août 20, 2017

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Portrait: Qui est Saliou Ndiaye, celui qui pilote le Y EN A MARRE à Thiès

Portrait: Qui est Saliou Ndiaye, celui qui pilote le Y EN A MARRE  à Thiès

C’est l’histoire d’un bâtiment, l’Agora de Thiès, mais c’est aussi celle d’un jeune
homme, Saliou Ndiaye. C’est enfin et surtout l’histoire d’un esprit, celui de l’association Y EN A MARRE, qui, depuis sa création, a essaimé dans tout le Sénégal.

Une « philosophie d’action citoyenne », comme la décrit Fadel Barro, le coordinateur général et membre fondateur. Y EN A MARRE a vu le jour en janvier
2011, après une de ces très longues coupures de courant comme il y en avait tant à l’époque, conçu par une bande d’amis, dans le quartier de Parcelles Assainies à Dakar : un journaliste, une amie, un étudiant, deux rappeurs, des copains d’enfance tout simplement, qui font écho au ras le bol généralisé en décidant de faire quelque chose de concret, d’agir.

Leur mouvement, qui prend vite de l’ampleur et contribuera à dénoncer la candidature non constitutionnelle d’Abdoulaye Wade, président sortant, aux
élections de 2012, est désormais présent et actif à travers tout le pays, du nord au
sud, d’ouest en est. Leur statut d’association ne leur a été (enfin !) délivré qu’en

2013, au moment où le président américain, Barrack Obama, demande à les rencontrer. Auparavant, ni Wade ni Macky Sall, le nouveau président récemment
élu, n’avaient fait le nécessaire pour qu’on leur délivre leur statut d’association loi
de 1901, à but non lucratif.

« L’objectif de départ, c’est de cristalliser les énergies qui se sont exprimées pendant l’élection présidentielle, et d’en faire une force transformatrice de notre société. »

Une fois lancé ce mouvement dont on parle très vite, dans le pays comme à l’international, un jeune homme se sent des affinités avec eux. Saliou Ndiaye, Thiessois de 29 ans, était encore en 2011 étudiant à Dakar, en marketing et management des affaires. Au début, il ne comprend pas bien le mouvement, qu’il assimile à un activisme hip-hop, à un mouvement pour les rappeurs. Saliou avait cependant déjà une conscience politique, citoyenne, il se voyait engagé pour le changement de sa nation. Il commence à suivre les activités du mouvement, à distance, par les média. Il observe les différentes actions citoyennes menées par Y EN A MARRE et réalise un peu plus tard le potentiel et l’importance de leur volonté de faire avancer le pays en conscientisant la société civile, c’est à dire chacun d’entre nous, tous les sénégalais, pour en faire des « NTS », nouveaux types de Sénégalais, concept lancé par Y EN A MARRE. A la première rencontre entre Saliou et Fadel Barro, celui-ci citera Frantz Fanon : « Chaque génération doit, dans une vertu d’opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir. »

N’ayant aucune appartenance politique (c’est une condition) et semblant témoigner du même esprit qu’eux, les membres de Y EN A MARRE acceptent la proposition de Saliou (que Fadel Barro appelle affectueusement « Obama »). Il devient donc
« Monsieur Y EN A MARRE de Thiès ». Il va peu à peu réunir les bonnes volontés, conscientiser les gens, mobiliser ceux dont la sensibilité est déjà proche du mouvement, discuter avec les autres, mener des actions sur le terrain, à Thiès et dans sa région, devenant très vite incontournable, intermédiaire constant entre les populations et la mairie de Thiès, le gouverneur, le préfet, toutes les instances politiques, religieuses et administratives de la région.

La plupart d’entre eux connaissent depuis plusieurs années ce jeune entrepreneur sympathique qui a déjà un certain nombre de réussites à son actif. Son diplôme en poche, las de chercher du travail qui ne vient pas et fort de sa devise (« travailler ce n’est pas seulement être un employé, mais aussi être un employeur »), Saliou Ndiaye a en effet fondé à Thiès sa propre entreprise de nettoiement, « Super

Services », avec un pressing et d’autres clients, des banques, des services de la ville, etc., d’abord seul, il a aujourd’hui quatre employés. Mais il est aussi entrepreneur culturel, il a créé en 2007 une association d’artistes (IMPACT) pour la promotion des arts et de la culture à Thiès, et anime depuis 2011 le festival « La nuit des arts », dont il a été l’initiateur et le promoteur, deux activités pour lesquelles il a trouvé divers soutiens auprès de la mairie de Thiès. C’est dire qu’il est connu, comme il le dit lui-même, de toutes les autorités locales, politiques, administratives et religieuses. Que ce soit le maire, le préfet ou le gouverneur de la région de Thiès, ainsi que les marabouts, tous soutiennent et suivent ses activités culturelles.

Depuis août 2013, et avec le soutien d’Oxfam et de son programme pour la bonne gouvernance, Saliou Ndiaye ne cesse de mener des actions concrètes à Thiès. Alors qu’il n’avait aucun lieu pour établir le siège, les bureaux, de l’association, Y EN A MARRE, il convoque les bonnes volontés et, en une journée, ils nettoient l’Agora, grand bâtiment entourant un amphithéâtre, en plein centre de Thiès, à côté de la Mairie, sur l’historique et mythique Place de France. Ce bâtiment avait été donné en
2004 pour servir de lieu de rencontre, à la manière d’un « penc » traditionnel
(arbre à palabres), et peu à peu avait dépéri jusqu’à être totalement saccagé, on en
avait volé les portes, le cuivre des câbles, les chaises des wc…. Et le lieu lui-même, ou ce qu’il en restait, était devenu un repaire pour les fous, les brigands, les drogués, ainsi qu’une sorte de toilette publique à même le sol, en pleine ville, au vu et au su de tous.
Saliou et ses comparses sortent des masses de gravas, de saletés, de préservatifs
usagés, de vieilles bouteilles, de papiers, plastiques et autres ordures.
Peu à peu, ils rénovent le bâtiment, nettoient, grattent, remettent les portes qui avaient été arrachées et volées (la plupart du temps sur leurs fonds propres),
repeignent, remettent des toilettes, en font, en un mot, un lieu où l’on peut à nouveau travailler, un lieu de rencontres, de répétition, de manifestations diverses, et le siège de l’association.
Parallèlement, Saliou Ndiaye et les autres Yenamarristes de Thiès se rendent dans
les quartiers, parlent aux populations, écoutent leurs revendications, en font part
aux autorités, tentent d’aider. Mais ils donnent aussi des consignes aux gens, ils
leur disent que si Thiès est sale c’est parce que les Thiessois sont sales, ce n’est
pas uniquement à cause des autorités.
Aujourd’hui, Saliou, sérieux et dynamique derrière son constant sourire et ses
lunettes d’intello, fait fabriquer, dès qu’il a quelques sous, des énormes poubelles métalliques qui sont ensuite acheminées dans les quartiers, attachées et fermées à clé (les clés sont données à des responsables, dans chaque rue), afin que les gens

puissent enfin jeter correctement leurs ordures, que les rues de la ville soient moins sales.
Il a fait en sorte que la mairie de Thiès nomme une rue de la ville d’après Mamadou
Dia, un grand homme politique, l’un des bâtisseurs de la république du Sénégal.
Il s’est procuré le budget de la ville de Thiès et le dévoile aux citoyens intéressés.
En un mot, Saliou Ndiaye « Obama » illustre parfaitement la nouvelle devise du mouvement, « DOX AK SA GOX », littéralement marcher avec sa collectivité, programme financé par Oxfam pour observer la démocratie et la bonne gouvernance. et qui vise trois volets : la formation, le dialogue, et la participation par le contrôle. Donc les jeunes sont formés sur des outils de gouvernance locale qui leur permettront d’avoir une idée de ce qu’est une collectivité locale, dans un souci de dialogue. Ce dialogue est organisé sous forme de fora, qui regroupent les
élus et des jeunes à travers des échanges. Et ensuite, à partir de ce dialogue, le
troisième axe c’est le contrôle citoyen, a travers un jury populaire dans lequel
l’autorité locale accepte d’être auditionnée sur la gestion de sa collectivité.
Parce qu’ils sont formés, parce qu’ils ont dialogué avec leurs élus, ils peuvent
maintenant participer en contrôlant ce qui se passe, mais aussi en s’investissant, effectivement, pour essayer de voir comment ils peuvent aider leur localité, leur collectivité.
Doox ak sa Goox a aussi installé un site web de monitoring qui permet aux jeunes de témoigner des bonnes actions en cours pour pouvoir les mutualiser, mais aussi de dénoncer les actes qui ne sont pas à encourager. Ca permet à Y EN A MARRE, à travers le programme financé par Oxfam, de mieux se structurer, de s’organiser dans les différentes localités, de suivre les projets en cours, d’avoir au moins un bureau et de faire de chaque siège une maison de la collectivité. (terrou askan bi). Ils sont présents dans tout le pays, avec Oxfam, dans sept régions à travers le
pays.

Le père de Saliou Ndiaye, enseignant engagé, politisé, qui a fait plusieurs fois la prison aux côtés d’Abdoulaye Wade – lorsque celui-ci était un opposant -, doit être fier de son citoyen engagé de fils.

thiesinfohalf

5 Comments

  1. Badou Sow

    Je connais cet hommes pour l’avoir fréquenter ,je peux vous assures qu’il est d’une crédibilité enviable.
    Bonne continuation .

    Reply
  2. Astou fall

    Un parcours exceptionnels ,une philosophie citoyenne a suivre.
    Merci pour tout ce que vous faite pour la jeunesse .

    Reply
  3. le malaisien

    bravo bro,tres fier de toi,tu es devenu un vrai exemple pour toute la jeunesse thiessoise et senegalaise

    Reply

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