La communauté libano-sénégalaise récuse le terme « intégration »

La communauté libano-sénégalaise récuse le terme « intégration »

Les sénégalais d’origine libanaise qui vivent à Thiès depuis quatre générations ne veulent plus entendre parler « d’intégration » en ce qui les concerne. Selon le patriarche Joseph Atal, les enfants qui sont issus de la première vague parlent les langues nationales mieux que les autochtones et connaissent le pays mieux qu’eux. Ils revendiquent leur statut de sénégalais à part entière et non de sénégalais entièrement à part.
Pour Samir, parler de libanité à ces gens qui n’ont jamais vu la partie de leurs aïeuls relève d’une arriération intellectuelle. « Nous ne sommes pas des libanais, nous sommes des sénégalais, arrêtez la stigmatisation » dira-t-il. Dans un langage franc et sans fioriture, il a fait l’économie du chemin parcouru par ces thiessois d’origine libanaise.
Leur caractère principal, selon le directeur des établissements « Croissant Magique », c’est la culture entrepreneuriale. Nos pères nous ont appris « qu’entreprendre est une adoration de Dieu ». Cette culture du travail a donné des ailes à cette communauté qui compte à Thiès plusieurs sociétés et Pme ayant pignon sur rue. Avec une composition de quinze (15) familles sur les cinq cent mille (500.000) habitants que compte Thiès, ils ont développé une expertise en business qui suscite beaucoup de jalousie. Souvent incompris, les citoyens d’origine libanaise sont soupçonnés d’accaparement foncier et économique dont, selon Samir, il n’en est rien. Ayant opté pour travailler à Thiès, ils ont investi des sommes colossales, pour faire travailler des thiessois dans des conditions de formalisation sans égal. Selon lui, leurs employés sont mieux payés et bénéficient de tous les droits que le code du travail leur dédie, au moment où beaucoup de chefs d’entreprises autochtones maintiennent leurs employés dans l’informel et la précarité.
Abordant la question du critère matrimonial, ils sont unanimes pour affirmer que l’intégration ne se passe pas au lit, mais dans la capacité de chaque communauté à bien s’investir pour le développement local. Le mariage pour eux relève de la culture : tous les sénégalais qui vivent en Europe n’ont pas forcément épousé des toubabs.
En politique, les libano-sénégalais sont plus circonspects. La société, selon eux, n’est pas encore prête à accepter leur leadership politique, bien que, selon Jeannot Nicolas, George Bakhazi, Samir et Joseph Attal, « Le Sénégal est une démocratie majeure. Mais le Sénégal n’est pas encore les Etats-Unis d’Amérique ». En dehors de Jean Collin, les sénégalais d’origine étrangère qui réussissent en politique ne font pas long feu.
Le « process story » de nos frères libanais révèle encore une fois, une culture de l’entreprise qui devrait inspirer bon nombre de nos concitoyens. Avoir honte de tendre la main est un capital moral inestimable pour une société qui aspire avec ambition à l’émergence. Mais il y a partout des brebis galeuses : Wolofs, Sérères, Bambaras, Cap-verdiens, Diolas ou Libanais, chaque communauté vit ses problèmes en tant qu’entité culturelle distincte. C’est ce melting-pot qu’il s’agit de toujours sauvegarder pour en tirer tous les profits utiles. Changer nos mentalités, gommer les actes racistes doivent constituer les attitudes nouvelles pour que Thiès continue sur la voie de l’intégration sociale, culturelle durable.

Negoce

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