septembre 19, 2017

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BBY THIES

Le dialogue indispensable pour sauver l’école

Le dialogue indispensable pour sauver l’école

La crise de l’école sénégalaise entre dans une phase délicate, source d’inquiétudes et de frustrations diverses. Il est senti depuis peu l’agacement au niveau des autorités qui ont réagi par la manière forte, ce qui est loin de calmer l’ardeur des syndicats d’enseignants. Même si nous ne voulons pas être alarmistes, les esprits pessimistes pensent que le chaos n’est plus à écarter. Pour notre part, la situation est grave. Le durcissement de ton du côté du gouvernement par les mesures conservatoires prises et la réponse des syndicats ne paraissent pas être la meilleure méthode pour sortir d’une crise qui n’a que trop duré. Pourtant, le contexte d’un dialogue national ne paraît non plus en harmonie avec le dialogue de sourds au niveau de l’école.

La complexité des situations et la complexité des solutions méritent l’engagement de tous les Sénégalais pour une issue heureuse. Nous sommes tous interpelés pour que rapidement des consensus forts soient trouvés pour apaiser l’espace scolaire. C’est pourquoi, nous pensons que l’Etat ne peut pas se réfugier derrière le prétexte d’avoir trop fait et immédiatement engager des sanctions au moment du côté des syndicats, les exigences portent encore sur des respects d’accords signés et non respectés. De part et d’autre, « c’est le fer qu’il faut laisser dans la plaie de peur que le blessé en l’arrachant n’expire ». La situation est telle qu’un diagnostic approfondi s’impose pour conjurer à jamais ces difficultés. En toute objectivité, il serait utile de considérer la part économique et sociale dans la gestion de cette crise. Considérant notre appartenance première au corps des instituteurs, nous avons jeté un regard autour de nous pour mieux comprendre la situation. Il nous a été donné de constater qu’il est maintenant possible d’exercer ce noble métier pendant une dizaine d’années sans pouvoir bénéficier d’imputations budgétaires et sans être fonctionnaire ne disposant ni de matricule de solde, ni bulletin de salaire alors l’enseignant a réussi un examen professionnel depuis cinq ou six ans. Cela est loin de ce que nous avons vécu dans le passé où il était, en effet, possible d’entrer dans la fonction avec le CEAP ou le CAP et donc titularisé d’office après un examen pratique. Il semble que cela est encore possible comme dans de rares cas pour certains enseignants. Dans le même temps, les fortunes sont très diverses dans un même établissement avec les mêmes charges horaires et les mêmes obligations. C’est une situation d’une complexité remarquable qui mérite une caractérisation pour que les Sénégalais soient édifiés et qu’une stigmatisation facile ne nous entraîne dans des blocages durables qui ne seront utiles ni pour l’école, ni pour les enseignants et qui risquent de compromettre tous les autres projets, programmes et plans de développement. Il serait heureux de réaliser autour de la chose éducative un compromis dynamique et durable, ce que nous espérions de concrétiser avec les Assises de l’Education et de la Formation. Hélas, un pacte de stabilité consensuel n’a pu être scellé pour faciliter sa mise en œuvre. Nous pensons qu’il est impérieux de tout faire pour créer les conditions d’un apprentissage de qualité, car notre pays et plus globalement l’Afrique doivent concentrer beaucoup d’efforts autour des questions de développement humain et d’éducation dans un monde dominé par la connaissance.

Depuis quelques temps, les découvertes de réserves pétrolières et gazières font beaucoup rêver. Même s’il faut s’en féliciter, le pétrole ou le gaz ou encore les autres ressources, ou encore le Plan Sénégal Emergent ne nous feront pas aboutir aux résultats escomptés si notre pays ne dispose pas de ressources humaines de qualité. La question de l’école est donc centrale et c’est pourquoi, elle appelle une gestion globale et inclusive. Ainsi, l’Etat est appelé à plus comprendre les enseignants si l’on veut que le « paquet » ou les autres programmes d’éducation connaissent le succès souhaité. En effet, il paraît illusoire d’obtenir la qualité par la force. Il est indispensable de restaurer la paix sociale dans la classe et dans l’école. Il est aisé de se rappeler qu’il y a un an, dans des circonstances similaires, des ponctions opérées sur les salaires des enseignants grévistes avaient coïncidé avec la fin de la grève et la reprise des cours. Pourtant, cela n’a pas empêché de renouer avec les difficultés et une année scolaire en voie d’être hypothéquée. Pour envisager l’avenir de l’école avec sérénité dans des conditions garantissant la qualité et l’excellence, il est urgent de remettre les pendules à l’heure et l’enseignant et mieux l’éducateur au cœur du dispositif. Comme nous le savons tous, cette période de l’année coïncide avec les évaluations et les examens donc une période très sensible avec la part la plus subjective de notre métier, il convient d’en tenir compte pour ne pas fausser les règles du jeu et les normes. Les dommages risqueraient d’être irréversibles.

Un système performant impose la motivation des acteurs. C’est pour cette raison que nous invitons à une reprise du dialogue, seule à même de restaurer la confiance et l’apaisement de l’espace scolaire, gage de construire une école de la réussite. La croissance à 6,5 %, le Plan Sénégal Emergent et les autres performances auront certes une contribution pour le développement mais il n’est point évident que sans la part sociale et humaine, l’atteinte des objectifs sera aisée. Les ambitions affichées par les autorités conduisent à une tendance à aller vite dans la construction de certaines infrastructures au point de se plaindre de lenteurs et de certaines procédures comme le code des marchés. A contrario, pourquoi avoir cette attitude à faire des petits pas pour solder des sommes dues à des catégories socioprofessionnelles vulnérables maintenues depuis longtemps dans des situations de précarité extrême. Au lieu des mesures disciplinaires, il faut opérer les ruptures indispensables à la restauration d’un espace de paix et de stabilité. Le devenir de nos enfants et de l’école en vaut la chandelle. S’il importe de faire plus et de faire vite, il faut surtout s’assurer de faire mieux par la consolidation des acquis, en respectant les bonnes procédures d’organisation et de méthodes pour des actions inclusives et efficaces à même de conduire à l’atteinte durable des objectifs. Cela étant dit, nous sommes dans l’obligation de demander aux enseignants de privilégier dans leurs plans d’actions des modalités en compatibilité avec des quantums horaires garantissant des apprentissages de qualité pour ne pas compromettre l’avenir des enfants et le droit à l’éducation. La sensibilité de la fonction enseignante est à prendre en considération dans la bataille de l’opinion et la préservation d’un outil fragile à fonctions complexes.

Pour conclure, nous appelons de tous nos vœux, l’ouverture d’un dialogue inclusif entre tous les acteurs et partenaires de l’école pour explorer toutes les pistes d’un règlement définitif de cette crise afin de s’engager dans une construction saine et globale d’un modèle scolaire garantissant la formation d’un citoyen de type nouveau et sa réussite sociale.


Papa Ibra SAMB, Professeur Titulaire de Biologie de Classe Exceptionnelle,
Membre Titulaire de l’Académie Nationale des Sciences et Techniques du Sénégal,
Chevalier des Palmes Académiques du CAMES,
Ancien Directeur de l’ENSA, Premier Recteur de l’Université de Thiès,
Président du parti : Convergence d’Initiatives pour le Sénégal (CIS)

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