octobre 21, 2017

BBY THIES

LIBRE ECHANGE : Une Afrique UNIE, rêve ou UTOPIE ?

LIBRE ECHANGE : Une Afrique UNIE, rêve ou UTOPIE ?

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Le 8 et 9 avril dernier, Marrakech (sud du Maroc) était l’hôte de la conférence des ministres du Commerce et des parlementaires africains. Organisée dans le cadre de la commémoration du 20e anniversaire de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), celle-ci s’est terminée par un appel à l’intensification des échanges entre pays africains et la mise en place d’une zone de libre-échange continentale. Et pour cause ! Ces échanges font de l’Afrique l’un des continents les plus fragmentés et les moins développés de la planète. Une situation qui constitue un facteur de vulnérabilité économique limitant les possibilités de croissance interne des pays africains et réduisant leur poids dans les négociations commerciales internationales.

C’est pourquoi nombreux sont les participants à cette conférence qui estiment que la mise en place de cette zone de libre-échange continentale peut contribuer à la promotion du commerce africain et à une meilleure intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale. En effet, le continent africain, qui compte 16% de la population mondiale, ne représente que 3% des échanges économiques internationaux, même s’il offre d’énormes opportunités permettant de rattraper ce retard. De même, le commerce intra-africain est bien en deçà du commerce régional et ne représente que 10% des échanges réalisés sur le continent alors qu’en Europe, en Asie ou encore en Amérique du Nord, le commerce intra-régional représente respectivement 70%, 52 % et 50% des échanges. En outre, la part de l’Afrique dans le commerce mondial est encore plus dérisoire puisqu’elle n’en représente qu’environ 2%. Cette situation entretient la vulnérabilité de l’Afrique aux chocs économiques extérieurs et aux politiques commerciales protectionnistes. Seule solution selon de nombreux analystes : renforcer l’intégration de son marché et intensifier les échanges entre les pays africains.

C’est dans cette perspective qu’à l’occasion du 19e sommet de l’Union Africaine (UA), tenu en juillet 2012 dans la capitale éthiopienne d’Addis-Abeba, de nombreux chefs d’État et de gouvernement africains se sont engagés à accélérer la construction du marché commun africain par la création d’une zone de libre-échange continentale (ZLEC) à la date indicative de 2017. Une feuille de route s’appuyant sur les progrès déjà réalisés sur le continent, notamment l’expérience pionnière de la zone de libre-échange tripartite COMESA-EAC-SADC, avait déjà été décidée lors du précédent sommet en janvier 2012.

Les chefs d’État ont ensuite mis en place une commission de haut niveau composée des présidents de chacune des Communautés économiques régionales (CER) et de celui de la Commission économique de l’UA. Une commission dont le rôle sera essentiellement la suppression des barrières commerciales avant 2017. Mais d’ores et déjà, certains sont sceptiques face à cette initiative car ils estiment que la mission s’annonce difficile au regard des nombreux défis à relever.

En effet, bien que les CER, reconnues par l’UA, aient fait des efforts en matière d’élimination des obstacles au commerce régional, leur bilan reste mitigé et le rythme de réalisation des progrès n’est pas uniforme. Il existe des variations en termes de niveaux d’engagements entre les différentes CER, dont certaines parmi elles ne sont pas encore parvenues à mettre en place leurs zone de libre échange, alors que d’autres en sont soit au niveau de la ZLE partielle soit à celui de l’union douanière partielle. À cela s’ajoute le fait que certains pays appartiennent à plusieurs CER, ce qui complique le processus. Par ailleurs, les inégalités de développement entre les pays membres d’une même CER posent une autre limite. Les États à faibles revenus éprouvent effectivement souvent moins d’intérêts à s’engager dans la création d’une zone de libre échange au niveau régional par crainte de la domination de ceux plus riches et plus puissants, et donc de la perte de bénéfices financiers.

Ensuite, la date de 2017 pour la création de cette nouvelle ZLEC est considérée par certains comme une ambition exagérée compte tenu des obstacles auxquels le projet devrait inéluctablement faire face. Son adoption semble être liée, selon eux, à la volonté des décideurs africains de respecter le traité d’Abuja qui prévoit la création de l’Union douanière continentale au plus tard en 2019. Et celle-ci doit en toute logique être précédée par la ZLEC. Enfin, l’insuffisance des infrastructures telles que le manque de routes, de chemins de fer et de transports reste un problème de taille. En somme, face à tous ces obstacles et au délai très court pour la réalisation de la ZLEC, de nombreux acteurs s’interrogent sur les capacités des leaders africains à réaliser un projet aussi ambitieux.

Pour autant, les avantages qui résulteraient de la création de la zone de libre échange à l’échelle continentale sont énormes, note les « promoteurs » de cette initiative. À commencer par l’augmentation de son volume d’échanges commerciales (notamment le commerce des marchandises et des services grâce à la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires) avec, comme conséquences, le développement économique du continent et un poids plus important dans le commerce mondial. La ZLE continentale pourrait également promouvoir une meilleure répartition de ressources, une amélioration de la concurrence et une réduction des écarts de prix entre les pays africains qui vont sans doute accroître la sécurité alimentaire et contribuer à la réalisation du bien être social.

De même, avec la nouvelle ZLEC, les pays économiquement plus faibles pourront bénéficier des mécanismes de compensation leur permettant de récupérer le manque à gagner qui résulterait de la libéralisation du commerce. Mais, en dépit des intentions fermement affichées par les Chefs d’État africains, des craintes et des interrogations subsistent. Beaucoup se demandent encore si leurs objectifs sont réalistes ou relèvent de l’utopie. En réponse à ces préoccupations, l’UA et ses partenaires reconnaissent que même si la tâche sera ardue, l’Afrique n’a d’autre choix que de s’engager dans la voie de l’accroissement des échanges intra-africains comme moyen irremplaçable pour assurer son développement économique et social, de même qu’une insertion harmonieuse au commerce mondial.

 

 Source : Afrique Expansion

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