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Le «baron» de la drogue à Thiès, Mathurin, écope de 15 ans de travaux forcés, son neveu, 10 ans

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Ils ne sont pas encore sortis de l’auberge. Le «baron» de la drogue à Thiès, Mathurin Aliou Diabang a écopé de 15 ans de travaux forcés. Son neveu qui devait lui livrer 11 kilogrammes de chanvre indien a pris, lui, 10 ans.

Dans la vie, il y a des actes que l’on regrette durant toute une vie, des décisions que l’on n’aurait pas dû prendre et des actions que jamais l’idée d’épouser n’auraient effleuré un esprit sensé. Seulement, parfois, l’esprit violé par on ne sait quelle pénétration, agit sans réfléchir. Du coup, des gens, sans penser aux conséquences de leurs actes, entraînent leur famille dans un pétrin aussi profond qu’un puits. Mathurin Aliou Diabang serait de cette espèce qui se fourre souvent dans des problèmes dont la solution reste inconnue. A 44 ans, il a, après un passé pénal chargé, allongé la liste de ses bisbilles avec dame justice. Trafiquant de drogue attitré, ce «baron de la drogue à Thiès, comme le dit l’avocat général Ibrahima Bakhoum» a encore commis une faute qui le maintient en prison depuis 6 longues années. Après deux coups qui lui ont valu des détentions de 2 ans et 3 ans de prison ferme, l’homme marié et père de huit enfants a encore touché au feu ardent de la mafia de drogue. «En 1996, j’avais arrêté la vente de chanvre indien, mais avec les difficultés de la vie, j’ai repris mes activités anciennes», dit-il au président de la Cour. En reprenant les commandes de ses activités illicites, Mathurin a entraîné son neveu Abdou Diatta dans la galère. Pour lui avoir demandé de livrer un sac contenant 11 kilogrammes de chanvre indien à un nommé Ernest, il a fait connaître au jeune, jadis âgé de 21 ans, les affres de la prison. Incarcéré depuis 2009 avec son oncle, Abdou Diatta a, hier jeudi, juré n’avoir jamais su que le sac contenait de la drogue. Mais la Cour qui pense que le jeune homme, handicapé d’un pied et qui marche avec des béquilles n’est pas innocent, l’a condamné à 10 ans de travaux forcés. Quant à l’oncle trafiquant, il a pris 15 ans de travaux forcés.

A 21 ans, Abdou Diatta, handicapé d’un pied, est arrêté avec 11 kilogrammes de chanvre indien

Pour mieux comprendre cette histoire dont la finalité a attiré la sensibilité de certains avec la peine inculquée au jeune Abdou Diatta, il faut remonter au 23 février 2009. Ce jour-là, lors d’une opération de sécurisation des personnes et des biens, les éléments du Poste de police de Diamaguène-Sicap Mbao ont interpellé Abdou Diatta qui était en possession d’un sac de voyage contenant onze (11) kilogrammes de chanvre indien. Ce dernier a, selon les policiers-enquêteurs, déclaré qu’il convoie la drogue pour le compte de son oncle, Mathurin Aliou Diabang, demeurant à Thiès. La descente au domicile de ce dernier permettait de découvrir 106 kilogrammes de chanvre indien conditionnés en briques d’un kilogramme et contenus dans deux gros sacs. Devant les policiers-enquêteurs, les mis en cause sont, selon l’enquête, passés aux aveux. Les policiers mentionnent aussi qu’Abdou Diatta a dit connaître le contenu du sac. A la barre, Abdou Diatta dit autre: «Je ne savais pas que c’était de la drogue et mon oncle aussi ne m’a pas dit ce que je transportais.» Une déclaration confortée par l’oncle qui dit : «Je ne lui ai pas dit ce qu’il y avait dans le sac.» Mais pour l’avocat général, Ibrahima Bakhoum : «La loi de l’Omerta caractérise le milieu de la drogue. Il est presque illicite de voir un accusé livrer à la Cour des éléments sur le destinataire. C’est ce qui se passe avec Abdou Diatta qui dit ne pas savoir que le sac détenait 11 kilogrammes de chanvre indien. Il dit : Je ne connais pas Ernest, mon oncle lui avait donné mon signalement. Je ne connais pas son numéro de téléphone ni son nom.» Mais, poursuit Bakhoum : «C’est comme ça que ça se passe. La livraison se fait dans l’anonymat. On ne donne pas le signalement du destinataire, pas son nom et pas son  numéro de téléphone. Comme un robot, on se rend au lieu indiqué.»

«Mathurin a voulu épargner sa femme qui était au courant de ses activités illicites, épargner son fils pour exposer son neveu»

A l’intention de Diatta qui, pour lui, a collaboré, il a requis 5 ans de prison ferme. «A l’enquête préliminaire, il a dit, en dépit de leur pression, je refusais de fournir aux enquêteurs des éléments quant à la provenance de la drogue. Ils me firent descendre de la voiture et c’est après que j’ai donné ma collaboration en leur disant que la drogue appartient à mon oncle demeurant à Thiès. C’étaient des déclarations circonstanciées», rappelle l’avocat général. S’agissant de Mathurin Aliou Diabang qui, selon lui, est un multirécidiviste, il lâche: «Interpellé sur la question de savoir s’il est un habitué du prétoire, il a dit non. Relancé, il a dit oui. Il a été emprisonné à deux reprises, mais il n’a pas arrêté. Ce que je regrette, c’est qu’il a un enfant qui est l’aîné de Abou Diatta, il a voulu épargner sa femme qui était au courant de ses activités illicites, épargner son fils pour exposer son neveu. Il regroupe tous les circonstances aggravantes. La récidivité est caractérisée. L’article 112 ne permet pas à la Cour de lui appliquer des circonstances atténuantes. Et le maximum de la peine criminelle est de 20 ans ? Donc je requiers, comme le dit la loi, le double de la peine : 40 ans. Ça ne sera que justice. Duralex Stelex.»

Abdou Diatta, «le malheureux de l’histoire», Mathurin, père et oncle irresponsable ?

Me Moussa Sarr, avocat de Abou Diatta dira : «Le législateur dit qu’il n’y a ni délit ni crime s’il n’y a pas l’intention. Abou Diatta a très respectueusement accepté de remettre ce sac au nommé Ernest face à la demande de son père. Devant le magistrat-instructeur, il dit ne s’être jamais rappelé avoir dit au magistrat qu’il savait le contenu du sac. Je lui ai dit : Est-ce que cette drogue avait une odeur pour savoir si c’est un produit illicite ou pas. Il vous a dit non. Il vous a même dit que le sac, il l’avait posé sur ses pieds, lorsqu’il était dans le car rapide. C’est un homme naïf. Il est le malheureux de l’histoire.» Plaidant l’acquittement à titre principal, il va, à titre subsidiaire, demander : «Si vous croyez en sa culpabilité, condamner à une peine correctionnelle.» Mais la Cour va retenir le crime. Me Cheikh Tidiane Ndao, avocat de Mathurin plaidera dans le sens des tableaux : «On n’est ni sur le tableau 1 ni sur le tableau 2. On est au tableau 3 et le maximum de la peine est de 10 ans. Est-ce qu’il est nécessaire de garder cette personne pendant 40 ans ? Je dis non. Il a une épouse qui n’a même pas de quoi s’acheter le billet de Thiès-Dakar. Il a huit enfants.» Finalement, la Cour a condamné le trafiquant à 15 ans de travaux forcés. Du coup, le peintre et son neveu restent en prison.

 

 

source l’obs

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