« L’industrialisation est un impératif pour l’émergence …» dixit Ibrahima Macodou Fall

Ibrahima Macodou Fall, industriel, PDG de la NSTS, dans cet entretien, revient sur l’inauguration de la plateforme industrielle internationale de Diamniadio, et parle de la place du secteur textile dans le PSE.

ENTRETIEN

Hier, le Président de la République, a inauguré la plateforme industrielle internationale de Diamniadio. Quels commentaires vous inspire cet événement ?

Cet événement montre que notre pays s’est résolument engagé dans un processus d’industrialisation de son économie. Il traduit une option forte, dans le cadre du Plan Sénégal Emergent qui vise, la transformation structurelle de notre économie. L’industrie demeure un levier important de cette composante essentielle du PSE. La réalisation de plateformes industrielles s’inscrit dans ce cadre et marque cette volonté de l’Etat d’asseoir les bases indispensables pour promouvoir les investissements industriels dans notre espace. Cette inauguration marque une étape importante dans la relance du processus d’industrialisation de notre pays, qui a connu un frein ces dernières années. Il faut s’en réjouir quand on sait que l’activité industrielle offre de grandes opportunités en termes de croissance durable, de création de valeur ajoutée et de lutte contre le chômage.

Quelle est la place de l’industrie textile dans le PSE ?

Il faut d’abord savoir que toutes les grandes institutions internationales qui interviennent et accompagnent nos Etats dans la formulation de leurs politiques économiques les invitent maintenant à promouvoir l’industrialisation dans leurs pays. En effet, la Banque mondiale, l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique (C.E.A), toutes, exhortent nos états à la transformation de leurs économies au moyen d’une stratégie d’industrialisation fondée sur la valorisation des matières premières telles que le coton. Elles encouragent nos états à mettre en œuvre une industrialisation fondée sur les matières premières pour développer leurs économies et éradiquer la pauvreté. Vous comprendrez aisément que la composante du PSE relative à la transformation structurelle de notre économie s’inscrit dans ce cadre, et elle confère au secteur textile un caractère important et stratégique. Non seulement notre pays dispose d’atouts réels pour son développement mais, l’impact des importations de produits textiles sur notre balance des paiements est énorme. La dépense textile de notre pays est supérieure à 300 milliards par an. Il faut nécessairement réduire le déficit de la balance commerciale en développant l’exportation, mais aussi répondre aux besoins du marché intérieur en produits textiles. C’est un gros challenge. Aussi, aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur le fait qu’avec notre statut de producteur de coton disposant d’un potentiel d’accroissement de sa production, notre pays ne peut plus continuer à exporter du coton brut, et non plus, laisser la friperie occuper la place qu’elle occupe dans notre économie. La volonté de réaliser ces ruptures et d’engager un processus de mutation structurelle a été maintes fois affirmée par le chef du Gouvernement M. Mahammad Boun Abdallah Dionne. Développer l’industrie manufacturière, c’est tout le sens qu’il faut donner à la transformation structurelle exigeante de notre économie qui mettra notre pays sur les voies de l’émergence. L’industrialisation est un impératif pour l’émergence, et la place du secteur privé dans ce processus est fondamentale. C’est avec le secteur privé que se construira un secteur industriel dynamique porteur de croissance et d’emplois. La contribution du secteur textile sera très importante pour ce volet du PSE. Dans ce cadre, le Gouvernement travaille à améliorer l’environnement, soutenir les entreprises en difficultés, et attirer l’investissement privé étranger dans le secteur. Les contraintes sont identifiées, le Gouvernement œuvre à les lever pour rendre notre espace plus attractif et compétitif, favorable à la construction d’une industrie forte. La réalisation de la plateforme industrielle de Diamniadio en est une parfaite illustration avec l’installation déjà d’industries spécialisées dans la confection.

Certains reprochent à l ‘Etat de privilégier les investissements étrangers ?

Non, il ne s’agit pas de cela. D’ailleurs, j’ai bien aimé le concept de « Téranga économique » développé par le représentant de l’ONUDI dans son discours lors de l’inauguration en disant que ; « c’est une véritable téranga économique que le Sénégal est en train de mettre en place …». Et le fait que l’ONUDI désigne le Président Macky Sall champion de la 3ième décennie des Nations Unies pour le Développement Industriel de l’Afrique 2016 – 2025, montre que le Sénégal est sur la bonne voie. En effet, l’industrialisation se fera incontestablement avec le développement des investissements directs étrangers. Et pour cela, il faut un environnement attractif, mais la plateforme de Diamnidio est ouverte à tous les investisseurs, qu’ils soient locaux ou étrangers. Les avantages qui y sont accordés, s’appliquent à tous. J’encourage le Gouvernement à poursuivre, voire amplifier cette dynamique engagée avec le PSE. J’ai la conviction que la volonté politique exprimée au plus haut niveau de l’Etat, la réalisation de plateformes industrielles et les récentes découvertes de gaz et de pétrole, permettront d’accélérer ce processus d’industrialisation textile. Avec la capacité qu’aura notre pays à offrir aux industries un prix bas de l’électricité, la mise en œuvre d’une politique volontariste de formation professionnelle et technique dans les métiers du textile, et un environnement favorable induit par les investissements structurants du PSE tels que la plateforme de Diamniadio, le futur port de Ndayane, notre pays peut devenir dans les prochaines années, un grand pays fournisseur de produits textiles, capable d’assurer des emplois productifs à ces milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Ainsi, avec la position géographique de notre pays, les entreprises sénégalaises pourront s’insérer de manière profitable, dans les chaines mondiales d’approvisionnement, et constituer une alternative sérieuse et intéressante pour les acheteurs américains et européens dans leurs stratégies de sourcing textile.

Propos recueillis par SEYE Latyr

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