Monsieur Talla SYLLA, Maire de la Ville de Thiès au Green Africa Growth Forum, Kigali, Rwanda.

La Maison et l’Habitant Kigali accueille l’Afrique au chevet de la terre. Cette terre, qu’au siècle dernier nous avons joliment baptisé village planétaire, et qui, aujourd’hui, se révèle à nous comme une maison commune.

Une vieille maison dont nous sommes, tous, l’habitant. Bien évidemment, Kigali accueille à suffisance les décideurs du monde, des politiques, des financiers, des savants qui sauront penser le seul mal dont souffre la terre et panser ses mille maux. Je voudrais, à l’aune dérisoire du Maire d’une petite ville d’Afrique, Thiès, adresser depuis cette tribune quelques mots aux enfants de mon pays, aux enfants de mon continent, aux enfants de la Maison, car c’est la conscience de nos responsabilités envers eux qui nous rassemble aussi. Nous parlons aujourd’hui de dérèglement climatique ou de réchauffement climatique, d’émission de gaz à effet de serre ou de perforation de la couche d’ozone, autant de termes complexes, mais précis, qui traduisent les changements climatiques que nous constatons et que nous vivons.

Chez nous, au Sénégal, vous avez remarqué que la saison des pluies s’installe plus tardivement, que les inondations sont plus fréquentes, que les chaleurs sont plus fortes, que la mer « confisque » les maisons des pécheurs, que le poisson est de plus en plus rare, qu’il y a moins de forêts… Même si les principales causes de ces changements climatiques sont connues, il est difficile de trouver des exemples de chez nous qui permettent de les illustrer. Nous pouvons quand même donner l’exemple de la pollution générée par les fumées des moteurs ou encore les sachets en plastiques qui appauvrissent et finissent par tuer nos sols de culture et nos bétails. Inversement, nous pouvons donner beaucoup d’exemples de chez nous qui permettent d’illustrer les conséquences catastrophiques de ces changements climatiques. Thiès, comme le Sénégal et comme l’Afrique est une terre d’agriculteurs, d’éleveurs et de pécheurs. La sécheresse, l’érosion des sols a fait de l’agriculteur un coupeur de bois et un vendeur de charbon de bois. La déforestation, la rareté des pluies a fait de l’éleveur, ami des troupeaux et des bêtes, un braconnier, leur pire ennemi. Pendant que la recherche d’un poisson toujours plus loin de nos côtes a fait de nos piroguiers des transporteurs. Combien ont vu leurs écoles transformées en abri pour accueillir des familles victimes des inondations.

Les moins chanceux ont perdu et leur maison et leur école. Les changements climatiques ont bouleversé des modes de vie, des modèles harmonieux de société et installé un grand nombre dans la précarité et la misère d’une condition humaine traduite, de nos jours, en indices statistiques de développement humain. L’exode rural et son avatar les migrations sont des réponses furieuses de la condition humaine, de la nécessité de se donner, en l’arrachant même, une chance d’être utile à soi, à sa famille, pour être apte à la vie. La misère est un terreau propice pour toute sorte de dérèglement et la cible ultime de toutes les menaces, y compris celles du réchauffement climatique, reste l’homme. La terre survivra à l’homme. Bien sûr, des résolutions sauront être prises, à Kigali, pour traduire cette commune nécessité de vie qui, préservant la Maison, ambitionnera de sauver l’Habitant. Mais c’est déjà, enfants de la Maison votre volonté et votre détermination de concilier la nécessité de développer l’Afrique et celle de sauvegarder la terre qui feront la force, le succès et la résilience de sa restauration.

Talla SYLLA

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