IL Y A 36 ANS, MAMADOU DIA BATTAIT CAMPAGNE POUR LE COMPTE DES ÉLECTIONS DE FÉVRIER 1983

Il y a 36 ans, en février 1983, Mamadou Dia, président du premier conseil de gouvernement du Sénégal, participait comme candidat aux élections présidentielle et législatives nées de l’ouverture démocratique dite intégrale mise en œuvre par le président Abdou Diouf, qui a succédé en 1981 au père de l’indépendance du Sénégal, Léopold Sédar Senghor.
Sous le règne de ce dernier, une révision constitutionnelle avait instauré, le 6 avril 1976, un multipartisme limité au Sénégal, consécutif à une période de parti unique depuis l’indépendance.  Cette réforme constitutionnelle, connue sous l’appellation de “loi des trois courants’’, stipulait que les trois partis politiques autorisés par la Constitution doivent représenter respectivement les courants de pensée suivants, à savoir libéral et démocratique, socialiste et démocratique, communiste ou marxiste-léniniste. Mamadou Dia, élargi de prison en 1974, soit 12 ans après la crise politique l’ayant opposé à Léopold Sédar Senghor, dont il était le binôme politique à l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale avant la rupture entre les deux hommes, a ainsi participé aux premières élections présidentielle et législatives de l’ouverture démocratique intégrale sous Abdou Diouf. Au cours de ces élections, le “Grand Mawdo’’, comme on l’appelait affectueusement, “en homme de convictions (…) est resté droit dans ses bottes en réitérant ses idées d’un socialisme autogestionnaire où les producteurs auront leur mot à dire”, a rappelé Abdoul Malick Ba, le secrétaire permanent du MSU (Mouvement pour le socialisme et de l’unité), dans un entretien avec l’APS. “Au sujet de ses idées, il n’a jamais varié d’un iota, il est convaincu que c’était la voie pour le développement de notre pays, et ces élections étaient l’occasion de les expliquer et de les mettre à la disposition de ses concitoyens”, a ajouté le responsable trouvé dans une salle faisant office de siège pour le MSU. Dans sa profession de foi, le premier président du conseil duSénégal (chef du gouvernement) de 1958 à 1962, rappelait à qui voulait l’entendre que sa candidature n’était “pas celle d’un nostalgique du pouvoir”. “Le pouvoir n’a jamais exercé sur nous un attrait tyrannique”, avait-il notamment écrit, ajoutant que sa décision de briguer la magistrature suprême était encore moins “une candidature de revanche’’ sur Senghor. Mamadou Dia, rappelé à Dieu le 25 janvier 2009, estimait que “les faits ont hélas, pris leur revanche”, en allusion à la crise politique de décembre 1962 ayant opposé lui et quatre ministres de son gouvernement, au président Léopold Sédar Senghor.  Mamadou Dia avait été accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat et avait été incarcéré de décembre 1962 en mars 1974, en isolement à Kédougou (sud-est). Cette crise marquait la fin du régime parlementaire bicéphale, instauré depuis la création de la Fédération du Mali et le début d’un régime présidentiel dans lequel l’Union progressiste sénégalaise (UPS), le parti de Senghor, deviendra parti unique jusqu’en 1976. “Notre candidature n’est pas une candidature de témoignage ou de justification. Témoignage ? Le peuple témoignera. Justification ? Nous n’avons pas à nous justifier : l’Histoire jugera. Que dis-je, l’Histoire a déjà jugé. Sur pièces. Ce sont 20 ans d’échec, un bilan de 20 ans de misère sociale”, disait le président Dia du régime alors en place. En lieu et place de ce socialisme à la Senghor, il promettait “un socialisme authentique, autogestionnaire où les populations auront leur mot à dire dans les politiques de développement, où l’ouvrier ne sera pas seulement une force de travail mais un actionnaire ayant son mot à dire”, a souligné le secrétaire permanent du MSU, économiste à la retraite qui fut candidat en 1983 sur les listes du MSU dans le département d’Oussouye (sud du pays). Selon Abdoul Malick Bâ, Mamadou Dia mettait déjà en garde en 1983 contre “les politiques néfastes du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale et évoquait ses méfaits” sur l’école, la santé publique et l’économie locale. “Il n’était pas contre les privatisations mais penser qu’on devait privatiser les entreprises au profit du privé national”, a indiqué M. Ba, soulignant que le ’’Grand Maodo’’, s’il était “fondamentalement nationaliste”, savait qu’”aucun pays ne pouvait vivre en vase clos”. Aussi sur le plan économique que social, “ses idées ont toujours droit de cité”, estime le cadre permanent du MSU, rappelant que sur le plan éducatif et culturel, Mamadou Dia préconisait entre autres “l’institution des foyers-daraas, cellules de formation religieuse et islamique à niveaux et cycles multiples”. “Mamadou Dia n’a jamais caché son ancrage dans sa religion et disait que l’islam au Sénégal est un fait de société et non quelque chose d’importé”, ajoute Abdoul Malick Ba. “Cela a valu l’exclusion du MDP (Mouvement démocratique populaire) de l’Internationale ouvrière parce que Dia avait condamné la publication des Versets sataniques de l’auteur britannique d’origine indienne Salman Rushdie”, a rappelé le dirigeant politique, selon qui son partenaire de la LCT (Ligue communiste des travailleurs) a quitté le mouvement politique par la même occasion. Cela a donné lieu à la création du MSU en 1994 sur les cendres du MDP, a fait valoir Abdoul Malick Bâ, assurant que malgré tout, le ’’Grand Mawdo’’ a “toujours mis en avant le facteur unité’’ et professé cela entre 1999 et 2000, ce qui a, note-t-il, permis “le grand rassemblement” de la gauche derrière Me Abdoulaye Wade, à l’origine de la première alternance politique de 2000. S’il reconnaît avoir des craintes pour la survie du MSU qui ne vit que sur l’aura de Mamadou Dia, Abdoul Malick Ba se dit fier de voir la pensée de Mamadou Dia survivre à travers certains leaders politiques comme l’ancien chef de l’Etat burkinabè Thomas Sankara. “Roland Colin, son directeur de cabinet, disait avoir offert au président Sankara des réflexions de Dia sur les coopératives agricoles et les politiques publiques”, a signalé M. Bâ.

Source : APS

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