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derniers meetings de la campagne des législatives en Tunisie

À trois jours de législatives jugées cruciales pour l’avenir du pays, les deux principaux partis tunisiens, la formation islamiste Ennahda et Nidaa Tounès, tentent de mobiliser les électeurs. Reportage et diaporama.

Un grand auvent, une sono et une centaine de chaises en plastique, le tout éclairé en partie par les phares de trois pick-up… Ce meeting de proximité du parti Ennahda, dans le quartier populaire de la cité El Khadra à Tunis, mercredi 22 octobre, ne paie pas de mine. On est loin des 10 000 personnes mobilisées dans un théâtre en plein air, trois jours plus tôt, dans le sud du pays. Mais c’est bien sur la multiplication de ces petites réunions électorales que compte le mouvement islamiste tunisien pour terminer en tête du scrutin législatif de dimanche.

“On est les seuls à faire campagne sur le terrain ici”, affirme Imed Azali, responsable au sein d’une maison d’édition et militant Ennahda de longue date. “On s’attendait à ce que Nidaa Tounès récupère la machine électorale bien rodée du RCD [Rassemblement constitutionnel démocratique, l’ancien parti du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali, NDLR]… Après trois semaines de campagne, on s’est bien rendu compte que ce n’était pas le cas”.

“Un parti de prêcheurs devenu parti politique”

Sous l’auvent, l’ex-ministre des Transports, Abdelkarim Harouni, harangue sans relâche environ 150 personnes, les femmes assises d’un côté, les hommes de l’autre. Conscient du mécontentement populaire croissant depuis la révolution il y a trois ans, le cadre d’Ennahda revendique des succès cruciaux sur le plan politique, notamment la consolidation de la révolution par la mise en place d’une Constitution et d’institutions consensuelles.

Un argument qui résonne auprès d’un électorat effrayé par le chaos libyen et révulsé par la brutalité de la contre-révolution en Égypte. L’échec des transitions démocratiques dans les autres pays arabes a nourri les discussions au sein même d’Ennahda, explique Imed Azali.

“Le sujet de la religion est désormais clos”, avance l’éditeur, en prenant le contre-pied des critiques du parti islamiste. “C’est vrai que juste après la révolution, Ennahda était un parti de prêcheurs qui voulait modifier la société. Après trois ans au pouvoir, il est devenu un vrai parti politique.”

Le retour des RCD-istes

Ennahda qui descend franchement dans l’arène politique, voilà ce qu’attendaient leurs opposants, à l’image d’Abed Naceur. Ancien membre du RCD et maire pendant 15 ans de la ville de Jammel, au sud de Monastir, il estime que ces trois ans de pouvoir ont suffi à révéler l’incompétence du parti islamiste. C’est pourquoi il a rejoint le parti Nidaa Tounès, le seul à ses yeux capable de battre Ennahda sur le terrain électoral.

Abed Naceur ne boude pas son plaisir, mercredi, en regardant les milliers de jeunes affluant vers la foire internationale de Sousse pour assister au “meeting du Sahel” du leader de Nidaa Tounès, Béji Caid Essebsi. “Avant on rassemblait les militants du RDC pour faire le show, se remémore-t-il. Maintenant ils viennent par conviction personnelle.”

Le notable reconnaît volontiers des atouts au mouvement islamiste qu’il était chargé de réprimer sous l’ère Ben Ali. Mais, selon lui, ni la campagne de terrain d’Ennahda, ni la discipline de ses militants ne pourront le sauver de la colère des électeurs.

Désillusion et volte-face électorale

“Le secret du succès de Nidaa Tounès, c’est l’échec des partis qui ont gouverné après la révolution, affirme Abed Naceur. En 2011, Ennahda a obtenu le vote des gens pauvres, qui croyaient qu’ils obtiendraient directement quelque chose du parti islamiste. Ces gens pauvres, dont beaucoup vivent dans le sud et dans l’ouest, n’ont rien obtenu en trois ans. Ils ne revoteront certainement pas pour Ennahda.”

Lors de ce meeting de Nidaa Tounès, les militants chauffés à blanc communient autour de l’image de Habib Bourguiba. Le fondateur de la Tunisie moderne, président entre 1957 et sa destitution par Ben Ali en 1987, est la figure consensuelle qui permet de fédérer figures de gauche, partisanes de la révolution, et nostalgiques de l’ancien régime.

Abed Naceur, qui ne cache pas son appartenance au second groupe, est convaincu que la Tunisie est prête pour le retour des technocrates les plus compétents de l’ère Ben Ali. Dimanche 26 octobre, il regardera tout particulièrement le taux de participation : “Notre objectif est de mobiliser les gens qui n’avaient pas été voté en 2011, et de ramener vers nous les électeurs qui avaient alors rejeté en bloc tout ceux qui étaient liés à l’ancien régime”.

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