L’entêtement légitime de Sankara et une certaine forme de volontarisme, qu’il essayait vainement d’éviter, sont plus qu’excusables. Ils sont des vertus essentielles à l’avènement d’un développement réel de notre continent. L’urgence catastrophique de la situation de certains pays est un prétexte commode.

Le volontarisme est certes une déviation qui peut-être dangereuse pour toute révolution. L’avant-garde révolutionnaire – ici l’intelligentsia progressiste – a peut-être péché par subjectivisme. En d’autres mots, une dogmatique s’installe ou la répétition aveugle des slogans et des leitmotivs ne peut à elle seule faire l’économie des étapes incontournables vers la révolution. Idéologiquement une telle tendance a pour effet d’induire en erreur, puisque l’aspiration révolutionnaire sans borne fait confondre désir et réalité concrète. Au niveau de la décision politique, la nécessité d’alliances tactiques, et même une prise en compte rigoureuse de l’état réel des rapports de forces et de classes doivent précéder toute initiative majeure.

VICTIME D’UN COUP D’ETAT, SON « LIEUTENANT », BLAISE COMPAORÉ, S’EST INSTALLÉ AU POUVOIR

Jeudi 15 octobre 1987. Il est 16 heures. Des armes crépitent au Conseil de l’entente, l’Etat-major du Conseil national de la révolution à Ouagadougou, tout près des ministères et de la présidence. Un groupe de soldats para commando vient de débarquer avec, à l’évidence, pour mission de liquider tout le monde. Dans la cour, tous les gardes sont abattus. Dans un bureau, le capitaine Thomas Sankara en réunion avec des conseillers lance à son entourage : « rester-là, c’est moi qu’ils veulent ! ». Le président, en tenue de sport, se précipite dehors les mains en l’air. Mais il est immédiatement fauché à l’arme automatique. Aucun de ses gardes ni conseillers ne sera épargné. En tout, une quinzaine de personnes sont abattues. Ils seront tous enterrés à la hâte, la même nuit, au cimetière de Dagnoen, un quartier de l’Est de Ouagadougou.

Dans toute la zone de la présidence et du Conseil de l’entente, militaires et civils courent dans tous les sens. Les Burkinabé qui sont au bureau ou à la maison se précipitent vers les postes transistors. Sur la radio Burkina, les programmes sont suspendus. On ne diffuse plus que de la musique militaire. Pour des Burkinabés habitués déjà aux coups d’Etat, c’est un signe qui ne trompe pas : le pouvoir a changé de main. La confirmation ne tarde pas. Un communiqué lu à la radio par un officier annonce notamment la démission du président Faso, la dissolution du Conseil national de la révolution et proclame la création d’un Front populaire dirigé par la capitaine Blaise Compaoré, jusque-là numéro deux du régime révolutionnaire.

La confusion est totale. Le citoyen de base ne comprend pas pourquoi un règlement de comptes aussi sanglant entre deux leaders considérés comme « amis et frères ». Mais les observateurs, eux, ne sont pas surpris. Depuis quelques mois, la guerre des chefs avait commencé au sommet de l’Etat entre deux capitaines, numéro un et deux du régime. L’entente entre ces deux hommes, qui partageaient même des repas familiaux ensemble, s’effritait alors que la révolution déclenchée le 4 août 1983 entamait tout juste sa cinquième année. A Ouagadougou, les rumeurs de coup d’Etat se faisaient de plus en plus persistantes. « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’Etat contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard », avait lancé avec prémotion Thomas Sankara à des journalistes. Il faisait ainsi allusion à la forte amitié qui le liait à Compaoré. Par naïveté ou par impuissance, le charismatique chef de la révolution Burkinabé n’échappera donc pas aux balles de son entourage.

SA MORT : L’EFFET D’UNE BOMBE SUR LE CONTINENT

Sa mort fit l’effet d’une bombe. Au Burkina Faso et partout sur le continent, tout le monde est sous le choc. La consternation est généralisée notamment au sein de la jeunesse africaine. Le rêve placé dans ce jeune de 38 ans vient de se briser. Arrivé au pouvoir 4 ans plus tôt à la suite d’un coup d’Etat mené par un groupe de jeunes officiers, le capitaine Thomas Sankara avait engagé une révolution pour changer les mentalités dans son pays, la Haute-Volta, l’un des Etats les plus pauvres de la planète. Il encourage ses compatriotes à compter sur leurs propres forces. Son gouvernement alors de vastes chantiers dans les domaines de la production, de l’éducation, de la santé, du logement, des infrastructures, etc.

UN PRÉSIDENT À CONVICTIONS

Ses successeurs dresseront un bilan positif de ces quatre années de révolution. Thomas Sankara reprend à son compte les discours panafricanistes de Kwamé Nkrumah ou de Lumumba. Il pourfend l’impéralisme dans ses discours et appelle à de nouveaux rapports entre le Nord et le Sud. Invité au Sommet Franco-africain de Vittel (France quelques mois après son arrivée au pouvoir en 1983, il refuse de serrer la main à Guy Penne, le conseiller de François Mitterrand venu l’accueillir à l’aéroport à Paris pour protester ainsi contre le manque de considération à un chef d’Etat africain. Thomas Sankara s’attaque avec force à l’apartheid. A la tribune de l’Oua, des Nations Unies, son discours dérange. « Je dis que les africains ne doivent pas payer la dette. Celui qui n’est pas d’accord peut sortir tout de suite, prendre son avion et aller à la Banque mondiale pour payer », avait lancé le président Burkinabé dans un tonnerre d’applaudissements à la tribune d’un sommet de l’Oua à Addis-Abeba.

UN PRÉSIDENT RIGOUREUX ET MODESTE

L’homme tranchait des autres présidents par sa simplicité et la rigueur imposée aux membres de son gouvernement. Il avait mis au garage les Limousines du parc automobile de l’Etat, imposant des Renault 5 comme voitures de fonction pour lui et ses ministres. Pour inciter la consommation locale, il imposait des tenues en cotonnade tissée à la place des costumes occidentaux. La corruption avait disparu dans ce pays qu’il avait rebaptisé en 1984 Burkina Faso : la patrie des hommes intègres en langue locale.

La révolution multiplie les victoires mais aussi les erreurs, comme la décision de rendre gratuit durant toute une année les loyers, ou les dérives des Comités de défense de la révolution (Cdr) qui faisaient la loi dans les quartiers et les services ou encore les nombreux « dégagements » de fonctionnaires pour manque d’engagement dans la révolution, ou une diplomatie régionale très critique à l’égard de ses voisins, en dehors du Ghana de Jerry John Rawlings.

20 ans après sa disparition, les Burkinabés gardent de lui l’image d’un homme intègre, qui a changé les mentalités de ses concitoyens et donné une dignité à son pays. Une image et un idéal qui résistent encore au temps et dont se réclame une demi-douzaine de partis politiques, détenteurs de sept sièges à l’Assemblée nationales depuis les élections de mai dernier.

SON DISCOURS AUX NATIONS UNIES

Intervention de Son Excellence le capitaine Thomas Sankara, chef de l’Etat et Président du Conseil de la révolution du Burkina Faso, devant l’Assemblée Générale des Nations Unies Je viens en ces lieux vous rappeler le salut fraternel d’un pays de 274 000 km2, où sept millions d’enfants, de femmes et d’hommes refusent désormais de mourir d’ignorance, de faim et de soif, tout en arrivant pas à vivre véritablement depuis un quart de siècle d’existence comme Etat souverain à l’Onu. Je viens à cette trente-neuvième session vous parler au nom d’un peuple qui, sur la terre de ses ancêtres, a choisi dorénavant de s’affirmer et de s’assumer dans son Histoire, dans ses aspects positifs comme dans ses aspects négatifs, sans complexe aucun.

Je viens ici enfin, mandaté par le Conseil national de la révolution du Burkina Faso, pour exprimer les vues de mon peuple concernant les problèmes inscrits à l’ordre du jour et qui constituent la trame tragique des évènements qui fissurent douloureusement les fondements du monde en cette fin du XXème siècle. Un monde où l’humanité est transformé en cirque, déchirée par les luttes entre les grands et les semi-grands, battue par les bandes armées, soumise aux violences et aux pillages. Un monde où des nations, se soustrayant à la juridiction internationale, commandent des groupes de hors-la-loi, vivant de rapines et organisant d’ignobles trafics, le fusil à la main.

Je n’ai pas ici la prétention d’énoncer des dogmes. Je ne suis ni un messie, ni un prophète. Je ne détiens aucune vérité. Ma seule ambition est une double aspiration : premièrement, pouvoir, en un langage simple, celui de l’évidence et de la clarté, parler au nom de mon peuple, le peuple du Burkina Faso ; deuxièmement, parvenir à exprimer aussi, à ma manière, la parole du grand peuple des déshérités, ceux qui appartiennent à ce monde qu’on a malicieusement baptisé Tiers-monde. Et dire, même si je n’arrive pas à les faire comprendre, les raisons que nous avons de nous révolter, tout cela dénotant l’intérêt que nous portons à l’Onu, les exigences de nos droits y prenant la vigueur et la rigueur de la claire conscience de nos devoirs.

Nul ne s’étonnera de nous voir associer l’ex-Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, à ce fourre-tout méprisé, le Tiers-monde, que les autres mondes ont inventé au moment des indépendances formelles pour mieux assurer notre aliénation intellectuelle, culturelle, économique et politique. Nous voulons y insérer sans pour autant justifier cette gigantesque escroquerie de l’Histoire. Encore moins pour accepter d’être « l’arrière-monde d’un Occident repu ». Mais pour affirmer la conscience d’appartenir à un ensemble tricontinental et admettre, en tant que non-alignés et avec la densité de nos convictions, qu’une solidarité spéciale unit ces trois continents d’Asie, d’Amérique Latine et d’Afrique dans un même combat contre les mêmes trafiquants politiques, les mêmes exploiteurs économiques.

Reconnaître donc notre présence au sein du Tiers-monde c’est, pour paraphraser José Marti, « affirmer que nous sentons sur notre joue tout coup donné à n’importe quel homme de ce monde ». Nous avons jusqu’ici tendu l’autre joue. Les gifles ont été redoublées. Mais le cœur du méchant ne s’est pas attendri. Ils ont piétiné la vérité du juste. Du Christ, ils ont trahi la parole. Ils ont transformé sa croix en massue. Et après qu’ils se sont revêtus de sa tunique, ils ont lacéré nos corps et nos âmes. Ils ont obscurci son message. Ils l’ont occidentalisé, cependant que nous le recevions comme libération universelle. Alors, nos yeux se sont ouverts à la lutte des classes. Il n’y a plus de gifles. Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne saurait y avoir pour tous de salut en dehors de ce refus-là. Pas de développement en dehors de cette rupture.

Du reste, tous les nouveaux « maîtres-à-penser » sortant de leur sommeil, réveillés par la montée vertigineuse de milliards d’hommes en haillons, effrayés par la menace que fait peser sur leur digestion cette multitude traquée par la faim, commencent à remodeler leurs discours et, dans une quête anxieuse, recherchent une fois de plus en nos lieux et place, des concepts miracles, de nouvelles formes de développement pour nos pays. Il suffit pour s’en convaincre de lire les nombreux actes innombrables colloques et séminaires. Loin de moi l’idée de tourner en ridicule les efforts patients de ces intellectuels honnêtes qui, parce qu’ils ont des yeux pour voir, découvrent les terribles conséquences des ravages imposés par lesdits « spécialistes » en développement dans le Tiers-monde.

La crainte qui m’habite, c’est de voir les résultats de tant d’énergies confisqués par les Prospéro de tout genre pour en faire la baguette destinée à nous renvoyer à un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps. Cette crainte se justifie d’autant plus que la petite bourgeoisie africaine diplômée, sinon celle du Tiers-monde, soit par paresse intellectuelle, soit plus simplement parce qu’ayant gopura au mode de vie occidental, n’est pas prête à renoncer à ses privilèges. De ce fait, elle oublie que toute vraie lutte politique postule un débat théorique rigoureux, et elle refuse l’effort de réflexion pour inventer des concepts nouveaux à la hauteur du combat meurtrier qui nous attend. Consommatrice passive et lamentable, elle se regorge de vocables fétichisés par l’Occident comme elle le fait de son whisky et de son champagne, dans ses salons à l’harmonie douteuse. On recherchera en vain depuis les concepts de négritude et d’African Personality marquées maintenant par les temps, des idées vraiment neuves issues des cerveaux de nos « grands » intellectuels. Le vocabulaire et les idées nous viennent d’ailleurs. Nos professeurs, nos ingénieurs et économistes se contentent d’y adjoindre des colorants parce que, des universités européennes dont ils sont les produits, ils n’ont ramené souvent que leurs diplômes et le velours des adjectifs ou des superlatifs ! Il est nécessaire, il est urgent que nos cadres et nos travailleurs de la plume apprennent qu’il n’y a pas d’écriture innocente. En ces temps de tempêtes ; nous ne pouvons laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité.

Il faut, avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà, que ces élites, ces hommes de l’Afrique, du Tiers-monde, reviennent à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur société, à la misère dont nous avons hérité pour comprendre non seulement que la bataille pour une pensée au service des masses déshéritées n’est pas vaine, mais qu’ils ne peuvent devenir crédibles sur le plan international qu’en inventant réellement, c’est-à-dire en donnant de leurs peuples une image fidèle, une image qui leur permette de réaliser des changements profonds de la situation sociale et politique, susceptible de nous arracher à la domination et à l’exploitation étrangères qui livrent nos Etats à la seule perspective de la famille.

C’est ce que nous avons perçu, nous, peuple du Burkina, au cours de cette du nuit du 4 août 1983, aux premiers scintillement des étoiles dans le ciel de notre patrie. Il nous fallait prendre la tête des jacqueries qui s’annonçaient dans les campagnes affolées par l’avancée du désert, épuisées par la faim et la soif, et délaissées. Il nous fallait donner un sens aux révoltes grondantes des masses urbaines désoeuvrées, frustrées et fatiguées de voir circuler les limousines des élites aliénés qui se succédaient à la tête de l’Etat et qui ne leur offraient rien d’autre que les fausses solutions, pensées et conçues par les cerveaux des autres. Il nous fallait donner une âme idéologique aux justes luttes de nos masses populaires mobilisées contre l’impérialisme monstrueux. A la révolte passagère, simple feu de paille, devait se substituer, pour toujours, la révolution, lutte éternelle contre toute domination. D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche.

Dans le cas de l’ex-Haute-Volta, le processus était encore plus exemplaire. Nous étions la condensation magique, le raccourci de toutes les calamités qui ont fondu su les pays dits en voie de développement. Le témoignage de l’aide présentée comme panacée, et souvent trompetée sans rime ni raison, est ici éloquent. Très peu sont les pays qui ont été, comme le mien, inondés d’aide de toutes sortes. Cette aide est, en principe, censée œuvrer au développement. On chercherait en vain dans ce qui fut autrefois la Haute-Volta les signes de ce qui peut relever d’un développement. Les hommes en place, soit par naïveté, soit par égoïsme de classe, n’ont pas pu ou n’ont pas voulu maîtriser cet afflux extérieur, en saisir la portée et exprimer des exigences dans l’intérêt de notre peuple.

Analysant un tableau publié en 1983 par le Club du Sahel, Jacques Giri, dans son ouvrage « le Sahel demain » conclut avec beaucoup de bon sens que l’aide au Sahel, à cause de son contenu et des mécanismes en place, n’est qu’une aide à la survie. Seuls, souligne-t-il, 30% de cette aide permettent simplement au Sahel de vivre. Selon Jacques Giri, cette aide extérieure n’aura pas d’autres buts que de continuer à développer les secteurs improductifs, imposant des charges intolérables à nos petits budgets, désorganisant nos campagnes, creusant les déficits de notre balance commerciale, accélérant notre endettement.

Juste quelques clichés pour présenter l’ex-Haute-Volta : 7 millions d’habitants, avec plus de 6 millions de paysannes et de paysans ; un taux de mortalité infantile estimé à 180 p. 1000 ; une espérance de vie se limitant à 40 ans ; un taux d’analphabétisme allant jusqu’à 98%, si nous concevons l’alphabétisé comme celui qui sait lire, écrire et parler une langue ; un médecin pour 50 000 habitants ; un taux de scolarisation de 16%; et, enfin, un produit intérieur brut par tête d’habitant de 53 356 francs, soit à peine plus de 100 dollars. Le diagnostic, à l’évidence, était sombre. La source du mal était politique. Le traitement ne pouvait qu’être politique.

Certes, nous encourageons l’aide qui nous aide à nous passer de l’aide. Mais, e, général, la politique d’assistance et d’aide n’a abouti qu’à nous désorganiser, à nous asservir et à nous déresponsabiliser dans notre espace économique, politique et culturel. Nous avons choisi de risquer de nouvelles voies pour être plus heureux. Nous avons choisi de mettre en place de nouvelles techniques. Nous avons choisi de rechercher des formes d’organisation mieux adaptés à notre civilisation, rejetant de manière abrupte et définitive toutes sortes de diktats extérieurs, pour créer ainsi les conditions d’une dignité à la hauteur de nos ambitions.

Refuser l’état de survie, desserrer les pressions, libérer nos campagnes d’un immobilisme moyenâgeux ou d’un régression, démocratiser notre société, ouvrir les esprits sur un univers de responsabilité collective pour oser inventer l’avenir. Briser et reconstruire l’administration à travers une autre image du fonctionnaire, plonger notre armée dans le peuple par le travail productif et lui rappeler incessamment que, sans formation patriotique, un militaire n’est qu’un criminel en puissance. Tel est notre programme politique.

Au plan de la gestion économique, nous apprenons à vivre simplement, à accepter et à nous imposer l’austérité afin d’être à même de réaliser de grands desseins. Déjà, grâce à l’exemple de la caisse de solidarité révolutionnaire, alimentée par des contributions volontaires, nous commençons à répondre aux cruelles questions posées par la sécheresse. Nous avons soutenu et appliqué les principes d’Alma-Alta en élargissant le champ des soins de santé primaires. Nous avons fait nôtre, comme politique d’Etat, la stratégie globale du Gobi FFF, préconisée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance. Par l’intermédiaire du Bureau des Nations Unies pour la région Soudano-sahélienne (Bnus), nous pensons que les NU devraient permettre aux pays touchés par la sécheresse la mise sur pied d’un plan à moyen et long terme, afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire.

Pour préparer le XXIème siècle, nous avons, par la création d’une tranche spéciale de la tombola dite « Instruisons nos enfants », lancé une campagne immense pour l’éducation et la formation de nos enfants dans une école nouvelle. Nous avons lancé, à travers l’action salvatrice des comités de défense de la révolution, un vaste programme de construction de logements sociaux – 500 en trois mois – de routes, de petites retenues d’eau etc. Notre ambition économique est d’œuvrer pour que le cerveau et les bras de chaque Burkinabé puissent lui servir à inventer et à créer de quoi s’assurer deux repas par jour et de l’eau potable.

Nous jurons, nous proclamons que, désormais, au Burkina Faso, plus rien ne se fera sans la participation des Burkinabé, rien qui n’ait été au préalable décidé par nous, élaboré par nous. Il n’y aura plus d’attentat à notre pudeur et à notre dignité. Forts de cette certitude, nous voudrions que notre s’élargisse à tous ceux qui souffrent dans leur chair, tous ceux qui sont bafoués dans leur dignité par une minorité d’hommes ou par un système qui les écrase.

Permettez-moi, vous qui m’écoutez, que je le dise : je ne parle pas seulement au nom du Burkina Faso tant aimé, mais également au nom de tous ceux qui ont mal, mal quelque part. Je parle au nom de ces millions d’êtres qui sont dans les ghettos parce qu’ils ont la peau noire, ou qu’ils sont de cultures différentes, et qui bénéficient d’un statut à peine supérieur à celui d’un animal.

Je souffre au nom des Indiens massacrés, écrasés, humiliés et confinés depuis des siècles dans des réserves, afin qu’ils n’espèrent à aucun droit et que leur culture ne puisse s’enrichir en convolant en noces heureuses au contact d’autres cultures, y compris celle de l’envahisseur. Je m’exclame au nom des chômeurs d’un système structurellement injuste et conjecturalement désaxé, réduits à ne percevoir de la vie que le reflet de celle des plus nantis.

Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à accueillir toutes les suggestions du monde entier, nous permettant de parvenir à l’épanouissement total de la femme Burkinabé. En retour, nous donnons en partage, à tous les pays, l’expérience positive que nous entreprenons avec des femmes désormais présentes à tous les échelons de l’appareil d’Etat et de la vie sociale au Burkina Faso. Des femmes qui luttent et proclament avec nous que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits.

Je parle au nom des mères de nos pays démunis qui voient mourir leurs enfants de paludisme ou de diarrhée, ignorant qu’il existe pour les sauver des moyens simples que la science des multinationales ne leur offre pas, préférant investir dans les laboratoires de cosmétiques et dans la chirurgie esthétique pour les caprices de quelques femmes ou hommes dont la coquetterie est menacée par les excès de calories de leurs repas trop riches et d’une régularité à nous donner, à nous du Sahel, le vertige. Ces moyens simples recommandés par l’Oms, et l’Unicef, nous avons décidé de les adopter et de les populariser.

Je parle aussi au nom de l’enfant. L’enfant du pauvre qui a faim et qui louche furtivement vers l’abondance amoncelée dans une boutique pour riches. La boutique protégée par une épaisse vite. La vite défendue par une grille infranchissable. Et la grille gardée par un policier casqué, ganté et armé de matraque. Ce policier placé là par le père d’un autre enfant qui viendra se servir ou plutôt se faire servir parce que présentant toutes les garanties de représentativité et de normes capitalistiques du système.

Je parle au nom des artistes (poètes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteur, etc.), hommes de bien qui voient leur art se prostituer pour l’alchimie des prestidigitateurs du show-business. Je crie au nom des journalistes qui sont réduits au silence, soit au mensonge, pour ne pas subir les dures lois du chômage.

Je proteste au nom des sportifs du monde entier dont les muscles sont exploités par les systèmes politiques ou les négociants de l’esclavage moderne des stades. Mon pays est un concentré de tous les malheurs des peuples, une synthèse douloureuse de toutes les souffrances de l’humanité, mais aussi et surtout des espérances de notre lutte. C’est pourquoi je vibre au nom des maladies qui scrutent avec anxiété les horizons d’une science accaparée par les marchands de canons. Mes pensées vont à tous ceux qui sont touchés par la destruction de la nature et à ces trente millions de personnes qui vont mourir comme chaque année, abattus par la redoutable arme de la mort.

Militaire, je ne peux pas oublier ce soldat obéissant aux ordres, le doigt sur la détente, et qui sait que la balle qui va partir ne porte que le message de la mort. Enfin, je veux m’indigner en pensant aux Palestiniens qu’une humanité inhumaine a choisi de substituer à un autre peuple, hier encore martyrisé à loisir. Je pense à ce vaillant peuple palestinien, c’est-à-dire à ces familles atomisées errant de par le monde à la quête d’un asile. Courageux, déterminés, stoïques et infatigables, les palestiniens rappellent à chaque conscience humaine la nécessité et l’obligation morale de respecter les droits d’un peuple. Avec leurs frères juifs, ils sont antisionistes.

Aux côtés de mes frères soldats de l’Iran et de l’Iraq qui meurent dans une guerre fratricide et suicidaire, je veux également me sentir proche des camarades du Nicaragua dont les ports sont minés, les villes bombardées et qui, malgré tout, affrontent avec courage et lucidité leur destin. Je souffre avec tous ceux qui en Amérique Latine souffrent de la mainmise impérialiste. Je veux être aux côtés des peuples Afghan et Irlandais, aux côtés des peuples de la Grenade et du Timor Oriental, chacun à la recherche d’un bonheur dicté par sa dignité et les lois de sa culture. Je m’élève ici au nom de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils pourront faire entendre leur voix et la faire prendre en considération réellement.

A cette tribune beaucoup m’ont précédé, d’autres viendront après moi. Mais seuls quelques-uns feront la décision. Pourtant, nous sommes officiellement présenté comme égaux. Eh bien, je me fais le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde ils peuvent se faire entendre. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis un homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’humanité.

Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du Tiers-monde. Nous sommes à l’écoute des grands bouleversements qui ont transformé le monde. Nous tirons des leçons de la révolution américaine, les leçons de sa victoire contre la domination coloniale et les conséquences de cette victoire. Nous faisons nôtre l’affirmation de la doctrine de non-ingérence des européens dans les affaires américaines et des américains dans les affaires européennes. Ce que Monroe clamait en 1823 « L’Amérique aux américains », nous le reprenons en disant « L’Afrique aux africains », Le « Burkina Faso aux Burkinabé ». La révolution française de 1789, bouleversant les fondements de l’absolutisme nous a enseigné les droits de l’homme alliés aux droits des peuples à la liberté.

La grande révolution d’octobre 1917 a transformé le monde, permis la victoire du prolétariat, ébranlé les assises du capitalisme et rendu possible les rêves de justice de la Commune française. Ouverts à tous les vents de la volonté des peuples et de leurs révolutions, nous instruisant aussi de certains terribles échecs qui ont conduit à la tragique manquements aux droits de l’homme, nous ne voulons conserver de chaque révolution que le noyau de pureté qui nous interdit de nous inféoder aux réalités des autres, même si par la pensée, nous nous retrouvons dans une communauté d’intérêts.

Il n’y a plus de duperie possible. Le nouvel ordre économique mondial pour lequel nous luttons et continuerons de lutter, ne peut se réaliser que si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore ; si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde, si, prenant conscience de notre importance dans le monde nous aboutissons au droit de regard et de décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire.

Le nouvel ordre économique s’inscrit tout simplement à côté de tous les autres droits des peuples-droit à l’indépendance, au libre choix des formes et des structures de gouvernement comme le droit au développement. Et, comme tous les droits des peuples, il s’arrache dans la lutte et par la lutte des peuples. Il ne sera jamais le résultat d’un acte générosité d’une puissance quelconque.

Je conserve en moi la confiance inébranlable, confiance partagée avec l’immense communauté des pays non-alignés, que sous les coups de la détresse hurlante de nos peuples, notre groupe va maintenir sa cohésion, renforcer notre pouvoir de négociation collective, se trouver des alliés parmi toutes les nations, commencer de concert avec eux qui peuvent encore nous entendre, l’organisation d’un système de relations économiques internationales véritablement nouveau.

Si j’ai accepté de me présenter devant cette illustre Assemblée pour y prendre la parole, c’est parce que, malgré les critiques qui leur sont adressées par certains contributeurs, les Nations Unies demeurent la tribune idéale pour nos revendications, le lieu obligé de la légitimité des pays sans voix. C’est cela qu’exprime avec beaucoup de justesse notre secrétaire général, lorsqu’il écrit :

« L’organisation des Nations Unies est unique en ce qu’elle reflète les aspirations et les frustrations de nombreux pays et groupements du monde entier. Un des grands mérites est que toutes les nations, y compris celles qui sont faibles, opprimées ou victimes de dures réalités… » – il s’agit de nous – « …peuvent même lorsqu’elles sont confrontées aux dures réalités du pouvoir, y trouver une tribune et s’y faire entendre. Une cause juste, même si elle ne rencontre que revers ou indifférence, peut trouver un écho à l’Organisation des Nations Unies ; cet attribut de l’Organisation n’est pas toujours prise, mais il n’en est pas moins essentiel » (A/39/1,p.5). On ne peut mieux définir le sens et la portée de notre Organisation.

Aussi est-ce pour chacun de nous un impératif catégorique de consolider les assises de notre Organisation, de lui donner les moyens de son action. Nous adoptons en conséquence les propositions faites à cette fin par le secrétaire général, pour sortit l’Organisation des nombreuses impasses, soigneusement entretenues par le jeu des grandes puissances afin de la discréditer aux yeux de l’opinion publique.

Reconnaissant les mérites mêmes limités de notre Organisation, je ne peux que me réjouir de la voir compter de nouveaux adhérents. C’est pourquoi la délégation Burkinabé salue l’entrée du 159ème membre de notre Organisation, l’Etat du Brunei Darusalam. C’est ma déraison de ceux entre les mains desquelles la direction du monde est tombées par le hasard des choses qui fait obligation au Mouvement des pays non-alignés, auquel, je l’espère, se joindra bientôt l’Etat du Brunei Darusalam, de considérer comme un des objectifs permanents de sa lutte le combat pour le désarmement qui est l’un des aspects essentiels parmi les premières conditions de notre droit au développement.

Il faut, à notre avis, des études sérieuses prenant en compte tous les éléments qui ont conduit aux calamités qui ont fondu sur le monde. A ce titre, le président Fidel Castro, en 1979, a admirablement exprimé notre point de vue à l’ouverture du sixième Sommet des non-alignés, lorsqu’il déclarait :

« Avec 300 milliards, on pourrait construire en un an 600 000 écoles pouvant recevoir 400 millions d’enfants ; ou 60 millions de logements confortables pour 300 millions de personnes ; ou 30 000 hôpitaux équipés de 18 millions de lits ; ou 20 000 usines pouvant employer plus de 20 millions de travailleurs ou irriguer 150 millions d’hectares de terre qui, avec les moyens techniques adéquats, pourraient alimenter un milliard de personnes… » En multipliant aujourd’hui ces chiffres par 10, et je suis certain que je serais là en deçà de la réalité, on réalise ce que l’humanité gaspille tous les ans dans le domaine militaire, c’est-à-dire contre la paix.

On perçoit aisément pourquoi l’indignation des peuples se transforme rapidement en révolte et en révolution devant les miettes qu’on leur jette sous la forme ignominieuse d’une certaine aide, assortie de conditions, parfois franchement abjectes. On comprend enfin pourquoi dans le combat pour le développement nous nous désignons comme des militants inlassables de la paix. Nous faisons le serment de lutter pour atténuer les tensions, introduire les principes d’une vie civilisée dans les relations internationales et les étendre à toutes les parties du monde. Ce qui revient à dire que nous ne pouvons plus assister, passifs, au trafic des concepts.

Nous réitérons notre combat d’être des agents actifs de la paix ; de tenir notre place dans le combat pour le désarmement, d’agir enfin en politique internationale comme un facteur décisive, libère de toute entrave vis-à-vis de toutes les grandes puissances, quels que soient les projets de ces dernières.

Mais la recherche de la paix va de pair avec l’application du droit des pays à l’indépendance. Sur ce point, le palmarès le plus pitoyable, le plus lamentable – oui, le plus lamentable – est détenu au Moyen-Orient e, termes d’arrogance, d’insolence et d’incroyable entêtement d’un petit pays, Israël, qui, depuis plus vingt ans, avec l’inqualifiable complicité de son puissant protecteur, les Etats-Unis d’Amérique, continue à défier la communauté internationale.

Au mépris d’une histoire qui, hier encre, désignait chaque juif à l’horreur des fours crématoires, Israël en arrive à infliger à d’autres ce qui fut son propre calvaire. En tout état de cause, Israël, dont nous aimons le peuple pour son courage et ses sacrifices d’hier, doit savoir que les conditions de sa propre quiétude ne résident pas dans sa puissance militaire financée de l’extérieur. Israël doit commencer à apprendre à devenir une nation comme les autres, parmi les autres.

Pour l’heure, nous tenons à affirmer du haut de cette tribune notre solidarité militante et agissante à l’endroit des combattants, femmes et hommes, de ce peuple merveilleux de la Palestine parce que nous savons qu’il n’y a de souffrance sans fin. Analysant la situation qui prévaut en Afrique sur les plans économiques et politiques, nous ne pouvons pas ne pas souligner les graves préoccupations qui sont les nôtres, face aux dangereux défies lancés aux droits des peuples par certaines nations qui, sûres de leurs alliances, bafouent ouvertement la morale internationale.

Certes, nous avons le droit de nous réjouir de la décision de retrait des troupes étrangères au Tchad, afin que les tchadiens entre eux, sans intermédiaires, cherchent les moyens de mettre fin à cette guerre fratricide, et de donner enfin à ce peuple qui n’en finit pas de pleurer depuis de nombreux hivernages les moyens de sécher ses larmes. Mais, malgré les progrès enregistrés ça et là par les peuples africains dans leur lutte pour l’émancipation économique, notre continent continue de refléter la réalité essentielle des contradictions entre les grandes puissances, de charrier les insupportables apories du monde contemporain.

C’est pourquoi nous tenons pour inadmissible et condamnons sans recours le sort fait au peuple du Sahara occidental par le royaume du Maroc, qui se livre à des méthodes dilatoires pour retarder l’échéance qui, de toute façon, lui sera imposée par la volonté du peuple sahraoui. Pour avoir visité personnellement les régions libérées par le peuple sahraoui, j’ai acquis la confirmation que plus rien désormais ne saurait entraver sa marche vers la libération totale de son pays, sous la conduite militante et éclairée du Front Polisario.

Je ne voudrais pas trop m’étendre sur la question de Mayotte et des Iles de l’archipel malgache. Lorsque les choses sont claires, lorsque les principes sont évidents, point n’est besoin d’élaborer. Moyotte appartient aux Comores. Les Iles de l’archipel sont malgaches.

En Amérique Latine nous saluons l’initiative du Groupe de Contadora, qui constitue une étape positive dans la recherche d’une solution juste à la situation explosive qui y prévaut. Le Commandant Daniel Ortega, au nom du peuple révolutionnaire du Nicaragua, a fait ici des propositions concrètes et pose des questions de fond à qui de droit. Nous attendons de voir la paix s’installer dans son pays et en Amérique centrale, le 15 octobre prochain et après le 15 octobre, et nous prenons à témoin l’opinion publique mondiale.

De même que nous avons condamné l’agression étrangère de l’Ile de Grenade, de même nous fustigeons toutes les interventions étrangères. C’est ainsi que nous ne pouvons nous taire face à l’intervention militaire en Afghanistan. Il est cependant un point, mais dont la gravité de chacun de nous une explication franche et décisive. Cette question, vous vous en doutez, ne peut qu’être celle de l’Afrique du Sud. L’incroyable insolence de ce pays à l’égard d toutes les nations du monde, même vis-à-vis de celles qui soutiennent le terrorisme qu’il érige en système pour liquider physiquement la majorité noire de ce pays, le mépris qu’il adopte à l’égard de toutes nos résolutions, constituent l’une des préoccupations les plus oppressantes du monde contemporain.

Mais le plus tragique, ce n’est pas que l’Afrique du Sud se soit elle-même mise au ban de la communauté internationale à cause de l’abjection des lois de l’Apartheid encore moins qu’elle continue de maintenir illégalement la Namibie sous la botte colonialiste te raciste ou de soumettre impunément ses voisins aux lois du banditisme.

Non, le plus abject, le plus humiliant pour la conscience humaine, c’est qu’elle soit parvenue à « banaliser » le malheur de millions d’être humains qui n’ont pour se défendre que leur poitrine et l’héroïsme de leurs mains nues. Sûre de la complicité des grandes puissances et de l’engagement actif de certaines d’entre elles à ses côtés, ainsi que de la criminelle collaboration de quelques tristes dirigeants africains, la minorité blanche ne se gêne pas pour ridiculiser les états d’âme de tous les peuples qui, partout à travers le monde, trouvent intolérable la sauvagerie des méthodes en usage dans ce pays.

Il fut un temps ou des brigades internationales se constituaient pour aller défendre l’honneur des nations agressées dans leur dignité. Aujourd’hui, malgré la purulence des pâlies que nous portons tous à nos flancs, nous allons voter des résolutions dont les seules vertus, nous dira-t-on, seraient de conclure à résipiscence une nation de corsaires qui « détruit le sourire comme la grêle tue les fleurs ».

Nous allons bientôt le cent cinquantième anniversaire de l’émancipation des esclaves de l’Empire britannique. Ma délégation souscrit à la proposition des pays d’Antigua et de la Barbade de commémorer avec éclat cet événement qui revêt pour les pays africains et le monde noir une signification d’une très grande importance. Pour nous, tout ce qui pourra être fait, dit ou organisé à travers le monde au cours des cérémonies commémoratives devra mettre l’accent sur le terrible écot payé par l’Afrique et le monde noir au développement de la civilisation humaine, écot payé sans retour et qui explique sans aucun doute les raisons de la tragédie d’aujourd’hui sur notre continent. C’est notre sang qui a nourri l’essor du capitalisme, rendu possible notre dépendance présente et consolidé notre sous-développement. On ne plus escamoter la vérité, trafiquer les chiffres. Pour chaque nègre parvenu dans les plantations, cinq au moins connurent la mort ou la mutilation. Et j’omets à dessein la désorganisation du continent et ses séquelles.

Monsieur le Président, si la terre entière, grâce à vous, avec du secrétaire général, parvient à l’occasion de cet anniversaire à se convaincre de cette vérité-là, elle comprendra pourquoi, avec toute la tension de notre être, nous voulons la paix entre les nations, pourquoi nous exigeons et réclamons notre droit au développement dans l’égalité absolue par une organisation et une répartition des ressources humaines. C’est parce que, de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, que nous nous sommes jurés, nous Burkinabé, de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre, le moindre déni de justice. C’est le souvenir de cette souffrance qui nous place aux côtés de l’Olp contre les bandes armées Israël ; c’est le souvenir de cette souffrance qui, d’une part, nous fait soutenir l’Anc et la Swapo et, d’autre part, nous rend intolérable la présence en Afrique du Sud des hommes qui se disent blancs et qui brûlent le monde à ce titre. C’est enfin ce même souvenir qui nous fait placer en l’Organisation des Nations Unies toute notre foi dans un devoir commun, dans une tâche commune pour un espoir commun.

Nous réclamons que s’intensifie à travers la campagne pour la libération de Nelson Mandela et sa présence effective à la prochaine Assemblée générale de l’Onu comme victoire de fierté collective ; que soit créé, en souvenir de nos souffrances et en terme de pardon collectif, un prix international de l’humanité réconciliée décerné à tous ceux qui, par leur recherche, auraient contribué à la défense des droits de l’homme ; que tous les budgets de recherche spatiale soient amputées de 1/10 000e et consacrés à des recherches dans le domaine de la santé et visant à la reconstitution de l’environnement humain perturbé par tous ces feux d’artifices nuisibles à l’écosystème.

Nous proposons également que les structures des Nations Unies soient repensées et qu’il soit mis fin à ce scandale que constitue le droit de veto. Bien sûr, les effets pervers de son usage abusif sont atténués par la vigilance de certains de ses détenteurs. Cependant, rien ne justifie ce droit : ni la taille des pays qui le détiennent, ni les richesses de ces derniers.

Si l’argument développé pour justifier une telle iniquité est le prix payé au cours de la dernière guerre mondiale, que ces nations, qui se sont arrogé ces droits, sachent que nous avons chacun un oncle ou un père qui, à l’instar de milliers d’autres innocents arrachés au Tiers-monde pour défendre les droits bafoués par les hordes hitlériennes, porte dans sa chair les meurtrissures des balles nazis. Que cesse l’arrogance des grands qui ne perdent aucune occasion pour remettre en cause le droit de veto est une injustice qui doit cesser.

Enfin, ma délégation n’aurait pas accompli tous ses devoirs si elle n’exigeait pas la suspension d’Israël et le dégagement pur et simple de l’Afrique du Sud de notre Organisation. Lorsque, à la faveur du temps, ces pays auront opéré la mutation qui les introduira dans la communauté internationale, chacun de nous – et mon pays en tête – devra les accueillir avec bonté et guider leurs premiers pas.

Nous tenons à réaffirmer notre confiance en l’organisation des Nations Unies. Nous lui sommes redevables du travail fourni par les Institutions au Burkina Faso et de leur présence à nos côtés dans les durs moments que nous traversons. Nous sommes reconnaissants aux membres du Conseil de sécurité de nous avoir permis de présider par deux fois, cette année, les travaux du Conseil. Souhaitons simplement voir le Conseil admettre et appliquer le principe de la lutte contre l’extermination de 30 millions d’êtres humains chaque année par l’arme de la faim qui, de nos jours, fait plus de ravages que l’arme nucléaire.

Cette confiance et cette foi en l’Organisation me fait obligation de remercier le secrétaire général, M. Javier Perez de Cuellar, de la visite tant appréciée qu’il nous a faite pour constater sur le terrain les dures réalités de notre existence et de donner une image fidèle de l’aridité du Sahel et de la tragédie du désert conquérant. Je ne saurais terminer sans rendre hommage aux éminentes qualités de notre président qui saura, avec la clairvoyance que nous lui connaissons, diriger les travaux de cette trente-neuvième session.

J’ai parcouru des milliers de kilomètres. Je suis venu ici pour demander à chacun de vous que nous puissions mettre ensemble nos efforts pour que cesse la morgue des gens qui n’ont pas raison, pour que s’efface le triste spectacle des enfants qui meurent de faim, pour que disparaisse l’ignorance, pour que triomphe le rébellion des peuples, pour que se taise le bruit des armes et qu’enfin, avec une seule et même volonté, luttant pour la survie de l’humanité, nous parvenions à chanter en, chœur avec le grand poète Novalis :

« Bientôt les astres reviendront visiter la Terre d’où ils se sont éloigné pendant nos temps obscurs ; le Soleil déposera son spectre sévère, redeviendra étoile parmi les étoiles ; toutes les races du monde se rassembleront à nouveau, après une longue séparation ; les vieilles familles orphelines se retrouveront et chaque jour verra de nouvelles retrouvailles, de nouveaux embrassements ; alors, les habitants du temps jadis reviendront vers la Terre, en chaque tombe se réveillera la cendre éteinte, partout brûleront à nouveau les flammes de la vie, les vieilles demeures seront rebâties, les temps anciens se renouvelleront et l’histoire sera le rêve d’un présent à l’étendue infinie ».

Gloire éternelle aux peuples qui luttent pour leur liberté ! Gloire éternelle aux peuples qui décident de s’assumer pour leur dignité ! Victoire éternelle aux peuples d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie qui luttent !

La patrie ou la mort : nous vaincrons.

 thiesinfo.com Archives

[template id= »821″]

thiesinfohalf

1 Comment

Postez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

appli

Hey there!

Sign in

Forgot password?

Don't have an account? Register

Close
of

Processing files…