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ETATS-UNIS – CUBA – DIALOGUE CUBANO-AMERICAIN : L’heure du RENDEZ-VOUS de Washington

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Capitole, Washington, le 26 février 2015. La capitale fédérale américaine accueille ce vendredi une délégation cubaine pour un deuxième cycle de discussions. Ce vendredi 27 février, les Etats-Unis et Cuba tiennent leur deuxième cycle de discussions en vue d’un rétablissement de leurs relations diplomatiques, rompues depuis 1961. Le 17 décembre dernier, les présidents Barack Obama et Raul Castro avaient créé la surprise en annonçant ce rapprochement. Après une première rencontre sur le sol cubain fin janvier, la seconde a lieu cette fois dans la capitale fédérale américaine, et doit aborder les conditions de l’ouverture d’ambassades respectives.

A La Havane, il s’agissait d’un premier contact officiel entre les deux représentantes :Josefina Vidal pour Cuba, directrice chargée des Etats-Unis au ministère cubain des Affaires étrangères, et Roberta Jacobson pour les Etats-Unis, en charge de l’hémisphère occidental au département d’Etat. Une première journée avait été consacrée aux questions migratoires, la seconde au rétablissement des relations diplomatiques.

Cette fois, il s’agira de régler les aspects pratiques et de lever les points de blocage pour permettre l’ouverture d’ambassades respectives. Des points déjà évoqués en janvier par Josefina Vidal : « Il serait difficile d’expliquer qu’il y a eu rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis alors que notre pays reste injustement inscrit sur la liste des Etats soutenant le terrorisme international. Nous avons dit aussi qu’il faudrait que soit résolue la situation bancaire de notre Section d’intérêt à Washington, qui n’a pas accès à ces services depuis près d’un an. »

Retirer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme

Les Etats-Unis ont placé Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme en 1982. Les banques et institutions financières américaines refusent de lui ouvrir des comptes à cause de l’embargo, la Section d’intérêt est entravée dans son fonctionnement. Le retrait de cette liste serait pour La Havane la condition préalable à l’ouverture de l’ambassade américaine à Cuba. Washington, en revanche, ne veut pas lier les deux sujets. Les Etats-Unis, eux, réclament que la liberté de circulation sur l’île soit garantie au personnel diplomatique de la future ambassade américaine à Cuba, et que l’accès des Cubains à leur ambassade ne soit pas entravé. Ils veulent aussi la fin des restrictions sur les valises diplomatiques.

Un des points de blocage reste lié aux questions des droits de l’homme à Cuba, comme l’évoquait fin janvier Roberta Jacobson : « Les droits de l’homme restent bien entendu au centre de notre politique, et il est très important que nous continuions à en parler ouvertement et désormais directement avec le gouvernement cubain. » Cuba reproche aux Américains de se mêler de ses affaires intérieures en finançant des groupes d’opposition.

Les autorités de l’île se disent favorables à un dialogue sur ces questions mais sur un pied d’égalité, en avançant les violations de droits de l’homme par les Etats-Unis et notamment à Guantanamo. De fait, La Havane a obtenu de traiter de la question des droits de l’homme séparément, une date pour une prochaine rencontre à ce sujet devrait être annoncée prochainement. De son côté, Washington veut défendre la liberté d’expression à Cuba et continuer à soutenir les groupes de la société civile et les médias d’opposition.

Un enjeu majeur : la levée de l’embargo

Autre sujet de discorde : l’immigration cubaine aux Etats-Unis, et en particulier la loi d’ajustement cubain de 1966, qui accorde aux immigrés cubains la résidence au bout d’un an et un jour sur le territoire américain. Une facilité que Cuba souhaite voir supprimer. Mais la vraie question de fond, l’enjeu majeure des discussions, c’est la levée de l’embargo américain sur Cuba, dont la décision incombe au Congrès qui y est encore hostile. Si les discussions ce vendredi porteront sur l’ouverture d’ambassades respectives, une véritable normalisation des relations entre les deux pays après 53 années d’hostilités ne pourra commencer qu’à la levée de l’embargo américain sur Cuba. Selon Rafael Hernandez, analyste politique cubain et directeur de la revue Temas, le président Obama peut déjà rendre cet embargo – que les Cubains appellent « blocus » – moins efficace sans attendre la décision finale du Congrès américain.

Rafael Hernandez : « Pour démonter légalement et formellement le mur de l’embargo, il faut une disposition du Congrès puisque c’est une loi. Mais le président peut agir pour faire en sorte que ce mur de l’embargo se remplisse de trous et se transforme en gruyère, qui ne sera plus efficace pour produire les effets escomptés. Donc, au cours des deux prochaines années de son mandat, le président peut faire évoluer ces échanges commerciaux et financiers au point que l’embargo soit à peine efficace. »

Le « double embargo » pesant sur le peuple cubain

Les mesures déjà annoncées par Washington depuis le 17 décembre dernier, comme les exportations et importations de certains produits du secteur privé ou la possibilité pour des entreprises de télécommunication américaines d’investir sur l’île, sont un début. Mais ces gestes sont encore insuffisantes. Si les Américains peuvent dorénavant, à titre individuel, rapporter une centaine de dollars en cigares et rhum aux Etats-Unis, Cuba ne peut toujours pas exporter son rhum ni ses cigares, produits par des entreprises d’Etat, à cause de l’embargo.

La levée de ce dernier est primordiale, comme le souligne Carlos Saladrigas, un entrepreneur américain d’origine cubaine établi à Miami, qui était favorable aux sanctions jusqu’en 2000 et qui a changé de stratégie. Il dirige un groupe de pression de PME – entreprises intéressées dans les investissements potentiels à Cuba – qui demande au Congrès de lever l’embargo sans plus attendre : « En fait, à Cuba, il y a deux embargos. Un embargo imposé par le gouvernement cubain sur son peuple, et un embargo imposé par les Etats-Unis qui isole les Américains de Cuba et vice-versa. Je crois que le mur intérieur est en train de se fissurer petit à petit, mais il est très important d’éliminer ce mur extérieur, cet embargo, car cela faciliterait les changements à Cuba et cela en réduirait le coût. » Cuba réclame pour sa part une compensation pour les pertes économiques endurées depuis 1962, estimées par les autorités cubaines à quelque 100 milliards de dollars. Washington aussi demande à être indemnisée des pertes subies par les expropriations forcées après la révolution cubaine que les Etats-Unis estiment à 7 milliards de dollars.

Reprise des relations diplomatiques : l’espoir à Cuba

Les Cubains espèrent surtout bénéficier rapidement de l’impact économique du rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba. A 25 ans, Dario est jeune diplômé mais un emploi dans le secteur public payé 22 dollars par mois ne lui suffit pas pour vivre. Il préfère promener des touristes dans sa vieille voiture américaine, qu’il a retapée avec un cousin grâce à des transferts d’argent rendus possibles par des membres de sa famille installés à Miami. « C’est une Desoto de 1959, précise-t-il au sujet de sa voiture. Elle était en mauvais état, on l’a retapée comme on pouvait pour emmener les étrangers visiter la ville. Ce n’est pas une grosse affaire mais ça me donne de quoi vivre. J’ai étudié l’électronique et je suis aussi ingénieur industriel, mais je gagne mieux avec le tourisme. Beaucoup de jeunes veulent partir. Ils ne voient pas de futur ici. J’ai beaucoup d’amis dans ce cas, et moi aussi j’y ai pensé, plus maintenant, mais on a tous eu nos moments de difficultés économiques. »

Malgré l’espoir suscité par l’annonce du 17 décembre dernier et ces deux réunions officielles à La Havane en janvier et ce vendredi à Washington, beaucoup craignent que les changements ne prennent du temps et qu’ils ne bénéficient qu’aux plus riches, à ceux qui reçoivent des transferts d’argent des Etats-Unis, et que les inégalités se creusent à Cuba. Ce vendredi, les négociations porteront donc sur l’ouverture d’ambassades respectives. Ce serait un premier symbole fort du rétablissement des relations diplomatiques. Barack Obama souhaitait voir flotter le drapeau américain à Cuba au printemps, avant le sommet des Amériques prévu les 10 et 11 avril à Panama – où il devrait rencontrer son homologue cubain Raul Castro. Mais le délai semble un peu court pour qu’il puisse y parvenir.

 

Source : RFI

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