octobre 23, 2017

BBY THIES

LES MÉDICAMENTS DE LA RUE : A qui profite le MAL ?

LES MÉDICAMENTS DE LA RUE : A qui profite le MAL ?

Le médicament occupe une place centrale dans les services de santé en Afrique et dans l’action humanitaire internationale en direction du continent. Plusieurs facteurs expliquent la position privilégiée qui lui a été attribuée dans le continent. D’abord par  les médicaments génériques qui offrent une réponse simple et d’un rapport coût – efficacité, aux problèmes de santé publique. Ensuite, en l’absence d’autres facteurs de production de soins de santé, tels que les équipements, les technologies, les médecins et spécialistes, les hôpitaux, les médicaments (lorsqu’ils sont disponibles), représentent le recours le plus accessible pour la majorité des  populations.

 En bordure des routes, les gares routières, sur les étales des marchés, au coin des rues, sur la tête de vendeurs ambulants, parcourant les maisons des quartiers, les médicaments sont vendus, sans notice, dans des boîtes quelconques, parfois sans emballage, exposés à la poussière, illicites, contrefaits, sans date de péremption, manipulés par des individus n’ayant aucune compétence requise. L’on peut affirmer sans hésiter, que le commerce qui s’est très confortablement installé dans la capitale, tend à se généraliser sur toute l’étendue du territoire national. Il y a des trafiquants tapis dans l’ombre qui font rentrer ces faux médicaments en gros sur les marchés d’Afrique. Et malgré la bataille désespérément menée par les pharmaciens contre la vente de ces médicaments d’origine douteuse, le phénomène persiste. L’Etat doit sévir.

DEBROUILLARDS EN QUÊTE DE SURVIE 

Avec eux, le patient se procure les traitements à moindre coût. Ces vendeurs de médicaments à la sauvette, jeunes et personnes âgées qui, le plus souvent, n’ont suivi la moindre formation médicale. La crise mondiale en bandoulière, ils se transforment en débrouillards en quête de survie. Et à la question de savoir s’ils connaissent bien l’activité qu’ils exercent, tous répondent par : « bien sûr, nous sommes très conscients de notre activité, nous savons ce que nous vendons et ce que nous donnons aux malades n’est pas du faux. Nous prenons toujours le soin de vérifier la date de péremption avant de vendre le médicament, car nous sommes conscients des risques. Nous conservons bien nos produits ».

DES CIRCUITS OCCULTES 

 Comment s’approvisionnent-t-ils ? Difficile d’obtenir une réponse. Les sources d’approvisionnement sont nombreuses. « les pharmaciens sont contre nous, parce que nos produits sont moins chers… Nous écoutons bien le malade, ou alors nous voyons ce qu’on lui a prescrit avant de lui venir en aide. Et bien des gens sont revenus nous dire qu’ils ont été guéris »nous confient-ils. Vendeurs et consommateurs rencontrés ne tarissent pas d’éloges sur ces médicaments sans prescription d’un médecin assermenté. « Curieusement, ils ont le don de soulager, on ne sait par quelle magie », s’étonne une dame, la quarantaine, venue accompagner quelqu’un ayant tout l’air d’un habitué.

 DE MAL EN PIS 

 Malgré les efforts déployés pour déconseiller l’utilisation de ces médicaments, autorités, médecins, pharmaciens et autres associations n’arrivent toujours pas à freiner le phénomène. La population est consciente du danger qu’ils représentent, mais ne dispose pas hélas de moyens pour se procurer les médicaments en pharmacie. Les pharmaciens essayent de trouver une solution pour endiguer ce fléau. « Nos prix sont élevés certes, mais nous garantissons la qualité et le conditionnement : les médicaments sont en sécurité chez nous. Les gens nous accusent de ne pas accepter de jouer le jeu de la concurrence. C’est vrai, mais c’est leur vie qui est en danger. Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’il se trouve que chaque jour, au moins dix (10) personnes viennent en consultation pour insuffisance rénale, dont une, au moins, en meurt quotidiennement. Ces insuffisances sont dues probablement à la prise de médicaments vendus sur les marchés et autres endroits cités plus haut. Le nombre de malades augmente chaque jour. », réplique ce pharmacien.

L’ETAT DOIT TOUJOURS SÉVIR, RIEN QUE POUR CE MAL QUI PERDURE : UN MEDICAMENT EST UN POISON 

Les intoxications médicamenteuses peuvent conduire à des insuffisances rénales et hépatiques et à des chocs imprévisibles (crises cardiaques, collapsus, etc ;..). Ces chiffres sous évalués, ne prennent pas en compte les décès survenus dans les hôpitaux et autres centres de soins de l’intérieur du pays. Ils sont donc suffisamment inquiétants pour alerter les autorités qui doivent prendre et sans attendre davantage, des mesures radicales pour enrayer définitivement ce trafic illicite de médicaments. Il est à reconnaître qu’à plusieurs reprises, l’Etat, de par ses éléments que sont la Gendarmerie et les Douanes, a procédé à des saisies d’importantes quantités de ces produits prohibés. Des opérations ayant causé des remous au sein des populations et vendeurs. Mais cette pieuvre est toujours là, déployant avec aisance ses tentacules. Donc il est temps, comme l’ont tantôt réclamé les pharmaciens, d’introduire dans les plus bref délais, un projet de loi alourdissant les sanctions infligés aux acteurs du marché illicite de médicaments. Le Ministère de la Santé et autres responsables sanitaires ne cessent de sensibiliser les populations sur les dangers des médicaments en général, et ceux qualifiés d’illicites en particulier.  Un médicament sous dosé entraîne une résistance des germes et fragilise l’organisme pour la vie. Un médicament mal conservé devient toxique, tandis que celui bien dosé est toujours efficace, lorsqu’il est bien prescrit, bien pris et bien conservé. Il faut savoir que le médicament effectue un circuit dans l’organisme humain et peut être responsable de nombreux ravage et dégâts, s’il est mal maîtrisé. L’une des conséquences les plus graves de l’intoxication chronique est l’insuffisance rénale.

PRESSION SUR LES VENTES 

Certaines frontières sont réputées être des « passoires » pour toutes sortes de marchandises prohibées. Des commerçants importent même des conteneurs renfermant à la fois, les marchandises objet de leurs commandes, et des médicaments.  L’autre problème est qu’il n’existe presque pas de pharmacies dans les villages et autres localités très reculées. Les médicaments vendus en pharmacie coûtent excessivement chers et certains marchés dits hebdomadaires (loumas) résolvent la plupart des cas. Egalement l’absence de laboratoire de contrôle de qualité des médicaments, renforce la méconnaissance et la méfiance des populations et surtout de certains agents de santé vis-à-vis des médicaments génériques. Le plus inquiétant et il faut oser le dire, c’est la participation active de certains agents du corps médical et pharmaciens à la vente illicite des médicaments ou d’échantillons. Ces agents vendeurs, qui n’hésitent pas à proposer ou même imposer aux patients, sont légion. « vous résistez à l’achat d’une seringue ou d’un médicament qu’on vous propose et vous êtes négligée… », confie une femme avec une grossesse presque à terme.

 UNE AFFAIRE DE GROS SOUS 

 La cherté de la vie aidant, quand la campagne se met aux décoctions de feuilles et de racines pour se soigner, les grandes agglomérations s’en remettent au marché noir des produits pharmaceutiques. En zone urbaine, la domination des imposteurs est nette. Une domination prenant de plus en plus une ampleur inquiétante. C’est devenu une véritable activité commerciale, juteuse, entretenue par des réseaux de vendeurs couvrant la majeure partie des territoires africains, des réseaux de contrefaçons et de trafics transfrontaliers.  Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (Oms), la contrefaçon constitue la deuxième source de revenus du crime organisé derrière les drogues. D’où la nécessité de combattre énergiquement le fléau qu’est la contrefaçon. Elle représente à elle seule 10 % de l’ensemble des médicaments produits dans le monde, soit environ 45 milliards d’Euros.

 LES FAUX MÉDICAMENTS : POURQUOI LES ACHÈTE-T-ON ? QUELS SONT LES RISQUES ENCOURUS ?

   Ce ne sont rien d’autre que des copies de médicaments connus, qui ne sont pas conformes : absence de principe actif, mauvais dosage, excipients de mauvaise qualité empêchant une bonne « biodisponibilité », emballage non conformes entraînant une mauvaise conservation, etc. Et dans leur composition, le principe actif n’est pas forcément celui qui est décrit, ni en qualité, ni en quantité. Il est souvent remplacé par des stupéfiants, parfois par des principes dangereux à l’utilisation non contrôlée. Parfois même, il n’y a pas du tout de principe actif. Des emballages de vrais médicaments sont utilisés pour le conditionnement de faux. Parfois des dons étrangers, faits à des associations à but non lucratif, se retrouvent dans la rue dans des conditions de stockage et de conservation qui les rendent dangereux. La banalisation du médicament est un phénomène très angoissant : des faux antibiotiques, des médicaments antipaludiques sont dans la rue ; l’on assiste à des résistances de traitement contre le paludisme et les maladies infectieuses. Les gens ne savent pas qu’il s’agit de faux médicaments ou de copies non conformes. Ils achètent un médicament sans comprendre tout ce que cela représente en termes de recherche pour la mise au point. Le niveau de risque est cependant variable. Il est moindre quand le médicament est inefficace ou sous dosé, donc peu efficace. Il est moyen quand il y a erreur thérapeutique, lorsque ce n’est pas le médicament indiqué. Il est élevé, quand on n’est pas soigné et que le mal empire, quand le médicament est surdosé et peut dans ce cas, avoir des effets secondaires graves, qu’il est dégradé par des produits toxiques, qu’il est un faux réellement dangereux. Les risques encourus sont des nausées, vomissements, intoxications avec atteintes rénales, cardiaques, neurologiques, etc. Un faux médicament sous ou surdosé, est dangereux du fait que, dans un premier temps, on n’a pas la dose nécessaire. Certains principes actifs mal utilisés peuvent créer des problèmes de toxicité au niveau rénal, hépatique et d’autres organes vitaux. L’utilisation des stupéfiants entraîne une toxicomanie et contribue à aggraver la délinquance et le grand banditisme. On sait que ces faux médicaments sont utilisés pour écouler les stupéfiants. De plus, ce phénomène aggrave l’automédication.

UN SECTEUR A SAUVER 

 Le constat est là. Dans un pays où la tendance inflationniste est vive, malgré les efforts déployés par l’Etat, le choix entre le marché noir et l’informel est vite fait. Face à cet argument qui ne profite qu’à la mafia, tout a fini par déborder. Nul ne doit considérer le combat comme perdu, tant la longueur prise par l’informel est considérable. Ce combat ne doit pas être mené seul. Car il faut également créer les conditions tendant à faire revenir les acheteurs, par la collaboration franche du ministère de la Santé ainsi que les autres comme ceux de l’Intérieur, des Armés…. Egalement celle des acteurs principaux que sont les pharmaciens et autres délégués médicaux : croire à la dimension sociale des génériques. Mettre les forces en synergie pour sensibiliser davantage les populations en portant les messages jusqu’aux coins les plus reculés du pays, les marchés hebdomadaires (loumas). Face aux dangers de ces faux médicaments, il faut s’attendre de la part des autorités politiques et administratives, la nécessité de réprimer pour protéger la santé des populations. Car il faut le souligner, il s’agit principalement, d’une perte de recettes pour les pharmacies et pour l’Etat et, plus globalement, une perte de crédibilité de la profession.

Nous disons tant mieux pour le Sénégal qui, depuis  2009, s’est résolument lancé dans la lutte contre ce fléau en prenant plusieurs mesures. Notamment une surveillance rapprochée de certains milieux très connus dans la pratique de la vente de ces produits. Mieux,  le conseil des Ministres du Mercredi 14 octobre 2009, avait sorti un communiqué rendu public que nous vous livrons : « L’accès aux médicaments et le renforcement des structures de soin sont des enjeux majeurs de notre politique de santé publique. Or, la contrefaçon se développe de façon inquiétante dans nos pays, menaçant ainsi la santé et la vie des citoyens. Le président de la République a ainsi demandé aux ministres concernés de prendre toutes les dispositions nécessaires pour lutter contre ce fléau en interdisant toute vente de médicaments dans la rue ». fin du communiqué.

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