BBY THIES

L’histoire de la difficile enfance de El Hadj Malick Sy à Gaya

L’histoire de la difficile enfance de El Hadj Malick Sy à Gaya
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Gaya, contrée perdue dans le nord du Sénégal, est le lieu de naissance de Seydi El Hadj Malick Sy. L’endroit où il a passé une bonne partie de son enfance, sous les ordres de son oncle, Alpha Mayoro Wellé, qui s’est montré particulièrement intransigeant. C’est à ce prix que Maodo a conquis et acquis son immense science islamique. A Gaya, les anecdotes courent toujours sur cette éducation à la spartiate, reçue par l’enfant devenu très tôt orphelin.

Sur le sentier gorgé d’eau où le fleuve Mauritanie coule tranquille, Ma Fawade Wellé, debout sur la berge, aperçut au loin, un jeune homme qui marchait à pas feutrés à l’entrée de Gaya. Se fronçant les sourcils, elle contemplait, d’un regard tendre et affectueux, cet enfant qui marchait, fatigué par le long trajet, la soif de savoir sur la Voie droite qui mène au Seigneur. Elle ouvrit grand les yeux, porta sa main à la bouche. Et, précipitamment, elle alla chez son grand frère, pour lui annoncer la nouvelle : l’arrivée de son neveu, parti il y a juste sept ans au Fouta pour ses humanités et qui revenait au village. Alpha Mayoro Wellé, physique élancé, teint caramel, homme rigoureux, savant caractériel, ne pipa mot. Il entra dans sa case, prit du couscous déjà préparé, qu’il enveloppa dans un pagne.

D’un pas alerte, il marcha ensuite avec autorité jusqu’à l’enfant, lui tendit le couscous et lui enjoignit l’ordre de retourner sur ses pas, d’aller continuer ses humanités. Sa maman, Fawade Wellé, ne dit mot, mais consentit. Ahuri, surpris, frustré, le jeune Malick n’eut même pas le temps de serrer la main de sa mère, de déposer ses balluchons. Il repartit aussitôt vers les chemins de la lumière, le lointain Fouta. El Hadj Malick Sy a alors 14 ans. Mais il est déjà un grand homme, imbu de savoir, qui n’avait plus rien à prouver à Gaya : lointaine et anonyme contrée du Cayor écartelée entre le chaud Dagana et le grand erg de la Mauritanie.

Malick Sy n’a pas été épargné par les péripéties de la vie. Il est très tôt orphelin de père. Vers les années 1846, son pater, Seydi Ousmane Sy, quitte Gaya pour aller au Djoloff. Il laisse derrière lui une épouse en état de grossesse avancé. L’homme est connu pour ses voyages à but exotérique, sa quête permanente de science. Au moment d’entreprendre ce long périple, il confie, en aparté, à Alpha Mayoro, grand frère de son épouse, qu’il prie Dieu pour que Ma Fawade Wéllé, sorte saine et sauve de cette grossesse. Il lui recommande que si le nouveau né était un garçon, par la grâce de Dieu, qu’il porte le nom de Malick Sow, un maître coranique couru par tous les hommes de science. Ce que l’histoire omet parfois, c’est qu’il avait également dit que si c’était une fille, qu’on lui donne le nom de Sokhna Maty Mbacké, une dame connue pour sa piété légendaire dans la zone.

Seydi Ousmane Sy parti le cœur léger, libéré ainsi d’un lourd fardeau. Il ne savait pas que c’était son ultime voyage. Il ne fut pas mangé par les hyènes et les lions qui rôdaient la nuit dans ces contrées «sauvages». Mais, selon les historiens qui racontent encore ce pan de l’existence du père de Maodo Malick Sy, «il a été blessé lors d’une bataille par des Peuls». Il ne perdit pas aussitôt la vie. Blessé et handicapé, il ne pouvait plus faire correctement son travail dans les champs et fut gêné par les méchantes remarques d’un homme sur sa personne. Alors qu’une pluie abondante s’abattait, il entreprit de laver l’affront, en allant aux champs : sa blessure s’infecta. Il passa de vie à trépas. Loin, très loin de son fils, qui naquit peu de temps après. A la naissance du garçon, comme il en avait formulé le vœu, celui-ci porta le nom de Malick Sow. Lui seul, dans ce faubourg perdu au milieu de nulle part, était détenteur du seul livre de science ésotérique qui avait motivé le voyage de Seydi Ousmane Sy. Le père de Maodo avait quitté Souima, dans le Podor, pour approfondir ses connaissances islamiques auprès de ce guide vénéré dans le coin pour son ascétisme et sa vie de soufi, mais surtout pour trouver un livre rare, intitulé : «Ihmirar». C’est dans cette maison, sorte de «Daara» des premiers siècles, qu’il fit connaissance avec Ma Fawade Wellé, une dame d’une grande discrétion, qui donnait à manger aux gens qui fréquentaient le «Daara». «Il lui arrivait de donner à manger aux oiseaux, tant elle était généreuse», raconte Amadou Diop. C’était pourtant une veuve, mais qui avait décidé de ne plus se lier d’amour avec un homme, à la suite de deux échecs conjugaux. Mais ce mariage, il a été scellé avant même la rencontre des deux conjoints. Un jour, raconte la légende qui court les siècles, alors que Alpha Mayoro Wellé faisait partie d’une délégation de quelques dignitaires religieux de Gaya pour aller à la rencontre de Cheikh Oumar Foutihou Tall au Fouta, Fawade Wellé avait glissé un pagne d’une grande valeur en guise de «Adiya» pour le saint homme du Fouta. Et dans la foule ébahie massée devant lui, Cheikh Oumar Foutihou avait brandi le précieux présent et dit devant une assemblée conquise, une phrase qui en disait long sur son «Bassira» (sens de la prémonition chez un soufi). Ô peuples du Fouta, sachez que cette dame qui m’a donné ce pagne est d’une grande valeur, et c’est elle qui va donner naissance à l’enfant qui continuera mon œuvre d’islamisation du pays», prédisait-il. Alors, quand un de ses fidèles, Seydi Ousmane Sy quitta le Fouta pour aller à la quête du savoir vers Gaya, cette dame pieuse qui se tuait à honorer les hôtes de la ville, attira son attention… la suite, on la connaît. Vers les années 1855, Gaya ne comptait que des cases en banco. Un vent sec et chaud étouffe l’horizon et le ciel. Le village n’était pas peuplé, mais l’Islam y avait élu domicile et l’Almamy se glorifiait souvent de n’avoir pas à verser du sang pour islamiser la contrée, très proche de la Mauritanie. Gaya se particularise comme un bourg pieux, à cheval sur les principes de l’Islam.

Le cimetière qui se trouve aujourd’hui au quartier de Mpal, a été visité à maintes reprises par Cheikh Oumar Foutihou Tall, qui se targuait de dire que les parents de son successeur allaient être enterrés ici. C’est dans ce bouillonnement religieux que le jeune Malick Sy a poussé ses premiers cris d’enfant. C’est sur cette terre aride qu’il va faire ses premiers pas dans la vie, sous le regard austère et attentionné de son oncle, Alpha Mayoro Wellé. Comme ces garçons croisés dans les ruelles empoussiérées de Mpal 1, quartier de Gaya, qui courent derrière un ballon douteux. Le jeune Malick Sy n’avait pas droit à ces jeux d’enfant à l’époque. Il devait acquérir un immense savoir. Savoir très vite, comme s’il devait mourir le lendemain. L’enfant Malick était doué d’une intelligence supérieure, avec son œil vif et son oreille fine. On ne lui faisait aucune faveur. Au centre de cette commune, trône désormais, sur le pan Est de la mosquée de ce bourg, la maison natale de Seydi El Hadj Malick Sy, «Keur Goumack». Les murs en banco, la paille a laissé place à un bâtiment brinquebalant d’un étage en dur. Sur une chambre, un carré de deux mètres de long et d’un mètre de large est encadré par un grillage vert, c’est l’endroit où est né l’enfant Malick Sy, en 1855. A l’intérieur, il ne reste plus que le sable fin comme unique témoin de la naissance de Maodo. Un sable noir, pur, dénué de tout artifice qui suscite la curiosité du visiteur. Aujourd’hui, c’est un lieu de recueillement pour tous les musulmans de la contrée, et qui, à chaque veille de «Gamou», est comme pris d’un nouvel accès de fièvre religieuse. Bonnet carré de couleur blanche orné de fils d’or, grand boubou basin bleu délavé, imam Souleymane Sow est le petit frère de Ameth Sow, petit fils de Malick Sow, homonyme de Seydi El Hadj Malick Sy. Ce jour-là, assis sur une natte dans l’enceinte de la maison familiale de la mère de Maodo, il rapporte, telle qu’elle lui a été racontée par les anciens, l’enfance du fils émérite de Gaya. «Seydi El Hadj Malick Sy était un enfant qui s’est détourné très tôt des futilités de ce bas monde. A l’âge de 7 ans, il a maîtrisait le Coran. C’est, en premier, son oncle, Alpha Mayoro Wellé, qui lui en a enseigné une partie et l’autre partie, en guise de reconnaissance à son marabout, Thierno Malick Sow s’en est occupé. Toute son enfance à Gaya a été studieuse et Dieu lui avait donné une intelligence rare. Ce qui fait qu’à 17 ans, il avait déjà acquis une solide science ésotérique. C’est dans cette maison qu’il a appris le livre du rite malikite, «Lakhdariyou» et le «Wird tidiane», raconte le petit-fils de Thierno Malick Sow.

L’on raconte à Gaya qu’un frère de son père du nom d’Amadou Sy, était venu le récupérer pour l’emmener au Djoloff, mais après un séjour prolongé dans cette contrée, il est revenu à Gaya. Puis, il prit le parti de perfectionner sa connaissance auprès de Ahmad Fall et Mouhamad Ali Al Yacubi, un maure rencontré à Dagana et à Ndiarndé. Ses humanités, faites à la vitesse de l’éclair, il consacra sa vie à servir Dieu et son prophète Mouhamad (Psl). Mais au fil de sa vie, des ouvrages écrits de sa main, El Hadj Malick Sy, qui fit son pèlerinage à La Mecque pour la première fois en 1888, aimait raconter à ses compagnons les durs moments de sa vie. Dans le lot, figure ce jour où il est revenu de sa longue quête spirituelle et que son oncle ne lui a même pas permis de franchir le portail de la maison. «C’était l’un des moments les plus difficiles de ma vie», racontait Maodo plus tard. Des propos rapportés dans cette vaste cour de « Keur Goumack » par l’imam Ngal Niang, l’un des notables les plus âgés de Gaya…

 

 

source l’obs

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