Une matinée au cimetière Madocky…

Le soleil s’élevait derrière les frondaisons des arbres, dans la mosquée, de petits attroupements se forment. Des vieillards à barbes blanches, emmitouflés dans leurs grands boubous, enturbannés sont assis en tailleur sur des nattes aux couleurs bigarrées.

Non loin de là, un pick up blanc est stationné devant le cimetière  trois solides gaillards en descendent ; ils  hissent un cercueil pesant. Dans la cabine du véhicule, un petit vieux  fait quelques recommandations d’usage à ses proches. Pour l’heure, les occupations sont mortuaires. Un jeune immigré d’Italie comme on dit est «  rentré les pieds devant », il est mort on ne sait pas trop comment et de quoi.  Le lieu de culte s’emplissait  à vue d’œil. A  côté de la morgue,  s’entassaient pêle-mêle des mèches synthétiques aux couleurs défraîchies par les intempéries. Ces dernières parures de défuntes à la fleur de l’âge  qui les entretenaient avec finesse, meublaient le décor. Dans la plus grande discrétion, on exhumait  le vécu du mort,  son patrimoine, ses déboires familiaux, sa vie sentimentale.  

Deux vieilles chevrotantes, préparaient l’encense pour la toilette funèbre. Elles devisaient à voix basse en attendant que les croque-morts creusent la tombe à la va-vite avant de tendre la sébile et recueillir quelques menues monnaies. Parents, voisins, le regard éperdu, tendent l’oreille aux versets de Coran que le maître coranique  l’oustaz de circonstance, distille savamment, touchant  la corde sensible des vivants, les affres de la mort. Justement, il souffle le chaud et le froid, évoquant les tourments de l’enfer et les délices du paradis céleste, celui promis aux hommes de bien. L’imam, au milieu de ses disciples  vient s’enquérir du  linceul qui devra être aux normes prescrites par l’Islam, il s’assura que tout était en place, le parfum, le coton, indispensables à la toilette mortuaire.

On était en avril, l’acacia faisait sa mue. Les feuilles flétries,  tombaient au moindre souffle  de vent.  Enfin, une bonne heure s’écoula, le soleil était enfin au Zénith, quand  les fidèles, droits comme des “i” se mettaient en ligne pour la prière mortuaire. Une trentaine de minutes plus tard, sous des “laa illaha illalah” en chœur ,  repris en boucle, on  portait le défunt vers  sa dernière demeure.  L’imam interpella  alors le malheureux père, lui rappela l’attitude d’un croyant, celle de ne pas défaillir devant la douleur. Ce dernier hocha la tête en guise d’approbation. Le pied droit  déjà dans la tombe, le vieillard,  aidé par  ses proches, glissa le corps inanimé dans le néant. Comme d’usage, L’émotion était à son paroxysme,  quand, fou de douleur,  il prit d’un geste mal assuré, une poignée de sable  qu’il jeta sur le corps de son fils bien-aimé; il s’en suivit de vigoureuses pelletées de terre. Au milieu de versets psalmodiés, des gémissements et des sanglots, disparaissait à jamais celui qui, des décennies durant, entretenait le quotidien, l’honneur de la famille…

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  1.  Extrait sur la vie et l’œuvre de Mame TafsirMadoky NDIAYE
    ‘’La face cachée d’un soufi’’
    Venu de Ndiakhirate NDIAYE pour s’installer en plein Cayor vers les années 1890, Tafsir Madoky NDIAYE était sur les traces du Prophète Mouhamed PSL. Il est né en 1868 à Ndiakhirate.
    Fils de Balla Khayta NDIAYE et de Sokhna Gaye MBENGUE, il reçut le Wird Tidjane par le biais d’un marabout appelé Séck NDIAYE de Ndiakhirate.
    Il se donna pour mission de propager la foi islamique et d’enseigner le saint coran. Alors, il prit le chemin de Jankhénne(actuel région de Thiès).
    A son arrivée, il s’installa près de la demeure de Commandant de l’époque Primpain. ‘‘Agacé’’ par le récital du coran des talibés et les nombreuses séances de prières Primpain demanda au saint homme de quitter les lieux et de choisir l’endroit qui lui convint. Madoky pénétra alors dans la forêt de Thiès, ladéfricha, s’y installa et la nomma Randouléne dont le titre foncier N° 1397 lui est attribué (actuel quartier Randouléne Sud).Il y construit une mosquée dénommée aujourd’hui mosquée Tafsir Malick MBAYE (Randouléne Nord), creusa un puits y implanta son cimetière appelé cimetière Madoky à Randouléne.
    Parmi ses nombreux disciples d’origines sociales différentes (fils de boutiquiers, de cultivateurs…) on pouvait y citer l’érudit Tafsir Birame Gambie MBAYE à Randouléne Nord Moussanté Thiès.
    Poursuivant sa mission à savoir l’éducation et l’enseignement du saint coran, Tafsir Madoky reçut la visite du nouveau commandant de cercle de Thiès des années 1913. Il lui proposa un poste de cadis (juge). Mais,se référant sur un qadiss du Prophète Mouhamed PSL qui dit : ‘‘Le meilleur parmi vous est celui qui a appris le saint coran et l’enseigne’’. Il déclina alors l’offre. Il préfère dit-il, demeurer sur sa mission islamique.
    Au demeurant, le 1re Avril 1913 le Gouverneur du cercle de Thièsconvoqua tous les marabouts de Thiès par ricochet : Thiérno Haw (fils de Ousmane HAW et de Aissatou HAW), Thiérno SOW (fils de Amary SOW et Tacko PENDA) Tamsir Momar NDIOUR (fils de Bamalie NDIOUR et de Mairoun SAMBA de Diockoul), Massamba Dieye TOUTE (fils de Massogui KOURRA et de Soukeyna DIEYE), Malamine SENGHOR etc. Doté d’une valeur morale et intellectuelle excellente, Madoky est reconnu comme celui qui occupe le premier rang parmi les marabouts enseignants du cercle de Thiès.
    Mieux, il fut plébiscité par ses paires pour être le premier Imam de la mosquée de Mambara.Avant, ils étaient partis à Tivaouane auprès de Cheikh Seydi El Hadj Malick SY qui a contribué à la réalisation de l’édifice pour qu’il leur choisisse un imam. C’est ainsi qu’il leur demanda de retourner voir Tafsir Madoky NDIAYE. Ce dernier déclina toujours l’offre.Il préfère dit-il, rester encore dans son Dahara à Randouléne pour enseigner le saint coran.
    Eu égard à la dimensiond’un tel Homme, son œuvre et sa vie dédiées entièrement à la souna du Prophète Mouhamed PSL, il urge qu’il sert d’exemples à toutes les générations, son humanisme, sa culture islamique aidant.
    Source : Archives Nationales du Sénégal : réf. dossier 13G68 1912-1913.

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