Mame Ousmane Ndieguene ″ Boroom suturë daaiman ″,  Un modèle de discrétion dans la bienfaisance et l’éducation

Mame Ousmane Ndieguene ″ Boroom suturë daaiman ″,  Un modèle de discrétion dans la bienfaisance et l’éducation

 « Àddina, mënula yaatu wala mu yanjji ba melni àjjana, kon yalnañu Yalla di dolli suturë sa sou nekk. »Mame Ousmane Ndieguene ″ Boroom suturë daaiman ″
   Descendant d’une noble lignée chérifienne issue de la ville de Komar située à côté de la Mecque, Mame Ousmane Ndieguene est né vers 1922 à Thiès.
Son père le révivificateur et grand homme de Dieu, Tafsir El Hadji Ahmadou Barro Ndieguene, est l’un des princes héritiers du royaume du Ndoucoumane de par sa mère sokhna Fatoumata Ndao. Sa mère, la princesse Sokhna Ndiaye Sylla fille de Tafsir Boubou Sylla, est originaire de la famille princière du village de Thilla Ounté à Tile Boulou, situé entre la commune de Khombole et Toubatoule (Thiès, Sénégal). Femme noble, de vertus inégalables, elle avait abandonné tous les honneurs princiers de ce bas monde par sacrifice afin de donner naissance à un grand érudit.
Ses vaillantes épouses, dotées de qualités rarissimes dans ce monde actuel, étaient des femmes pures et exemplaires. Tout en respectant les lois divines, Mame Ousmane Ndieguene avait pour épouses, sokhna Mariama Sylla originaire de la dynastie de Thilla Boubou à Thiès; la princesse sokhna Oumy Diop qui est petite fille du chef et de l’imam Lébou Thierno ’’Dial’’ Diop de la grande dynastie des grands marabouts ″serigne″ de Dakar; sokhna Safiétou Mbengue originaire de Nguer Malal (Keur Momar Sarr, Louga). Parmi ses épouses aussi, nous pouvons citer sokhna Fama Top originaire de Keur Modou Ndiaye (Thiès nord); sokhna Bintou Samb de campement de Ngékhokh (Mbour) et sokhna Maguette Ndiaye issue de son village d’origine de Thilla Ounté.
Avec la disparition précoce de sa mère, le très jeune Mame Ousmane devient très rapidement l’ami de son père Tafsir El Hadji Ahmadou Barro Ndieguene. Il partageait ainsi avec lui le même lit et les mêmes séances d’adoration la nuit pendant plusieurs années de son enfance, symbolisant ainsi un amour et un respect mutuel entre un père protecteur et un fils conquis par les actes d’adoration de son père.
Nombreux sont ceux qui s’accordent à dire que sa crainte envers Le Tout Puissant (swt) dépasse les entendements du commun des mortels. Il inculqua le savoir, le travail, l’adoration ainsi que l’effacement et la discrétion à ses enfants afin de les amener à poser des actes louables, qualités en voie de disparition dans les sociétés actuelles. Incarnant l’élégance morale et physique de l’Élu (psl) mais le tout dans la sobriété et le désintéressement, il disparut en 1989 à Thiès.  

  Connus pour être de grands marabouts et cultivateurs, ses aïeuls avaient pour principale mission l’apprentissage, l’enseignement et la propagation des préceptes de la religion musulmane. Mais au-delà de tout, le but ultime était de façonner des modèles dignes de nom sur le plan religieux et séculier pour une société savante, travailleuse, unie et tournée vers le seigneur (swt). À son installation à Thiès, cité principalement animiste et sous influence coloniale vers la fin du XIXème siècle, le missionnaire et l’illuminé Tafsir Ahmadou Barro réussira malgré les contraintes et les difficultés à y fonder une grande école coranique et une grande mosquée perpétuant ainsi la prestigieuse mission de ses ancêtres. Toutes les sources du savoir comme les sciences du coran, les hadiths, la jurisprudence, la grammaire arabe et la langue arabe etc. y étaient enseignées. Cette tradition généreuse de vulgarisation du savoir se perpétue aujourd’hui au quartier Keur Mame El Hadji de Thiès. D’ailleurs, il est même si difficile, pour celui qui le souhaite, de quantifier le nombre exact de savants connus à travers le monde qui ont été formés au sein de cette cour scholastique. Mame Ousmane Ndieguene est un pur produit de ces écoles fondées par son père qui l’initia personnellement avant que certains de ses frères, certains savants et dignitaires ne prennent la relève pour couronner son éducation. La majeure partie de la formation spirituelle du saint homme a été certainement acquise grâce à la proximité d’avec son père qui ne se séparait jamais de la source de la miséricorde (psl) et du savant (rta) de l’oasis de Boussemghoune. Il a aussi largement bénéficié des secrets et des enseignements du grand rassembleur, Aladji Modou Ndieguene ″Boroom Piliyan bi″. Mais d’un autre côté, il a travaillé jour et nuit dans le but d’acquérir les secrets les plus enfouis de ce bas monde ainsi que de l’au-delà. Il a vite compris qu’il ne suffit pas d’être le fils d’un savant pour être un savant, il faut acquérir ce savoir. Il devient très vite un homme de Dieu aux dimensions exceptionnelles et multiples et le tout dans une discrétion et un sens de l’acte purement inné.
L’objectif ici est d’essayer d’établir une analyse pertinente permettant de comprendre et de s’inspirer de la vie et l’œuvre de Mame Ousmane Ndieguene ″ Boroom suturë daaiman ″ et par ricochet de son fils ainé Serigne Mounirou Ndieguene ″Al Khourane″ disparu subitement le 18 juin 2017, au moment où nous sommes en train de rédiger cette contribution. De ce fait, nous avons fait un travail de collecte d’informations à partir de témoignages et propos de reconnaissances recueillies auprès des membres de la famille Ndieguene de Thiès, de parents, de distingués fidèles et auprès de médias avertis. Insignifiants disciples que nous sommes, ces informations nous sont d’une aide précieuse, car nous rappelons qu’écrire sur des érudits de cette dimension n’est pas chose aisée du fait de leur dimension auprès du Juste (swt). Tout le monde s’accorde à dire que Mame Ousmane menait une vie dans la voie du soufisme authentique en toute discrétion et humilité dans la bienfaisance, la générosité et le travail tout en misant sur l’éducation qui est la base d’une société émergente.
     Mame Ousmane : un modèle d’éducation sociétal
  Dites-moi quel modèle d’éducation vous avez et je vous dirai de quel modèle sociétal vous disposez! L’enseignement exotérique et ésotérique est une fin en soi pour former des esprits alertes et actifs capables de discerner le bien du mal et d’œuvrer pour le meilleur. Pour cela, nous avons un guide, le livre saint dont les paraboles sont citées pour nous inciter à la réflexion [S59V21]. Au-delà du discernement, cette éducation atteint son paroxysme lorsqu’il est traduit en acte en tout instant. Actuellement, ce n’est pas le discernement qui fait défaut, mais plutôt la traduction en acte de ce discernement. À la question: comment était le guide (psl)? Notre mère Aicha (rta) répondit : « c’était une bibliothèque coranique ambulante. » Si seulement nous pouvions traduire ce discernement en acte, notre société n’en sortirait que gagnante à tous les niveaux! Mame Ousmane, aidé par l’éducation et l’amour qu’il reçut de ses parents, deviendra comme ses frères et sœurs un modèle à suivre pour notre jeune génération. Oui, il faut le dire! La faille intrinsèque à l’éducation demeure un désintéressement des jeunes, un désengagement des parents et la démission de l’autorité. Elle commence d’abord par l’amour et le respect mutuel entre le maitre et l’élève dans tous les sens du terme. Cette éducation qui est devenue un avantage par ces temps qui courent constitue un vecteur directeur pour notre avenir et celui de nos sociétés. Ce privilège rarissime, Mame Ousmane en a profité depuis son jeune âge.
Pour jeter les bases de son éducation sur le plan cultuel et culturel, son père vieillissant le responsabilisa dès son jeune âge sur la nécessité de poser des actes purs en tout temps et quelles que soient les circonstances. De ce fait, grâce à leur proximité légendaire, Mame Ousmane suivait et appliquait les faits et gestes de ce dernier jusqu’aux moindres détails. Nombreux ont été les secrets qu’il reçut de son père qu’il accompagnait souvent lors de ces veillées nocturnes puisqu’ils partageaient la même chambre. Il a été éduqué dans la crainte révérencielle envers Celui qui rend puissant (swt), la dignité, la patience, le respect et le travail pour ne citer que ceux-là. Au sein de la maison familiale, Mame Ousmane a appris toutes les formes de savoir et de secrets nécessaires à la formation d’un homme de Dieu. Tout ce cocktail fera de lui un saint multidimensionnel et doté de secrets mystiques acquis entre autres grâce à la patience et au travail acharné dans le seul but d’atteindre les degrés les plus élevés dans la crainte envers Le très-haut (swt).  Il réussira à transmettre ses vertus cardinales à ses enfants qui sont des modèles significatifs de réussites reconnus partout au Sénégal, dans la sous-région et même au-delà. Ses petits-fils sont également reconnus à l’unanimité comme étant des modèles à suivre. Aujourd’hui, ils sont fortement impliqués dans l’éducation de la société dispensant des enseignements de haute volée dans différents domaines et dans divers endroits du pays. Comme un reflet de par son attitude patriarcale, Serigne Mounirou Ndieguene ″Al khourane″ fils ainé de Mame Ousmane, est un symbole concret de réussite dans le domaine de l’éducation.
Serigne Mounirou ″Al khourane″ : un exemple d’éducation réussie
Certes les hommes de Dieu de nos jours se font rares ou sont cachés, mais El Hadji Mounirou Ndieguene ″Al Khourane″, est en lui seul un exemple d’éducation réussie mais également un symbole de discrétion et d’effacement dans ce bas monde où le m’as-tu vu l’emporte sur la pureté de l’acte faite avec un cœur pur. Serigne Mounirou, un ascète aguerri, a été personnellement éduqué par son père qui lui inculqua très tôt des valeurs qui sont siennes. Il lui inculqua une éducation basée sur les valeurs du livre saint. Son surnom ″Al khourane″ vient du fait qu’il était attaché à ce dernier signe d’un cœur pur qui se traduisait dans ses actes visibles et cachés au quotidien. Dans l’un de ses poèmes posthumes, il dit « Le coran, c’est ma vie! » Une phrase pleine de sens, car il n’y a aucun doute que c’est un guide pour les pieux et que sa connaissance, son accaparement et sa traduction en acte est indispensable pour le salut des égarés [S2V2]. Serigne Mounirou ″Al Khourane″ nous rassure, car sa vie nous démontre qu’il existe toujours des hommes de Dieu dont la principale préoccupation est, au-delà de rivaliser en ardeur pour la crainte du Gardien (swt), le désintéressement de tout ce qui est pouvoir éphémère, plaisir et opulence de ce bas monde. Oui, le savoir, l’éducation, l’adoration, le travail, la modestie et l’entraide ont rythmé la vie de celui qui s’habillait toujours en blanc. Parmi les nombreux actes qu’il a posés, nous pouvons retenir la pertinence de son dernier poème en l’honneur du prophète (psl) et dans lequel il demande au Très généreux (swt) qu’il fasse que ses écritures soient une prière acceptée pour l’intercession à travers le modèle parfait (psl). Lorsque les chanteurs psalmodient ce poème, il refusait qu’on prononce son nom en disant que le plus important pour lui est que les gens en prennent conscience pour leur intercession. Son père qui l’avait surpris une nuit vers 2 heures du matin en train de pleurer en pleine prière surérogatoire s’empressa de lui dire, « Mounirou, que je sois de ce monde où de l’autre, je te confie l’éducation de toute ma famille, car je sais que ta crainte envers Le majestueux (swt) est digne de celle d’un homme de Dieu dévoué. » Tel qu’un disciple acquis à la gloire du Maître (swt), c’était lui-même qui cultivait ses terres comme le faisait d’ailleurs son père. Mame Ousmane était connu pour être un grand travailleur dans le domaine de l’agriculture. Mais au-delà de tout, il était d’une générosité bienveillante qui l’amenait à partager en toute discrétion ses récoltes avec les populations environnantes.
Mame Ousmane: la discrétion dans le travail et la bienfaisance
Il est tout aussi bénéfique de rappeler ici et maintenant que le travail est un acte d’adoration à part entière comme nous le recommande Celui qui accorde toujours la subsistance (swt). Mame Ousmane était un missionnaire mais également un vaillant et brave cultivateur comme l’ont été bien évidemment ses aïeuls. Loin d’être des experts en économie, nous savons tout de même que le secteur agricole constitue un pan important dans le développement de l’économie locale et mondiale avec la génération de subsistances, les échanges commerciaux, la création d’entreprises et d’emplois. Aussi, le métier d’agriculteur est un emploi noble, car d’après le hadith n˚2195 rapporté par Al Bukhârî « Chaque fois qu’un musulman plante un arbre ou sème une graine, il aura à son actif comme aumône tout ce qui aura été mangé du produit de cette plante par un oiseau, un homme ou un quadrupède. » Son dévouement et son abnégation pour le travail reflètent la crainte qu’il vouait envers Le seigneur (swt). Mame Ousmane disait à propos de son travail, nous rappelle son khalife actuel serigne Moussa Ndiéguene, que « ce qui est issu de mes récoltes a une saveur différente de toutes autres formes de subsistance. » Ces propos nous montrent que le travail est un fondement indispensable pour lui dans une société où malheureusement les rivalités pour accéder à l’argent facile l’emportent sur le manque de certaines de nos valeurs de base comme le respect et la dignité. Sur le plan spirituel, son occupation professionnelle constituait pour lui un moyen de s’isoler avec Celui qui nourrit tout le monde (swt) délaissant ainsi les pouvoirs de ce bas monde. Le zikr, la solitude, la méditation, les veillées nocturnes et l’apprentissage du coran occupaient une grande partie de son temps en dehors du travail dans les champs. Nombreux ont été les miracles qui sont survenus dans les champs du saint homme lors de ses nombreuses retraites spirituelles. Il constituait également un moyen pour montrer sa générosité envers les plus démunis.
La générosité, la bienfaisance et le sens du partage du saint homme pour l’amour de Celui qui étend sa générosité (swt) étaient connus de tous. La plupart de ses actions de bienfaisance et autres nous ont été racontées par les bénéficiaires eux-mêmes. D’autres propos avérés racontent qu’il distribuait souvent de l’eau aux populations reculées et démunies tout en se cachant derrière son turban pour ne pas être reconnu. La discrétion était son credo dans tous ses faits et gestes espérant la récompense permanente du Très-haut (swt). Celui qui fait de la bienfaisance envers son prochain dans la discrétion et pour Le très généreux (swt) est forcément quelqu’un qui est dépourvu de jalousie et de méchanceté qui gangrène nos sociétés actuelles. Dans le domaine de la bienfaisance, le hadith rapporté par boukhari et mouslim nous apprend qu’« Aucun d’entre vous n’est véritable croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. » De nos jours, combien d’événements de bienfaisance sont organisés pour être finalement réduits aux logiques du paraître et du folklore. Toute action posée pour s’auto-glorifier sans y espérer en retour la récompense de Celui qui satisfait les besoins de ses créatures (swt) n’est que futilité dans ce bas monde et une énorme perte dans l’au-delà. Mame Ousmane ne terminait jamais un discours ou une prière sans dire « yalnañu Yalla dolli suturë » ou que Le seigneur (swt) nous abonde de sa discrétion démontrant sa vision de ce bas monde. D’année en année, de discours en discours, cette formule est devenue en quelque sorte un surnom en l’occurrence ″Boroom suturë daaiman. ″
Sur le plan de l’éducation, du travail, de la bienfaisance, de la discrétion, de l’adoration du Puissant (swt) et de tant bien d’autres domaines, notre société actuelle a beaucoup à apprendre des hommes de Dieu comme Mame Ousmane Ndieguene.
Puisse Le Bienfaiteur (swt) (Al Bâri) nous accorder la qualité de l’éducation, l’esprit travailleur et bienfaisant dans la discrétion dont a bénéficié Mame Ousmane Ndieguene. Puisse celui qui est supérieur à toutes ses créatures (swt) nous épargner de la corruption, de la futilité, de l’orgueil et de la vanité.

¹ Ce bas monde ne pourra jamais être plus grand ni plus beau que le paradis, donc que la discrétion Du créateur (swt) soit en nous à tout instant de notre vie.

Votre insignifiant disciple,
Dr Assane Ndieguene Ibn Aziz Ibn Mame Wahab,
Chercheur en physique et en microélectronique
Sherbrooke-Canada,

Negoce

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