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LA LECON MAGISTRALE : Après Blaise, à qui le tour ? Cheikh Bacar Diagne

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La révolution dit-on, est une mauvaise herber qui ne pousse que sur les ruines. Le peuple du Burkina Faso a, le 30 octobre, justifié la pertinence de cette équation. Après trente (30) années d’exercice sans partage du pouvoir, Blaise Comparé, le tombeur de Thomas Sankara l’enfant prodige de l’Afrique, a fini par céder inexorablement au ras-le-bol populaire.

Les troubles et émeutes qui se sont produits à Ouagadougou, à la suite du projet de vote d’une loi qui devait prolonger la dictature de Comparé, ont contraint ce dernier à quitter enfin le pouvoir et s’enfuir en Côte d’Ivoire. Une loi qui, au demeurant, était en violation des mécanismes de la Cedeao et de l’Union africaine : le système d’alerte précoce et le Conseil des sages. Le scénario était quasi prévisible et à certains membres du directoire de l’Aps/Mission 313 réuni pour analyser la situation, j’avais confié que le tyran déchu irait se réfugier en Côte d’Ivoire, ultime étape vers la France. La suite immédiate des évènements me donne raison.

L’insuccès en politique comme en affaire, est un marteau qui écrase les faibles et forge les forts. Suite à plusieurs années de révoltes sans succès contre le règne de Compaoré et ses proches, le peuple burkinabé qui n’a pas désemparé, a trouvé assez de ressources, de persévérance et d’organisation pour en finir avec son bourreau. La répartition générale des actions qui s’est déroulée à Dakar le 23 juin 2011 contre une loi impopulaire, a permis à la société civile et aux jeunes burkinabés de rendre possible la victoire de la révolution du 30 octobre. Victoire d’un peuple déterminé, momentanément confisqué par une junte militaire désunie, mais désireuse de dérouler sa feuille de route.

Face à elle, les forces vives du pays, en écho à la voix du peuple, se réunissent pour trouver un schéma de transition conforme à la Constitution. Après plusieurs décennies de luttes, c’est l’Afrique qui revient donc à son berceau. Une page de l’histoire de la Françafrique venait d’être tournée à Ouagadougou ce 30 octobre, réhabilitant Nobert Zongo et tant d’autres martyrs. La jeunesse africaine, porteuse, par son sursaut citoyens des intérêts historiques de tout le continent, est l’instrument politique de la lutte pour l’émancipation et la souveraineté de nos nations.

Aujourd’hui, les partis politiques et organisations indépendants du diktat impérialiste, ont la tâche de définir les médiations tactiques qui, en fonction des rapports de forces des niveaux de conscience, vont permettre d’avancer vers l’unité du mouvement. Pour sa part, la France des politiques de domination, doit se résoudre à la nécessité historique, et comprendre que la jeunesse africaine debout, a sonné le glas du néocolonialisme. Il appartient aux dirigeants politiques et décideurs africains de prolonger cette richesse dans la proclamation explicite de l’Etat fédéral africain…

Il convient de saluer ici le regain de fierté de l’Union africaine, notamment la commission conseil, paix et sécurité, qui, à travers une mission confiée au togolais Eden Kadio, a donné à la junte un ultimatum de 15 jours pour trouver une issue constitutionnelle. Sur ses pas, la commission des chefs d’Etat présidé par Macky Sall est en déphasage total avec l’esprit de l’insurrection d’octobre, car soupçonnée par le peuple de connivence avec des intérêts étrangers.

Le Président du Sénégal gagnerait beaucoup à soigner son image de potentiel leader africain crédible en s’émancipant de toute entrave susceptible d’aller à contre courant des aspirations de la jeunesse africaine. Son âge et ses convictions le prédisposent à ouvrir de nouvelles perspectives dans notre sous-région, de comprendre qu’il ne suffit plus d’être réactif, d’être actif et d’avancer dans la vie des intérêts majeurs du continent. Et ce, en rupture avec les politiques de deux générations des « pères fondateurs » qui avaient dévoyé l’Afrique dans la Françafrique.

Je ne terminerai pas sans dire un mot au dictateur décidu. Au liquidateur de la révolution Sankariste que la France a vite fait d’appareiller en hut diplomatique pour mettre la sous-région au pas de la Francafrique. Je lui dis qu’un chef d’Etat digne de cette qualification devrait répugner à s’enfuir avec les siens et abandonner derrière lui une armée de collaborateurs fidèles qui ont rendu possible son régime. La perspective, la seule qui vaille, est la construction d’une Afrique politiquement unie sur la base d’une fédération. Mais la question à l’ordre du jour : après Blaise, à qui le tour ?

 

Cheikh Bacar DIAGNE

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