octobre 19, 2017

Le chauffeur, El Hadj Guèye, écope de 10 ans de travaux forcés.

Le chauffeur, El Hadj Guèye, écope de 10 ans de travaux forcés.

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Dans la deuxième journée de la première session de la Cour d’assises de Dakar, une affaire de Drogue a été évoquée. Un chauffeur de taxi, arrêté avec 4,5 kilogrammes de chanvre indien, a écopé de 10 ans de prison ferme. 

De ce corps frêle et osseux, se reflète une grande fragilité. Son manteau d’assurance, il l’a dévêtu depuis qu’il s’est rendu à la gendarmerie. Et la couette d’espoir avec laquelle il s’est toujours couvert a glissé suite à cette moche affaire de drogue qui le retient en prison depuis 2009. A la barre de la Cour d’assises de Dakar, El Hadj Guèye semble désespéré. C’est à peine s’il ouvre la bouche pour se défendre. Il revient sur les faits avec nonchalance. Sans fougue ni hargne ! Alors qu’il rechigne, depuis des années en prison, pour un crime de trafic de drogue qu’il nie avoir commis, hier, il a encore rejeté ce statut de trafiquant taillé à sa mesure depuis que 4,7 kilogrammes de chanvre indien ont été trouvés dans le taxi qu’il conduit. Pour avoir fui devant le gendarme, El Hadj a fait naître les soupçons qui l’ont perdu. «J’ai eu peur»,  a-t-il encore et encore répété devant le juge Ousmane Chimère Diouf. Un juge qui, avec ses assesseurs, l’a condamné à une peine de 10 ans de travaux forcés.

Tous ces malheurs seraient l’œuvre des clients qui l’ont pris en location alors qu’il avait déjà garé sa voiture. A l’enquête, il disait : «Le jour des faits, après avoir garé le véhicule chez le propriétaire, un individu s’est présenté à moi comme un chauffeur vers 01 heure du matin. Il m’a demandé de le transporter au croisement de Niagues au prix de 2 500 Fcfa. A ma sortie de Bayakh, l’individu m’a demandé de m’arrêter et une autre personne qui tenait des bagages est montée à bord du véhicule. En cours de route, les gendarmes nous ont arrêtés. L’un des occupants m’a dit, à voix basse, qu’ils transportaient de la drogue. Alors, pris de panique, j’ai pris la fuite.» A la barre, il dit : «Quand les gendarmes nous ont arrêtés, je lui ai naturellement donné mes pièces et j’ai ouvert la malle. Mais, c’est lorsque je suis revenue à l’intérieur de la voiture que l’un de mes clients m’a dit qu’il avait de la drogue dans le sac. Et c’est pourquoi j’ai eu peur. D’ailleurs, quand je suis rentré chez moi, j’ai tout raconté à ma femme.» Chauffeur, père de huit (8) enfants, il dit : «Ce qui m’arrive est la volonté divine. Le client est propriétaire de la drogue. Il m’a trouvé à Dakar et m’a demandé de l’emmener à Diacksao. C’était vers 23 heures. J’étais d’ailleurs à la descente. J’avais déjà garé la voiture et je suis revenu prendre la voiture.» Le juge : «Mais, pourquoi avoir fui ? Tes clients te disent détenir de la drogue, pourquoi n’avoir pas dit aux gendarmes que les bagages appartenaient aux clients ?» El Hadj Guèye : «Parce que j’ai eu peur.» C’était sa seule réponse. Les débats clos, le parquet a requis 10 ans de prison ferme. Pourquoi ? «Parmi ces faits constants, il faut relever qu’une quantité importante de drogue a été retrouvée dans la voiture. Il n’est pas coupable de trafic, mais il est coupable d’avoir transporté cette substance. Il n’a ni vendu ni distribué, mais il a transporté.»  Me Mamadou Seck lui, estime que son client doit être acquitté. Son seul tort a été, dit-il, d’avoir pris la fuite. «Il y a beaucoup de zones d’ombre qui ne peuvent pas permettre de dire que El Hadj Guèye est un trafiquant de drogue», martèle la robe noire dont le client a finalement écopé de la peine requise par le parquet.Il lui reste 4 ans à passer en prison.

 T. Marie Louise Ndiaye

LES FAITS

Sa femme et son patron arrêtés, le chauffeur se rend le soir, vers 23 heures

C’était il y 06 ans. Le 15 mars 2009, à 03 heures du matin, l’attention des éléments de la Brigade de Sangalkam en service de contrôle au poste n° 1 au niveau de Noflaye a été attirée par un véhicule de marque R 21 immatriculée DK-8215-S qui roulait à vive allure dans le sens Bayakh-Sagalcam. Leur curiosité aiguisée, ils essaient d’en savoir plus. A l’aide d’une lampe torche et de signaux règlementaires, le chauffeur du véhicule est invité à se garer sur le bas-côté de la chaussée suivant son sens de marche et à ouvrir la malle arrière après avoir remis les pièces de la voiture. Mais la réaction du chauffeur a été des plus surprenantes.  Sans crier gare, il démarre en trompe et s’engouffre dans le noir.  Poursuivi jusqu’à l’intérieur du village de Sangalkam, il s’embourbe dans une piste sablonneuse. Pris au piège, le chauffeur abandonne le véhicule, tous feux éteints, sur place avec les autres occupants pour s’enfuir et disparaître. La fouille effectuée sur l’ensemble des compartiments du véhicule et ses alentours permet la découverte d’un sac en toile.  Dans ce sac,  cinq (5) briques bien paquetées contenaient du chanvre indien d’un poids total de quatre kilogrammes sept cent (4,7) kilogrammes. Tôt le matin, vers 09 heures, les gendarmes de la brigade de Sangalcam reçoivent un coup de fil de la Brigade Territoriale de Kayar où le gendarme en service les informe que le chauffeur El Hadji Guèye, s’est présenté devant lui avec le propriétaire de véhicule et déclare être victime d’une agression perpétrée par des malfaiteurs et qu’il a été obligé d’abandonner le véhicule sur place. Le gendarme de la Bt de Kayar l’invite à rejoindre la Brigade de Sangalkam où le véhicule est garé. El Hadj Guèye fausse compagnie à son patron et se fond dans la nature. Les gendarmes, pour mettre la main sur lui, ont gardé sa femme et son patron dans les locaux de la brigade de Sangalkam durant toute la journée. Une stratégie qui a eu de l’effet car, le soir,  vers 23 heures, accompagné de ses proches, il s’est rendu aux pandores. Interrogé, Modou Guèye, propriétaire du véhicule a déclaré aux gendarmes qu’il a été informé par sa fille qu’El Hadj Guèye est revenu récupérer le véhicule vers 1 heures du matin après l’avoir garé à 21 heures en violation de ses règles. Il précise qu’El Hadj  Guèye s’est présenté devant lui, tôt le matin, et, lui a déclaré être victime d’une agression sans en faire la déclaration à la gendarmerie. Il a fini par déclarer qu’El Hadji Guèye n’a pas voulu rallier directement la brigade de Sagalkam lorsqu’il a quitté la Brigade de Kayar, et, est resté introuvable dans Bayakh, toute la journée (D6). Devant le juge d’instruction, Modou Fall a réitéré ses déclarations faites à l’enquête préliminaire tout en précisant avoir douté de la déclaration faite à lui par El Hadji Guèye de ce qu’il a été victime d’une agression.

 

source l’obs

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