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JOAL : La terre natale de Léopold Sédar Senghor transformée en une ville-poubelle

JOAL : La terre natale de Léopold Sédar Senghor transformée en une ville-poubelle

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Tant chantée par le président Léopold Sédar Senghor qui y a vu le jour un 9 octobre 1906, Joal, avec ses ordures ménagères et ses eaux stagnantes vit une autre époque. La ville coloniale est victime de l’absence d’une politique rigoureuse d’assainissement. La prolifération des décharges sauvages offre un aspect hideux à une ville livrée à l’anarchie. Les autorités municipales sont attendues pour redonner à cette cité son lustre d’antan.

 

« Joal ! Je me rappelle ; je me rappelle les Signares à l’ombre verte des vérandas… je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo et les processions et les palmes et les arcs de triomphe… » Ces vers de Senghor tirés de son recueil « Chants d’ombre » ont fait le tour du monde, contribuant à asseoir la renommée de Joal. Mais il est loin le temps où le chantre de la Négritude vantait les charmes d’une ville qui, aujourd’hui, offre un spectacle hideux de saleté et de désordre. Joal est aujourd’hui  totalement livrée à elle-même, tant la saleté et l’incivisme ont atteint un seuil alarmant. L’insalubrité y est une réalité qui ronge, défigure et infecte cette cité, menaçant non seulement la qualité de vie, mais aussi les habitants eux-mêmes.

De l’entrée de la ville par la route de Mbour en allant vers la mairie, le constat reste le même. Des sachets en plastique, des poissons pourris, des eaux usées et stagnantes forment le décor. Plusieurs endroits sont transformés faute de toilette publique. Ce cocktail explosif de déchets laisse flotter une odeur nauséabonde sans commune mesure.

Sur la route en allant au quai de pêche situé à peu près à 700 mètres de la gare routière, des cantines jalonnent le long des deux trottoirs. Dans cette allée, des coquillages ont fini de coloniser les allées. Et à quelques encablures, des eaux usées dégoulinant des camions frigorifiques obstruent le chemin. Ce décor ne semble pas déranger les vendeuses de poissons, de légumes et autres marchands ambulants qui font tranquillement leur business dans une belle hilarité. Malgré l’omniprésence de la saleté, certains endroits sont restés propres. L’exception confirme la règle. « Chaque matin, chaque personne balaie sa place avant d’étaler sa marchandise. C’est pourquoi ce coin constitue l’une des rares exceptions de la ville », explique M. Sarr. Vendeuse de colliers, Fatou Ndour trouve cette cohabitation avec la saleté invivable. « Vous voyez toutes ces saletés (elle désigne du doigt des eaux usées et noirâtres) dans lesquelles nous vivons. Mais, nous n’avons pas de choix. Nous sommes obligés d’y venir chaque jour parce que c’est ici que nous pouvons gagner notre dépense quotidienne. Au bout du compte, nous nous sommes habitués à cette odeur, même si cela n’est pas bon pour la santé », explique-t-elle. « Et dès que quelqu’un passe, nous pouvons facilement deviner s’il est un habitué des lieux ou pas, car les novices se bouchent les narines pour ne pas avoir à respirer cette saleté ». Avec les camions parqués à l’intérieur du quai de pêche, des flaques d’eau se sont formées à proximité des bâtiments, favorisant la reproduction de mouches et de moustiques. Non loin du portail d’entrée, Tidiane Diallo, avoisinant la quarantaine et bien assis sur banc transversal discute avec ses amis. « Chaque matin, il y a des gens qui viennent balayer le quai de pêche. Mais l’odeur est irrespirable. On peut certes balayer les ordures, mais c’est impossible pour l’eau qui provient des caisses contenant du poisson qui finit par se décomposer et pollue l’atmosphère », indique-t-il.

 

Une gare insalubre

 

Commerces, gargotes, flaques d’eau, amoncellement de détritus, vieilles guimbardes en vrac… C’est l’image qu’offre aujourd’hui la gare routière de Joal. Sur les lieux règne un charivari monstre.

Les chauffeurs égrènent un chapelet de doléances, des revendications qui datent de très longtemps et qui tardent à être satisfaites. Dans la commune, il n’y a pas de gare routière digne de ce nom. Ce qui fait figure de gare ressemble plutôt à un arrêt de bus. Pis, les charrettes d’âne et les voitures se partagent les lieux.

Comme au marché du port, ce sont les chauffeurs qui s’occupent du nettoyage de cette espace. Dès qu’ils constatent que l’endroit est très sale, ils prennent les râteaux pour le nettoyer. Dans ce supposé garage contigu à un magasin de ferrailles, il n’existe aucune mesure de sécurité. Selon Sega Ndiaye, chargé de la piste, « les chauffeurs balayent les lieux et des fois, c’est la municipalité qui s’en charge ». Seulement, a-t-il indiqué, il est impossible de nettoyer quotidiennement la gare qui est un lieu de rencontre. « Si c’était une gare bitumée et clôturée, les normes sanitaires allaient être plus faciles à respecter. Malheureusement, des gens attendent tard dans la nuit pour venir déverser leurs ordures sur les lieux », se lamente-t-il. À côté de la gare ou à l’intérieur (nos interlocuteurs ne savent pas où se limite leur « place publique ») des toilettes y sont construites. Pour un bain, il faut débourser 100 FCFA et 50 FCFA pour faire ses besoins. Pour uriner, c’est gratuit. Malgré toutes ces facilités, les alentours des toilettes sont maculés d’urine et dégagent une odeur irrespirable. Selon Ngor Sène, le gardien des toilettes, « le Sénégalais est difficile à canaliser. Beaucoup de gens préfèrent uriner sur la place publique plutôt que de venir dans les toilettes. Ils n’en ont cure puisque c’est gratuit », souligne-t-il. M. Sène de préciser que chaque jour, il achète 30 bidons de 20 litres qui coûtent chacun 50 FCFA pour nettoyer les toilettes et mettre assez d’eau à la disposition des usagers. Mais, certains citoyens qui ont des problèmes avec le civisme préfèrent passer outre les règles de salubrité et faire leurs besoins là où bon leur semble.

 

Khelcom et Santhie 3 asphyxiés

Le même spectacle désolant s’offre aux yeux du visiteur qui vient au quartier de Khelcom, le lieu de transformation de poissons. Cet endroit est d’une saleté repoussante et c’est les mêmes odeurs fétides qui agressent vos narines. À Khelcom, des charretiers attendent la tombée de la nuit pour y venir déverser des ordures. Et paradoxalement, selon Ibrahima Diouf, il leur arrive de récupérer ces ordures pour faire du remblayage parce que le quartier est dans une zone inondable. « Pour nos propres ordures, nous les incinérons », a-t-il tenu à préciser. Là aussi il n’y a pas une dérogation à a règle. Les autorités municipales sont débordées par les ordures et ce sont les travailleurs qui entretiennent les lieux.

À quelques encablures de Khelcom, le quartier de Santhie 3 n’est pas épargné par ce phénomène. Les détritus, la saleté, les eaux stagnantes et nauséabondes ont colonisé les rues, les ruelles, et les maisons. « Beaucoup d’habitants ont abandonné leur demeure à cause des inondations », confie Ndèye Diop une dame trouvée devant sa maison. Selon elle, ceux qui restent sont habitués à cette situation. Faute de grives, on mange des merles.

Malgré le système de collecte d’ordures avec les charrettes d’ânes, la situation est pratiquement restée la même. Les populations paient entre 50 à 200 FCFA pour s’attacher des services des éboueurs. D’autres clients sont abonnés et paient 1000 FCFA par mois. Ce qui fait dire à certains que l’âne est une richesse à Joal.

La commune croule sous la saleté. Et le président Senghor se retournerait mille fois dans sa tombe de Bel Air s’il voyait ce qu’il est advenu de cette ville qu’il s’est tant plu à vanter la beauté, le charme. Les responsabilités sont partagées. Elles incombent en premier lieu aux citoyens je-m’en-foutistes qui n’accordent aucun intérêt à la propreté de leur environnement immédiat et qui, avec leurs mains indélicates, jettent leurs déchets n’importe sans jamais être inquiétés. Elles incombent aussi à l’État et aux élus qui se sont succédé à la municipalité et qui, par incompétence ou indifférence, ont laissé la ville dépérir et devenir une ville poubelle.

Aujourd’hui plus que jamais, la nouvelle équipe municipale est attendue dans ce chantier de la propreté pour que Joal retrouve son visage d’antan. Elle a donc le devoir de trouver et de mener des actions urgentes pour mettre un terme définitif à cette insalubrité agressive, pour que Joal redevienne cette belle ville qui a toujours fait la fierté du fils de Basile Diogoye Senghor et de Gnilane Bakhoum.

 

source mbourinfo

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