“Le Sénégal dépense en moyenne 60 milliards F Cfa pour le pélérinage à la mecque… Cette manne pourrait suffire à créer 40.000 emplois par an”. Cheikh Bacar Diagne

D’éminents universitaires et acteurs de la société politique sont dans la réflexion pour trouver un contrat social nouveau à proposer au peuple. Des voies de dégagement par rapport aux tendances qui pèsent lourd sur le vécu quotidien de ce vaillant peuple du Sénégal. Le Sénégal est malade de ses fantasmes, de ses superstitions, de ses manies, bref du segment irrationnel de sa conscience collective et individuelle.. Des solutions citoyennes urgentes doivent être apportées pour transformer radicalement les mentalités, mais ces solutions ne surgiront que dans le dialogue et l’introspection éthique. Dire la vérité est la première condition pour solutionner les problèmes dans tous les domaines, particulièrement dans le domaine social. Pour répondre à la complexité du réel, l’heure a sonné d’opérer une réforme implacable de nos comportements, et ce, malgré les résistances culturelles ou coutumières.

De sources économiques autorisées, le Sénégal dépense en moyenne 60 milliards F Cfa par an pour le convoi de 10.000 pèlerins à la Mecque. Cette manne pourrait suffire à créer 40.000 emplois par an à travers 20 unités de production qui emploieraient chacune 1.000 jeunes au chômage. Il ne s’agit nullement de mettre un harro sur un pilier fondamental de l’islam, mais de revisiter le contenu, les conditions et le sens de cette obligation.

Pour ce qui est du contenu, le pèlerinage est un Ibadaat comme la prière ou le jeûne. Comment comprendre que l’on immole des bœufs ou des ovins pour fêter le retour d’un pèlerin alors que l’on ne sacrifierait pas un seul coq pour quelqu’un qui a accompli la prière du Tisbar. Cela procède de notre irrationnel. Quant à la condition de pèlerinage, il est obligatoire qu’une seule fois et seulement pour celui qui en a les moyens durables :  c’est à dire celui qui n’a pas de dettes, qui n’a pas d’enfants dans la détresse sociale, et que lui-même, une fois revenu de la Mecque, ne soit pas dans la nécessité de trouver les moyens requis pour convoyer son fils dans l’émigration. Pour ce qui est du sens, le moment central du Hadj, c’est la grande rencontre de Arafat, symbole concret de la nécessité du dialogue intégral que les hommes doivent entreprendre ici et maintenant pour trouver les solutions aux maux qui les assaillent. Le Saint Coran nous avertit que Dieu ne descendra pas sur terre pour conjurer la flambée des prix ou les inondations hivernales : l’émancipation sociale d’un peuple n’est pas l’œuvre de Dieu, mais celle de ce peuple lui-même “Inna Laha la youkbayirore ma bikraromi hatta youkhayarar ma bi anfousihim” La crise sociale actuelle du Sénégal procède d’abord et avant tout de l’irrationnel dans sa population. De surcroît dans un contexte de crise économique mondiale qui, de par sa brutalité, provoque des effets de panique et d’égarement, les citoyens sont tentés de recourir à la superstition, l’ésotérisme et acceptent de croire aux baguette magiques. Et l’on constate amèrement que l’actuelle rationalité capitaliste, méprisante pour les peuples, favorise la montée de l’irrationalisme social.

Nous l’avons dit, ce n’est pas la crise du politique et de l’économique qui a soulevé la vague gigantesque de folie excentrique et de brutalité hypocrite qui submerge le Sénégal. Le sénégalais est la victime et le produit des impressions désordonnées et confuses mais en même temps excitantes et grisantes qui l’assaillent. Le vacarme des gains faciles, la rumeur des “khawarés”, l’importance et la rémunération qu’on donne aux “stars” qui attirent les foules, les réunions de luttes dotées de cachets fabuleux etc.. Voilà l’espèce d’impression qui caractérise notre époque, en même temps que le dépérissement des valeurs salutaires telles que culture, esprit, solidarité. Bien des choses que la sénégalité du siècle précèdent n’aurait pas admises sont devenues possibles, et se sont faufilées dans les mœurs, à la faveur du tintamarre de foire de nos jours : le folklore religieux et ses aberrations sont en fleur; elles fascinent les masses et donnent le son à l’époque. Les hommes cultivés sont les complices de ces déviations et, au lieu de condamner ces oripeaux, ils proclament mystiquement que ce sont des manifestations de vénérables sentiments populaires. Le griotisme religieux est devenu une nouvelle tare qui a gangréné notre société, et tous les érudits du pays sont interpelés pour faire face et refonder une nouvelle citoyenneté plus civilisée. Ce qui relève pas de l’action des institutions ou de groupes spécialisés, mais d’un acte de foi, un contrat avec soi-même ajusté à un pacte national de solidarité pour le bien de tous et de chacun.

Cheikh Bacar DIAGNE

2 Commentaires

  1. Très bien résumé. Seul le peuple sénégalais peut prendre conscience de ce qui l’empêche d’avancer et réagir. Mais il faut faire vite. Le touriste est déjà parti et c’est dommage

  2. Les senegalais peuvent se bousculer à Touba ou Tivaouane et essayer de construire leur pays. Le roi Saoudien : « Pour des africains, mourir loin d’Ebola et le ventre plein est une bénédiction ». Dommage qu’en Afrique qu’on écoute pas les sages.

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